La petite histoire d’un marché en expansion
En l’espace d’une décennie, la rue congolaise a vu fleurir kiosques bigarrés et officines de fortune affichant des noms familiers aux diasporas. Les sommes que les travailleurs expatriés réinjectent dans l’économie nationale, évaluées par la Banque mondiale à plusieurs centaines de millions de dollars annuels, constituent une source d’oxygène pour nombre de ménages. Cette vigueur s’est toutefois déployée dans un environnement parfois éclaté, où la frontière entre formalité et improvisation demeurait poreuse. L’irruption du numérique, si elle a démultiplié la vitesse des transactions, a aussi ouvert un couloir à des opérateurs insuffisamment structurés, offrant des services rapides mais peu transparents.
Un cadre juridique longtemps attendu
Face à l’essor d’acteurs disparates, la loi de finances 2025 et les textes subséquents ont posé les jalons d’une régulation ambitieuse. L’Agence de régulation des transferts de fonds, créée pour assainir et sécuriser la chaîne de paiement, se voit confier la mission de recenser et d’agréer chaque prestataire. L’esprit du législateur s’inscrit dans une dynamique globale de lutte contre le blanchiment et de protection des usagers, tout en offrant au Trésor public une visibilité précieuse sur les flux. Désormais, l’autorisation d’exercer devient le préalable à toute activité, sous peine de sanctions graduées mais fermes.
L’ultimatum du 10 août décrypté
Le 25 juillet, à Brazzaville, le directeur général de l’ARTF, Jean-Claude Bazebi, a haussé le ton en rappelant que l’enregistrement doit être effectif avant le 10 août. « Le marché ne peut plus se satisfaire d’arrangements informels », a-t-il martelé, citant des amendes allant de vingt à cinquante millions de francs CFA pour les récalcitrants. Le dirigeant a souligné que trois années de sensibilisation ont précédé cet ultimatum, preuve que l’administration privilégie la pédagogie à la brusquerie. Au-delà de la sanction pécuniaire, la fermeture immédiate des comptoirs clandestins et la saisie des fonds illicites sont prévues, traduisant une détermination à rompre avec la permissivité ancienne.
Risques macroéconomiques et volonté politique
Cette fermeté s’explique par les vulnérabilités qu’engendrent les circuits non déclarés. Chaque somme échappant au contrôle affaiblit la statistique nationale, complique la traçabilité fiscale et expose le pays aux soupçons de la communauté financière. En resserrant l’étau, l’État congolais affirme sa volonté de maintenir la notation positive dont il bénéficie auprès de ses partenaires, notamment la CEMAC et les bailleurs multilatéraux. Les autorités rappellent que la stabilité du franc CFA repose sur une discipline collective, où la vigilance contre les flux douteux reste un impératif partagé.
Entre conformité et inclusion financière
La régulation pourrait, de prime abord, inquiéter les micro-entrepreneurs dont le capital reste modeste. Or, les textes ouvrent la porte à des régimes simplifiés pour les acteurs de petite taille, à condition qu’ils garantissent l’intégrité des opérations. Des programmes d’appui technique, développés en partenariat avec la Banque centrale et des ONG spécialisées, visent à former les gestionnaires aux exigences du dispositif KYC. En filigrane, c’est la bancarisation de segments populaires que vise le gouvernement, convaincu qu’une traçabilité accrue peut coexister avec l’accessibilité tarifaire.
Perspective régionale et confiance internationale
Le Congo n’évolue pas en vase clos. Du Cameroun au Gabon, les capitales renforcent leur arsenal réglementaire, signe qu’une nouvelle ère de transparence s’installe dans la sous-région. En se positionnant parmi les premiers à imposer un enregistrement systématique, Brazzaville se dote d’un avantage comparatif : celui de la prévisibilité. Cette clarté attire déjà les plateformes internationales de fintech, séduites par un marché où la règle du jeu devient lisible. Les diasporas, quant à elles, devraient bénéficier de tarifs harmonisés et d’une protection accrue contre les fraudes qui, par le passé, ternissaient trop souvent l’image d’un service pourtant essentiel.
