Un jubilé pastoral à Saint Jean-Baptiste
Vendredi 21 novembre 2025, l’église Saint Jean-Baptiste de Talangaï, vaste nef de béton nichée au nord de Brazzaville, vibrait au son des tam-tams et des cuivres. Sous le regard de milliers de fidèles, Mgr Bienvenu Manamika Bafouakouahou fêtait cinq ans d’épiscopat.
Le prélat a présidé une eucharistie marquée par la bénédiction d’un autel flambant neuf et d’une grotte mariale, prélude aux célébrations du 55e anniversaire de la paroisse fondée en 1971 par le Spiritain Jean-Marie Grivaz.
Souvenirs de la messe d’intronisation 2021
Cinq ans plus tôt, le 21 novembre 2021, la solennité du Christ-Roi avait pris des allures inédites au stade Félix Éboué. Covid-19 oblige, le ministère de l’Intérieur avait limité l’assistance à mille personnes, imposant masques, gel et distanciation sur les gradins clairsemés.
Entouré de deux cardinaux, Dieudonné Nzapalainga de Bangui et Fridolin Ambongo de Kinshasa, ainsi que de la plupart des évêques d’Afrique centrale, Mgr Manamika recevait les symboles de sa charge des mains de l’archevêque émérite, Mgr Anatole Milandou.
Le président de la République, son épouse et plusieurs membres du gouvernement assistaient à la cérémonie, saluant par leur présence l’importance du dialogue constant entre institutions de l’État et communauté catholique dans la construction du vivre-ensemble brazzavillois.
Sur l’esplanade, les bénévoles de la Croix-Rouge distribuaient alors des masques tandis que des haut-parleurs diffusaient des messages de prévention. Cette logistique, saluée par les autorités sanitaires, démontrait la capacité d’adaptation de l’Église face à la crise mondiale inédite.
Réformes et gouvernance diocésaine innovante
Sitôt installé, le nouvel archevêque a convoqué l’Assemblée spéciale des ouvriers apostoliques, laboratoire participatif destiné à écouter curés, religieux et laïcs. Les recommandations issues des débats ont nourri un directoire diocésain qui redéfinit rôles, procédures et calendrier des activités pastorales.
Parallèlement, des « nsinsanis » diocésains, ces quêtes solidaires pilotées quartier par quartier, assurent aujourd’hui le fonctionnement courant des paroisses, du centre catéchétique et des services sociaux, réduisant la dépendance aux subventions extérieures.
« Notre Église doit s’autofinancer pour rester libre de servir », rappelle le père Gérard Moussoki, économe archidiocésain, soulignant la rigueur introduite dans la présentation des budgets et le contrôle mensuel des dépenses.
Une pastorale tournée vers la jeunesse
Dans une capitale dont plus de la moitié des habitants ont moins de trente ans, l’archevêque mise sur les mouvements de jeunesse, les aumôneries scolaires et la formation numérique. Un studio vidéo diocésain diffuse homélies, concerts et tutoriels catéchétiques sur les réseaux.
La journée diocésaine des jeunes, relancée en 2023 au complexe sportif de Makélékélé, rassemble désormais chaque été près de huit mille participants autour de catéchèses, tournois et scènes ouvertes, soutenus par des ingénieurs son formés à l’Institut national des arts.
« L’Église doit parler le langage de la rue sans perdre sa profondeur », explique sœur Stéphanie Nkouka, responsable de la pastorale des médias, heureuse de voir des rappeurs locaux composer des cantiques urbains repris en chœur par les chorales paroissiales.
L’Église partenaire du développement urbain
Au-delà du spirituel, l’archidiocèse multiplie les programmes de santé communautaire. Avec l’appui du ministère de la Santé, douze dispensaires paroissiaux proposent aujourd’hui vaccination, dépistage du paludisme et suivi prénatal, complétant l’offre publique dans les quartiers périphériques.
Les catéchistes, formés aux premiers secours durant la pandémie, restent mobilisés dans la prévention face aux pathologies saisonnières. Cette proximité a consolidé la confiance entre habitants et institutions, selon le sociologue Jean-Pierre Mouyondzi, qui suit les dynamiques communautaires brazzavilloises.
Sur le plan patrimonial, plusieurs chantiers de rénovation de chapelles classées ont été ouverts grâce aux conseils de l’Institut français et au mécénat d’entreprises locales de télécoms, témoignant d’une collaboration inédite entre acteurs publics, privés et religieux.
Dans le domaine éducatif, vingt-huit écoles catholiques accueillent près de seize mille élèves, avec un taux de réussite au baccalauréat supérieur à la moyenne nationale. Des bourses internes encouragent la scolarisation des filles dans les quartiers périphériques de Mfilou et Ngamakosso.
Cap sur 2030 pour l’Archidiocèse
Face à l’urbanisation accélérée, le plan stratégique 2025-2030 insiste sur la création de cinq nouvelles paroisses dans les zones d’expansion, la formation continue des catéchètes et l’implantation d’un foyer d’accueil pour étudiants à Kintélé, futur pôle universitaire du pays.
Un fonds diocésain vert, alimenté par des partenaires internationaux, financera la pose de panneaux solaires sur les presbytères et écoles catholiques, limitant l’empreinte carbone et les coûts d’électricité. L’archevêque y voit un enjeu de bonne gouvernance écologique.
« Nous voulons que chaque clocher devienne une oasis de paix, de culture et de développement », conclut Mgr Manamika devant l’assemblée, invitant prêtres et laïcs à poursuivre « la route ensemble, car le royaume de Dieu se construit pas à pas ».
Déjà, l’année 2026 verra l’organisation d’un festival de musique liturgique rassemblant chorales d’Afrique centrale et formations jazz congolaises. L’objectif est de valoriser les langues locales dans la louange tout en soutenant des emplois culturels au cœur de la capitale.

