Une délégation congolaise proactive à Cotonou
Sous le ciel chaud de Cotonou, la Wiki-Convention 2025 a rassemblé du 2 au 5 octobre plus d’une centaine de délégations francophones. Le Congo, représenté par Ryddhel Cyrille Ngoulou Batala, président et co-fondateur de Wikimédia Congo, y a joué une partition remarquée, soulignant l’effervescence numérique du pays.
Dans un amphithéâtre vibrant, le jeune leader a détaillé les progrès enregistrés depuis la création en 2017 du groupe d’utilisateurs congolais : près de 20 000 contributions, une dizaine d’ateliers mensuels à Brazzaville et Pointe-Noire, sans oublier l’intégration progressive des langues locales comme le kituba et le lingala dans les projets frères.
Francophonie numérique : un enjeu diplomatique et culturel
Les discussions, centrées sur la diversité linguistique, ont mis en lumière le rôle stratégique des espaces francophones dans la circulation des idées. « Nous ne pouvons pas exister à la périphérie du numérique », a lancé Ngoulou Batala, saluant l’appui des ministères congolais de la Culture et de l’Enseignement supérieur pour la formation des rédacteurs volontaires.
À Cotonou, les artisans du libre savoir ont rappelé que la francophonie représente plus de 300 millions de locuteurs. Pour le Congo, cet écosystème constitue une rampe de lancement vers une diplomatie culturelle renouvelée, vecteur d’influence douce et de création d’opportunités pour sa jeunesse connectée.
Brazzaville accueillera Wiki-Indaba 2027
Moment fort de la convention : l’annonce officielle que Brazzaville hébergera Wiki-Indaba 2027, rencontre continentale des communautés africaines. L’information, confirmée sous les applaudissements, valide deux années de travail mené conjointement avec la Fondation Wikimédia et le comité d’organisation panafricain.
Cette attribution s’appuie sur des critères solides : qualité des infrastructures hôtelières rénovées pour les Jeux de la Francophonie 2023, connectivité accrue grâce au backbone fibre Pointe-Noire – Brazzaville, et victoire récente du pays à l’appel à projets « Afrique créative numérique » financé par l’Organisation Internationale de la Francophonie.
Un écosystème local prêt à se mobiliser
Les universités Marien-Ngouabi et Kintélé se sont déjà engagées à ouvrir des laboratoires WikiLabs où se croiseront historiens, linguistes et développeurs. Le Cercle des jeunes éditeurs congolais prévoit, lui, un édit-a-thon mensuel tourné vers la valorisation des femmes pionnières dans la science et l’entrepreneuriat.
Les professionnels des télécoms, à l’image de Congo-Telecom et d’opérateurs privés, se disent prêts à offrir des forfaits data solidaires durant l’évènement. « Un accès abordable renforcera la participation depuis nos quartiers les plus éloignés », explique Stella Makosso, coordinatrice des partenariats.
Diversité linguistique : un chantier prioritaire
Au Bénin, la question des langues endogènes a traversé toutes les tables rondes. Pour le Congo, la perspective est claire : doubler dans les deux ans le nombre d’articles en kituba et en lingala, aujourd’hui encore embryonnaires. Des modules de formation aux licences libres seront déclinés en podcast et en vidéographie mobile.
L’objectif est de stimuler la création de contenus éducatifs alignés sur les programmes scolaires nationaux, de la sixième à la terminale. « Le numérique peut catalyser la sauvegarde de nos patrimoines oraux », souligne l’anthropologue Clément Mbemba, évoquant la numérisation prochaine des contes Teke et Kongo.
Ponts entre innovation et entrepreneuriat
Wiki-Convention 2025 a aussi montré comment l’économie créative s’empare des licences libres. À Brazzaville, des start-ups de réalité augmentée rêvent de bâtir des applications touristiques en s’appuyant sur les bases d’images disponibles sur Wikimedia Commons. Le futur Wiki-Indaba pourrait accueillir un hackathon réunissant codeurs et artistes.
Cet esprit d’innovation résonne avec la vision gouvernementale d’une « Société de l’information inclusive ». Les incubateurs locaux, soutenus par l’Agence de Développement de l’Économie Numérique, envisagent des bourses pour les projets utilisant des données ouvertes afin de proposer des solutions éducatives ou patrimoniales.
Cap sur les grands rendez-vous mondiaux
Outre Wiki-Indaba, le calendrier s’annonce dense. Wikimania 2026 se tiendra à Paris, tandis que la Wiki-Convention 2027 est programmée au Rwanda. Les communautés d’Afrique centrale entendent profiter de cette séquence pour émerger comme partenaire incontournable dans la production de connaissances relatives au continent.
Au-delà de la visibilité, ces évènements offrent une caisse de résonance aux programmes de recherche universitaires congolais, qu’il s’agisse d’archéologie fluviale ou d’études environnementales sur le bassin du Congo. Les données partagées peuvent nourrir des politiques publiques mieux documentées et favoriser des coopérations sud-sud.
Un modèle participatif en pleine maturation
L’édition béninoise a confirmé que le succès de Wikimedia repose d’abord sur la formation de contributeurs bénévoles. Plusieurs sessions pratiques ont détaillé les bonnes pratiques de vérifiabilité, indispensable à la fiabilité des articles. Le chapitre congolais ambitionne de porter son réseau de formateurs certifiés de 15 à 40 en trois ans.
Parallèlement, un protocole d’accord avec la Bibliothèque nationale devrait permettre la mise en ligne d’archives iconographiques du XIXᵉ siècle. Ce geste patrimonial s’inscrit dans la dynamique de transparence documentée à Cotonou, où le partage de sources primaires a été présenté comme la clé d’une historiographie africaine renouvelée.
Des retombées sociétales attendues
L’élan Wikimédia s’inscrit dans un contexte où la population urbaine congolaise est majoritairement jeune et connectée. Accéder à un savoir fiable en un clic encourage l’esprit critique, favorise l’employabilité et tisse des ponts entre diasporas. Les enseignants y voient un complément neutre aux manuels, tandis que les entrepreneurs y puisent des données de marché.
Le sociologue Pascal Oba rappelle que « le capital cognitif devient un avantage comparatif au même titre que le pétrole ou le bois ». Du côté des pouvoirs publics, l’ambition est de faire du libre savoir un pilier de la transformation numérique, en phase avec la stratégie nationale Congo Digital.
Perspectives : consolider pour rayonner
À l’issue de la Wiki-Convention, la feuille de route congolaise est claire : renforcer la gouvernance du groupe d’utilisateurs, mobiliser les collectivités locales autour de l’évènement 2027 et pérenniser les partenariats avec les universités. Le Comité d’organisation espère attirer plus de 300 délégués internationaux à Brazzaville.
En misant sur la collaboration et l’ouverture, le Congo se positionne comme un acteur clé de la révolution des connaissances libres. L’accueil de Wiki-Indaba 2027 marquera sans doute un tournant, offrant au pays une vitrine prestigieuse et durable sur la scène numérique africaine.

