De jeunes voix pour un public avide
Brazzaville s’apprête à vibrer au rythme de Vision 2010, concours de chant annoncé comme le rendez-vous musical majeur de la fin d’année. Quinze jeunes interprètes, moyenne d’âge vingt-trois ans, se mesureront en semi-live sous les projecteurs du cercle culturel Sony Labou Tansi.
Lancé le 7 décembre et étalé sur quatre dimanches successifs, le défi mettra en avant énergie, fraîcheur et espoirs d’une scène en quête de nouveaux visages. Le public, déjà friand de shows en direct, devrait répondre présent à chaque prime éliminatoire.
Derrière l’événement, Samda Studio, branche culturelle de l’ONG Samda Congo, consolide un positionnement de découvreur de talents tout en nourrissant l’ambition de professionnaliser la filière artistique nationale.
Samda Studio, incubateur d’ambitions
Installé à Poto-Poto, le studio d’enregistrement possède un matériel numérique régulièrement mis à jour. « Nous voulons offrir aux candidats les mêmes conditions qu’un artiste signé en label international », assure Damase Bouozock, coordinateur de l’opération et figure discrète du paysage audio congolais.
Samda Studio a déjà coaché plusieurs voix repérées lors d’événements antérieurs, dont les finalistes du projet Kanzi. Vision 2010 apparaît cependant comme la plateforme la plus structurée à ce jour, avec un budget communication évalué à dix-huit millions de francs CFA.
Mécènes et soutiens institutionnels
Le ministère de l’Industrie culturelle, artistique, touristique et des loisirs apporte son parrainage officiel, signe d’une volonté affirmée de soutenir les industries créatives. Airtel Congo, partenaire majeur, assurera pour sa part la visibilité numérique grâce à ses canaux mobiles et réseaux sociaux.
« Nous sommes ravis de partager notre vision avec les mélomanes congolais », confie Bernard Bitanda, secrétaire général de Samda Congo, avant de scander le slogan du concours : « Vision 2010, ensemble pour la promotion de la culture congolaise ! ».
Un format calibré pour le suspense
Chaque dimanche de décembre, un prime en semi-live verra les candidats reprendre un titre imposé puis présenter une composition originale. Le jury retiendra dix artistes le 7, huit le 14, cinq le 21 avant de désigner le lauréat le 28.
Le suspense est renforcé par une élimination directe sans repêchage, mécanisme inspiré des grands formats télévisés internationaux. Une équipe vidéo diffusera les coulisses sur YouTube et Facebook pour permettre à la diaspora de suivre l’ascension de ses favoris.
Les enjeux pour la nouvelle génération
Pour la génération montante, Vision 2010 fait office d’accélérateur. L’exposition médiatique offre des débouchés rémunérateurs : dates de concerts, contrats publicitaires, collaborations en studio. Les meilleures plumes espèrent surtout inscrire leur nom dans le riche patrimoine musical national.
Les coachs insistent sur la polyvalence : savoir composer, interpréter, manier les réseaux sociaux et dialoguer avec les marques. « Un artiste doit être un entrepreneur culturel », rappelle la productrice Edith Mouyabi, souvent consultée par Samda Studio pour des masterclasses éclair.
L’industrie musicale congolaise en mutation
Le concours s’inscrit dans une période de mutation accélérée pour l’industrie musicale congolaise. L’arrivée des plateformes de streaming a élargi les audiences mais accentué la concurrence avec les productions nigérianes et ivoiriennes, très présentes sur les playlists régionales.
Les observateurs notent cependant une résilience locale nourrie par le soutien des pouvoirs publics et des opérateurs privés. La multiplication d’événements, d’Afropolitan Nomad à Brazza Jazz Fusion, témoigne d’un écosystème prêt à rivaliser sur le continent.
Feuille de route des candidats
Avant de goûter aux lumières de la scène, encore faut-il franchir l’étape du casting fixé aux 18, 19 et 20 novembre à 10 heures. Les aspirants devront interpréter a cappella un couplet imposé puis un refrain libre, afin de révéler tessiture et personnalité.
Damase Bouozock promet un processus transparent, avec publication des notes sur les réseaux sociaux aussitôt la session terminée. Une cellule de médiation sera disponible pour recueillir les réclamations éventuelles et garantir la crédibilité d’un rendez-vous qui veut s’installer durablement.
Au-delà de la finale : maxi-single et clip
A l’issue de la finale, Samda Studio supervisera la production d’un maxi-single regroupant les titres originaux des trois premiers. L’œuvre bénéficiera d’une distribution numérique internationale, tandis qu’un clip professionnel sera tourné à Brazzaville dans des lieux emblématiques.
Cette stratégie vise à donner une visibilité immédiate aux lauréats et à capitaliser sur l’engouement suscité par le concours. Les partenariats envisagés avec des radios urbaines et des chaînes panafricaines renforceront l’impact promotionnel.
Voix d’experts et d’anciens lauréats
Ancien gagnant d’un tremplin similaire, le chanteur Orlando Mboulou conseille aux candidats de « rester authentiques et de travailler leur identité sonore plutôt que d’imiter les hits étrangers ». Un message qui résonne dans les studios où s’affine déjà la prochaine génération.
De son côté, Bernard Bitanda mise sur un héritage durable : « Vision 2010 n’est pas une parenthèse festive ; c’est un pari sur l’avenir culturel de notre pays ». Les notes de fin d’année pourraient ainsi écrire le premier chapitre de nouvelles carrières.
Pour les spectateurs, l’événement offre enfin l’occasion de redécouvrir le cercle Sony Labou Tansi, réaménagé récemment, et de célébrer l’esprit de fête qui anime décembre à Brazzaville. Vision 2010 promet donc un cocktail de créativité et de convivialité made in Congo.

