Une voix brazzavilloise en quête de vérité
Le 10 octobre, Varan de Komodo lève le voile sur « Absence maman », un single aux accents soul et rap qui s’annonce comme un coup de poing émotionnel. Né à Brazzaville, l’artiste de 23 ans revendique une écriture sans fard, nourrie d’expériences intimes.
Dès les premières mesures, la guitare bluesy se mêle à une basse ronde. Varan chuchote presque, comme pour apprivoiser son propre récit. Puis la rythmique trap s’installe, déjouant les attentes et dessinant un paysage sonore où la mélancolie dialogue avec l’espérance.
Le morceau trouve sa genèse dans un cahier d’écolier conservé par l’artiste depuis le lycée. « Je posais des phrases pour survivre à l’absence », confie-t-il. Ce journal intime est devenu le squelette d’une chanson façonnée pendant cinq ans, entre studio amateur et nuits d’insomnie.
Une ballade intimiste au carrefour des genres
Absence maman ne s’adresse pas seulement aux orphelins, mais à tous ceux qui portent une faille affective. Le texte évoque la recherche d’une figure protectrice, parfois déplacée vers une tante, une enseignante, ou même la musique elle-même, érigée en rempart contre le silence.
Musicalement, Varan navigue entre rumba adoucie, soul sud-africaine et empreinte trap héritée de la diaspora. Sébastien Boumba, ingénieur du son, salue « une maîtrise étonnante de la respiration et du grain ». L’artiste refuse cependant l’étiquette de prodige et revendique plutôt le statut d’artisan.
Un visuel noir et blanc au symbolisme fort
Le clip-cover, photographié par la camerawoman Elvie Ibata, adopte un noir et blanc volontairement granuleux. Assis sur un tabouret, Varan fixe l’objectif. Seul élément de couleur, le titre en orange insuffle une chaleur fragile, rappelant la lueur d’une bougie dans l’obscurité.
Cette économie de moyens répond à un choix esthétique réfléchi. « Je voulais que l’on entende d’abord le texte », affirme le chanteur. L’absence de décor spectaculaire oblige l’auditeur à se concentrer sur la voix, accentuant la dimension introspective de la proposition.
Le photographe brazzavillois Régis Mavouenzela, sollicité pour un avis, salue une image « frontale, sans filtre, qui parle à notre rapport à l’absence ». Selon lui, cet épurement place l’artiste dans la lignée d’auteurs comme Gaël Faye, attachés à la précision du récit.
Une stratégie digitale pensée pour l’impact
Pour donner de l’écho au single, Varan s’appuie sur une équipe réduite mais réactive. Community manager, motion designer et beatmaker travaillent à distance depuis Pointe-Noire, Paris et Montréal. Ensemble, ils orchestrent teasers, lives Instagram et challenges TikTok centrés sur le hashtag #AbsenceMaman.
L’objectif est double : occuper l’espace numérique avant la sortie et créer un lien émotionnel durable après. Chaque abonné est invité à partager une anecdote liée à l’enfance. L’artiste répond en messages vocaux personnalisés, renforçant l’impression d’un dialogue direct, presque confidentiel.
Sur le plan commercial, le morceau est distribué par la start-up congolaise Ndouani Digital, partenaire de plates-formes internationales. Selon son directeur commercial, « la diaspora représente 60 % des écoutes congolaises hors Afrique ». L’équipe vise donc une implantation simultanée à Brazzaville, Abidjan, Paris et Bruxelles.
Une invitation à écouter autrement
Au-delà de l’événement musical, « Absence maman » interroge la place de l’affect dans les trajectoires urbaines. La chanson rappelle que le deuil n’est pas réservé aux adieux définitifs ; il naît parfois de présences intermittentes. Varan transforme cette faille en moteur créatif plutôt qu’en stigmate.
Psychologues et travailleurs sociaux saluent déjà l’initiative. La plateforme téléphonique Mwana Mbote, spécialisée dans l’écoute jeunesse, prévoit de diffuser le titre lors de ses sessions interactives. Pour sa coordinatrice, la musique devient « un vecteur thérapeutique qui met des mots accessibles sur le manque ».
Dans les quartiers sud de Brazzaville, des collectifs de slam préparent également des scènes ouvertes autour du thème. Les organisateurs entendent créer un pont entre générations, invitant parents, enseignants et jeunes rappeurs à partager textes et souvenirs. Le single agit, ainsi, comme catalyseur de dialogue.
Perspectives pour la scène congolaise
L’essor de plateformes locales et la baisse du coût des studios ouvrent une fenêtre historique à la nouvelle garde congolaise. Varan de Komodo s’inscrit dans ce mouvement, aux côtés de Yeka M’Bela ou Samarino. Tous misent sur des récits personnels pour toucher un public global.
Sans revendiquer de discours politique, l’artiste participe indirectement à la valorisation du patrimoine musical national, soutenue par les autorités culturelles. La Direction des Arts et Lettres indique vouloir l’accompagner sur les scènes scolaires, dans une logique de détection et de formation des talents émergents.
À quelques jours de la sortie, l’anticipation grandit. Si « Absence maman » trouve l’oreille qu’il mérite, il pourrait ouvrir la voie à un EP prévu pour 2025. Varan de Komodo, lucide, préfère « laisser les chansons parler ». Dès le 10 octobre, le public jugera.

