Au cœur de la Flash, un passage de relais
Sous les voûtes crème de la faculté des lettres, arts et sciences humaines de l’Université Marien-Ngouabi, la solennité du 13 octobre résonnait encore. Entre chaises rangées au cordeau et regards studieux, l’institution signait un nouveau chapitre pour son parcours doctoral de philosophie.
Devant un parterre d’enseignants-chercheurs, le doyen Pr Evariste Dupont Boboto lut la note rectorale désignant le Pr Auguste N’Sonsissa comme coordonnateur, succédant au maître de conférences Gankama Laurent. Les applaudissements mesurés traduisaient un consensus académique plus qu’un simple protocole.
Au Congo-Brazzaville, les cérémonies de passation engagent bien plus que des signatures; elles scellent des réseaux d’influence, mettent en jeu des carrières, et réaffirment la vocation d’un établissement public au service de la recherche nationale.
Une trajectoire académique construite pas à pas
Recruté comme assistant en 2008, Auguste N’Sonsissa gravit chaque échelon avec méthode : maître assistant Cames en 2010, maître de conférences en 2014, professeur titulaire en 2017, après une habilitation à diriger des recherches obtenue à Montpellier deux ans plus tôt.
Ses travaux sur l’éthique, les philosophies africaines et la pensée critique francophone sont régulièrement salués dans les colloques de l’Agence universitaire de la Francophonie. Le nouveau rôle de coordonnateur prolonge ainsi un itinéraire déjà reconnu par ses pairs et les institutions.
L’intéressé, souriant derrière ses lunettes, a rappelé qu’il se définit d’abord comme « celui qui sait écouter », promettant de conjuguer rigueur scientifique et sens de l’écoute pour « appliquer les orientations » venues de la hiérarchie rectorale.
La philosophie congolaise à l’épreuve des défis doctoraux
Le nouveau coordonnateur hérite d’une structure ayant permis vingt-six soutenances en trois ans, bilan salué par son prédécesseur. Cependant, l’enjeu reste de taille : accroître le taux d’encadrement, sécuriser les financements et amplifier la visibilité des thèses publiées.
Selon le Pr Boboto, « la formation doctorale est un levier stratégique pour notre pays », car elle alimente le vivier d’enseignants-chercheurs indispensables à l’expansion des universités congolaises. Les chiffres du ministère indiquent pourtant que moins d’un doctorant sur trois soutient dans les délais.
Le Pr N’Sonsissa entend renforcer l’organisation des pré-soutenances, mobiliser les séminaires doctoraux et ouvrir des partenariats avec les départements de psychologie, sociologie et histoire, afin de créer une synergie interdisciplinaire jugée cruciale par de nombreux experts.
Des ambitions régionales et internationales assumées
La philosophie congolaise rayonne déjà dans la sous-région CEMAC grâce aux rencontres de Libreville ou de Yaoundé. Toutefois, la publication dans les revues indexées reste timide. Le nouveau responsable affirme vouloir encourager l’écriture en anglais et la co-direction de thèses avec l’étranger.
Une convention est en préparation avec l’université Paul-Valéry, son alma mater, pour un programme de mobilité des doctorants et l’accès à des bases de données internationales. « Il faut décomplexer notre recherche et l’installer dans le débat global », confie-t-il.
Cette ouverture correspond au positionnement diplomatique du Congo-Brazzaville, désireux de renforcer l’attractivité de son enseignement supérieur et d’appuyer l’intégration scientifique continentale, comme l’a rappelé récemment le ministère de l’Enseignement supérieur lors du forum de Douala.
Des moyens au service de la relève
Sur le plan matériel, la bibliothèque centrale entame une modernisation soutenue par un don de l’Agence congolaise de l’information. Le catalogue numérique offrira bientôt aux doctorants un accès à dix mille volumes et revues spécialisées, consultables à distance.
Au-delà des équipements, l’université prépare un fonds d’appui aux terrains de recherche, pour financer les voyages dans les archives régionales et auprès des communautés. Cette enveloppe pilote figure dans le prochain budget programmatique de l’UMNG.
En filigrane, le ministère rappelle que le développement des doctorats s’inscrit dans le Plan national axé sur le capital humain. La philosophie devient ainsi un investissement sociétal prioritaire, loin d’un luxe élitiste, conforme aux orientations des autorités.
L’espoir d’une nouvelle génération de chercheurs
Sur les bancs de la Flash, près de quatre-vingts doctorants suivent actuellement les séminaires méthodologiques. Nombre d’entre eux voient en la nomination de N’Sonsissa un signal d’encouragement, car son parcours témoigne d’une ascension possible depuis la salle de cours jusqu’à la chaire.
Le maître de conférences Joëlle Madingou note que « la visibilité des femmes dans les jurys reste un chantier ». Le coordonnateur promet d’intégrer davantage d’enseignantes seniors et de favoriser des thématiques sur le genre, la citoyenneté et l’écologie politique.
Pour nombre d’observateurs, la philosophie congolaise vit un moment charnière, entre exigence de professionnalisation et fidélité à la tradition spéculative. Un leadership apaisé, ouvert et connecté pourrait bien stabiliser cette transition et consolider les atouts intellectuels du pays.
Le professeur sortant, satisfait, a souhaité « bon vent » à son successeur, rappelant que la continuité des services repose sur l’engagement collectif. Dans l’assistance, quelques doctorants ont murmuré leur hâte de voir les prochaines doctoriales, promesse d’échanges et de visibilité.
En quittant la salle, chacun mesurait l’importance du geste posé : favoriser, par la recherche philosophique, une lecture nuancée de notre société en mutation rapide. L’accession du Pr N’Sonsissa à la direction doctorale en devient le symbole équilibré et fédérateur.

