Brazzaville célèbre 145 ans d’histoire
Brazzaville s’apprête à vibrer au rythme de l’histoire : du 9 au 13 septembre, la capitale accueillera un colloque international célébrant le 145e anniversaire du traité signé le 10 septembre 1880 entre le roi Makoko et l’explorateur Pierre Savorgnan de Brazza.
Porté par le mausolée mémorial De Brazza et placé sous le slogan évocateur « Sur la route de l’histoire », l’événement entend interroger la mémoire collective, questionner les ruptures et réhabiliter les figures qui ont façonné la vallée du Congo à l’aube de la colonisation.
Les coulisses d’une annonce fédératrice
L’annonce officielle a réuni la directrice du mémorial, Belinda Ayessa, la présidente de la Confédération générale Téké, Eugénie Mouayini Opou, le président du comité scientifique, Jean Félix Yekoka, et le conseiller du ministre de la Culture, Samuel Kidiba, devant un parterre de journalistes curieux.
« Revenir aux racines, c’est offrir aux jeunes clés et repères », a insisté Mme Mouayini Opou, rappelant qu’un savoir non transmis peut laisser une génération « dans l’égarement ». Son plaidoyer souligne la portée pédagogique et citoyenne que les organisateurs veulent donner aux débats.
Panels scientifiques pour décrypter le traité
Le programme scientifique s’articule autour de cinq panneaux complémentaires : histoire socio-anthropologique des sociétés précoloniales, organisation des pouvoirs politique et religieux, culture imaginaire et identité, savoirs endogènes et patrimoines, puis apports de l’Afrique précoloniale dans la construction des États modernes.
Chaque panel mobilisera chercheurs congolais, universitaires venus de la diaspora, historiens africains et spécialistes européens pour croiser archives, traditions orales et nouvelles approches numériques. Objectif affiché : bâtir une lecture plurielle, décentrée et documentée du fameux traité et de son environnement géopolitique.
Mbé, patrimoine vivant et moteur touristique
Mbé, haute terre du royaume Téké à cent kilomètres de la capitale, sera au cœur des échanges. Présentée comme un trait d’union entre passé, présent et avenir, la localité espère une inscription au patrimoine immatériel de l’Unesco, ambition réaffirmée par le comité scientifique.
Pour Samuel Kidiba, la dimension touristique de Mbé porte un potentiel économique notable : « Le site peut devenir une porte d’entrée supplémentaire vers le pays, alliant mémoire et développement ». Les autorités culturelles entendent ainsi lier valorisation patrimoniale et création d’emplois locaux.
Instaurer un rendez-vous pérenne
Jean Félix Yekoka a dévoilé la volonté d’inscrire le colloque dans la durée. L’idée d’une édition annuelle, dotée d’une méthodologie stable et d’une évaluation scientifique, favoriserait la constitution d’une base de connaissances ouverte, capable d’alimenter manuels scolaires, expositions et politiques patrimoniales.
La marraine, Belinda Ayessa, a rappelé que le mémorial De Brazza organise déjà des résidences de chercheurs et des parcours pédagogiques. L’adossement d’un colloque pérenne consoliderait, selon elle, la place de Brazzaville comme capitale centrale du savoir historique en Afrique centrale.
Relire le passé pour éclairer le présent
Le 10 septembre 1880 marque la rencontre entre diplomatie africaine et ambitions européennes. En revisitant le traité Makoko-De Brazza, les conférenciers espèrent dépasser la simple lecture coloniale pour éclairer les stratégies locales, les négociations multilaterales et les dynamiques d’alliances qui ont précédé la mise sous protectorat.
Cette relecture s’appuie sur de nouvelles sources : correspondances royales conservées dans les villages, cartographies numérisées, témoignages familiaux, récits missionnaires. Les organisateurs veulent montrer comment l’histoire du Congo se réécrit désormais à plusieurs voix, loin des récits figés et des antagonismes stériles.
La jeunesse et la création au centre
La jeunesse sera particulièrement ciblée. Des ateliers d’initiation à la recherche, des podcasts en direct et un concours d’arts visuels inviteront lycéens et étudiants à traduire les acquis du colloque dans des formats contemporains. Une façon d’ancrer le passé dans les usages numériques quotidiens.
Sur le plan artistique, plusieurs créateurs de la Sape projettent de présenter une collection capsule inspirée des parures royales Téké. En associant textile, perles et QR codes, ils entendent faire dialoguer esthétique urbaine et symboles ancestraux, offrant une passerelle inattendue entre mode et histoire.
Un levier pour l’économie créative congolaise
Les bénéfices attendus dépassent la portée académique. En fédérant chercheurs, artistes, décideurs et communautés, le colloque aspire à poser les jalons d’un tourisme culturel durable, susceptible de renforcer l’attractivité de la destination Congo et de stimuler, à terme, l’économie créative nationale.
La tenue de cette première édition, soutenue par des institutions publiques et partenaires privés, illustre la place grandissante que le Congo accorde à la préservation de son patrimoine immatériel, une priorité également inscrite dans les orientations du Plan national de développement culturel.
Un manifeste pour conclure les travaux
Du palais du roi Makoko aux bords du fleuve Congo, la mémoire se mettra donc à table, autour de discussions intenses mais apaisées. À l’issue des travaux, un manifeste synthétisera recommandations et pistes de coopération, confirmant Brazzaville comme laboratoire d’un dialogue historique renouvelé.
En rappelant que le passé n’est jamais figé, cette rencontre internationale propose de faire du 10 septembre non seulement une date commémorative, mais aussi un moment d’invention collective, ouvert sur l’Afrique et le monde, fidèle à l’esprit d’hospitalité qui caractérise le Congo.
Les inscriptions, gratuites, s’effectuent déjà auprès du secrétariat scientifique et sur une plateforme numérique dédiée. Les organisateurs espèrent attirer plus de trois cents participants, dont une cinquantaine de jeunes chercheurs de la sous-région, signe d’un engouement réel pour cette entreprise mémorielle.

