Brazzaville se prépare à vibrer sous les éclats de rire
À l’approche du 23 octobre, la salle Savorgnan-de-Brazza affiche déjà complet. Pour beaucoup d’habitués, la 18ᵉ édition de tuSeo s’annonce comme l’une des plus audacieuses, à la hauteur d’un festival qui, depuis près de deux décennies, impose son tempo culturel.
Né pour célébrer l’humour sous toutes ses formes, tuSeo est devenu un rendez-vous attendu de la scène artistique d’Afrique centrale. Chaque année, il rassemble des publics variés, soucieux de découvrir des voix nouvelles et de retrouver des figures confirmées du stand-up, de la satire ou de l’improvisation.
Une affiche 2025 résolument panafricaine
Le cru 2025 met en avant vingt humoristes venus de six pays. Les organisateurs revendiquent « une cartographie du rire africain », confirmant l’ouverture du festival. Invitée d’honneur, la Guyanaise Nenette ouvrira les festivités, épaulée par Juste Parfait et l’incontournable Bregéant.
Le même soir, Horty la Rossignol traversera le fleuve depuis Kinshasa, tandis que M. Satini arrivera de Conakry et qu’Honorable Massengo, enfant du pays, garantira la touche locale. La première soirée promet un dialogue de styles où l’accent, la gestuelle et la langue créole se feront complices.
24 octobre : la jeune garde en lumière
Pour la deuxième soirée, la scène deviendra le terrain de la nouvelle génération. Bruno Alves et Black Panda, deux valeurs sûres de Brazzaville, croiseront les traits d’esprit d’Irène Ziviriuka, étoile montante de la RDC.
Le duo Lidame et Rigostar, dont les sketches viraux sont très partagés sur les réseaux sociaux, fera équipe avec Serge Crubijin. Entre punchlines et storytelling, la programmation de cette journée mise sur l’énergie et l’interactivité.
25 octobre : un final en apothéose
La clôture réunira six têtes d’affiche, à commencer par Manitou, pilier de l’humour gabonais. Il partagera la scène avec Fama, dont la verve malienne est saluée dans toute la région sahélienne, et Esther Bias, figure populaire de Bacongo.
Du côté de Kinshasa, Kabdjo et Dieu Merci transporteront leur public, avant que Jojo la Légende n’assure un bouquet final. Les organisateurs promettent une soirée « cathartique », où la musique live ponctuera les sketchs pour maintenir la salle en effervescence.
Kinshasa rejoint la fête
Grande nouveauté : tuSeo traverse pour la première fois le fleuve Congo. À la suite des dates brazzavilloises, plusieurs artistes se produiront sur une scène partenaire à Kinshasa, élargissant la portée du festival et rapprochant symboliquement les deux capitales les plus proches du monde.
Pour les programmateurs, ce déplacement répond à une demande du public kinois, friand de stand-up. « Nous voulons que l’humour circule aussi facilement que les pirogues sur le fleuve », confie un membre du comité, sûr de la réussite logistique annoncée.
Un pont culturel stratégique
Cette extension renforce la vocation panafricaine de tuSeo. En offrant une vitrine bilatérale, l’événement favorise les coproductions, le partage de réseaux et la mobilité des artistes, facteurs essentiels au développement des industries culturelles régionales.
Les autorités culturelles des deux villes voient d’un bon œil ce rapprochement. Elles y lisent une opportunité d’échanges économiques, touristiques et académiques, alignée avec la volonté affichée de soutenir la créativité locale et la diplomatie par la culture.
Le rire, moteur de cohésion sociale
Au-delà du divertissement, tuSeo défend une ligne éditoriale où l’humour questionne les réalités sociales. Entre dénonciation feutrée et autodérision, les sketches abordent la vie quotidienne, le voisinage congolais-congolais et le vivre-ensemble urbain.
« Le rire libère la parole et favorise l’écoute », rappelle un sociologue invité, soulignant que la scène devient un espace de dialogue intergénérationnel. Le festival assume ainsi un rôle de catalyseur de discussions, sans jamais perdre son esprit bon enfant.
Organisation et partenariats solides
L’équipe de production s’appuie sur un réseau de sponsors privés, de mécènes et d’institutions publiques. Cette synergie garantit la gratuité de certaines rencontres, notamment les ateliers dédiés aux lycéens et étudiants désireux d’explorer les métiers du spectacle.
La direction du festival insiste sur la qualité technique : sonorisation repensée, éclairages LED et traduction simultanée pour les sketches en lingala ou en malinké. Ces détails soulignent l’ambition de proposer une expérience premium au public local comme aux visiteurs étrangers.
Cap sur l’avenir
Déjà, le comité artistique réfléchit à l’édition 2026, avec l’idée d’inviter des humoristes d’Afrique australe et de la diaspora européenne. Un concours d’écriture humoristique, en cours de conception, pourrait rejoindre la programmation afin de détecter de nouveaux talents.
En attendant, les projecteurs sont braqués sur ce rendez-vous d’octobre. Vingt artistes, deux capitales, un fleuve et surtout un public avide de se retrouver autour d’une même langue universelle : le rire. tuSeo 2025 entend prouver, encore une fois, que l’humour sait relier les rives.

