Le retour d’une voix familière
Le 17 décembre 2025, dans un café-studio du centre de Brazzaville, Sugar Daddy Systématique a convié journalistes et mélomanes pour annoncer la sortie imminente de Taxi-Moto, un single qu’il présente comme l’étincelle de sa « Renaissance » artistique.
Dans un pays où la musique structure le quotidien, cette déclaration marque la volonté d’un artiste de soixante-dix ans de redevenir un visage régulier des playlists nationales, avec une ambition affirmée d’exporter encore une fois son groove au-delà des frontières.
Sugar Daddy Systématique : de Ballet Diablo aux tournées panafricaines
Né Serge Alain Victoire Tabou, Ley de Mamad’u s’est immergé très tôt dans le rythme en fondant le Ballet Diablo en 1972, avant de multiplier les expériences au sein des formations Les Jeunes Talents, Volcan, Ngongui Fifi, Djouwela Polé-Polé et Zimbabwe.
La consécration arrive en 1990 avec Petite Giani, tube qui l’impose sur les ondes d’Afrique centrale et ouvre la voie à des collaborations de prestige avec Aurlus Mabélé, Papa Wemba, Défao ou Reddy Amissi, autant de passerelles entre rumba et tempos urbains.
De Brazzaville à Cotonou, son parcours devient celui d’un « passeur de cultures ». Chanteur, compositeur et chorégraphe, il navigue entre français, lingala, kituba et sango, captant l’argot des marchés, les battements de la rue et les harmonies des studios.
La genèse d’un hymne urbain baptisé Taxi-Moto
L’idée de Taxi-Moto germe sur les artères encombrées de Cotonou, où les conducteurs de zémidjans dictent la cadence citadine. Pour Sugar Daddy, ces pilotes illustrent la débrouillardise africaine, une énergie qu’il traduit en mélodie festive mêlant cuivres rumba et nappes électro contemporaines.
Le texte, écrit en lingala assaisonné de français, rend hommage aux moto-taximen de Brazzaville, héritiers spirituels des chauffeurs béninois. Dans le refrain, la voix croise un chœur enfantin, rappelant la place centrale de la jeunesse dans l’économie informelle des capitales.
Côté production, l’artiste s’est entouré de jeunes ingénieurs du quartier Mpissa pour capter un grain authentique. Les prises live de percussions, mariées aux séquences programmées, confèrent au morceau une texture à la fois vintage et résolument actuelle, fidèle à son ADN sonore unique.
Renaissance, un album dévoilé par paliers
Taxi-Moto n’est que la première des sept pièces qui composeront Renaissance, album autoproduit que Sugar Daddy prévoit de dévoiler morceau par morceau. Une stratégie numérique pensée pour maintenir la conversation avec le public sans dépendre d’un planning imposé par un label.
« Je veux avancer à mon rythme », confie-t-il, micro en main, avant de saluer la vitalité des plateformes de streaming qui démocratisent l’accès mondial à la musique congolaise et offrent un retour de données précieux pour ajuster sa promotion.
Eddy Fleury Ngombé, président de Culture Congo Avenir, salue cette indépendance. Selon lui, Sugar Daddy « prouve qu’un artiste mûr peut encore se réinventer sans renier les valeurs ancestrales ». Pour le mécène, la démarche illustre l’évolution d’un écosystème local plus structuré et tourné vers l’international.
Derrière le projet, la notion de Renaissance dépasse le simple retour discographique. Elle évoque le dialogue intergénérationnel, la transmission d’un savoir-faire chorégraphique et l’attachement à l’identité congolaise, autant de fils conducteurs que l’artiste entend tisser au fil des prochains titres déjà annoncés.
Une sortie accueillie par les ondes et la toile
Dès la mise en ligne, Taxi-Moto s’est hissé dans les programmations des radios urbaines de Brazzaville et Pointe-Noire. Les auditeurs saluent un refrain accrocheur, tandis que les animateurs apprécient la capacité du morceau à fédérer différentes générations autour d’un même tempo.
Sur les réseaux sociaux, la chorégraphie officielle, filmée devant l’avenue Matsoua, alimente un challenge improvisé. Entre deux slaloms de moto, des lycéennes postent des pas de danse appris grâce à un tutoriel publié par l’artiste, preuve que la transmission continue hors studios et salles de concert.
Les premiers chiffres de streaming, communiqués par l’équipe de management, font état de plusieurs milliers d’écoutes en 48 heures, majoritairement depuis la République du Congo, la RDC et la diaspora francilienne, confirmant la portée transnationale de la rumba modernisée aujourd’hui.
Perspectives et attentes du public congolais
Si Taxi-Moto sert d’éclaireur, le public attend déjà la suite. Les mélomanes espèrent un titre orienté rumba pure, quand d’autres souhaitent davantage d’expérimentations électroniques. Sugar Daddy, lui, promet un équilibre, évoquant « un arc-en-ciel de styles mais une même signature » sonore fidèle.
Au-delà de la musique, l’artiste projette une série de masterclass destinées aux jeunes chorégraphes brazzavillois. Objectif affiché : transmettre l’exigence scénique acquise en cinquante ans de carrières croisées entre ballets, orchestres et tournées, et consolider la professionnalisation du secteur culturel local.
En attendant, Taxi-Moto résonne comme une invitation à monter en selle et à (re)découvrir une légende vivante qui, loin de la nostalgie, continue d’écrire le présent de la musique congolaise. Sugar Daddy Systématique, lui, trace sa route, sabolant résolument vers l’avenir au rythme de sa renaissance.
La rumeur évoque déjà une tournée baptisée « Moto Tour » qui relierait Pointe-Noire, Ouesso et Dolisie dès le second semestre 2026, sous réserve d’accords logistiques.

