Un Palais des Congrès rempli d’espoir
Le Palais des Congrès de Brazzaville a vibré au rythme des éclats de rire et de l’émotion, lors de la seconde édition du Spectacle de la Paix, le week-end dernier. Des centaines de jeunes, venus de chaque arrondissement, y ont rejoint artistes congolo-congolais pour célébrer le vivre-ensemble.
Sur la scène, le rire était la vedette, porté par Jojo la Légende et une trentaine d’humoristes et comédiens, accompagnés de slameurs et de chanteurs. Venues également de Kinshasa, plusieurs figures de la RDC ont ajouté leur énergie, donnant au spectacle une dimension transfrontalière inédite.
Né d’une initiative des groupes Pemba Mabika Prod et GKIA.com, en partenariat avec le forum « Jeunes responsabilisons-nous », l’événement a été conçu comme un espace où l’art de la scène devient catalyseur de dialogue, miroir des aspirations citoyennes et laboratoire d’idées pour la paix durable.
Humour et théâtre, armes douces de cohésion
Les sketchs ont alterné clins d’œil à la vie quotidienne, rappels de travers sociaux et messages d’espoir. La salle riait aux éclats puis se recueillait, consciente que l’humour peut désamorcer les tensions, corriger sans blesser et créer, comme l’a souligné Alphonse Chardon N’kala, « une justice par le sourire ».
Jojo la Légende, star montante des plateaux brazzavillois, a galvanisé la foule avec sa verve bien connue. Sa performance, mêlant langues locales et français, a rappelé que l’identité culturelle congolaise s’épanouit dans la pluralité, et que le rire constitue un puissant lien intergénérationnel.
Provenant des huit arrondissements de la capitale, les jeunes ont eux-mêmes occupé la scène. Entre slams, chants et récitations poétiques, ils ont martelé leur désir d’un Congo sûr, uni et ouvert. Chaque prestation a consolidé l’idée que la paix n’est pas un slogan mais une pratique quotidienne.
Les voix officielles soulignent l’engagement citoyen
Dans son allocution, Alexis Bongo a salué « la créativité et le courage » de la jeunesse, estimant qu’elle incarne la première ligne de défense d’un Congo paisible. L’appel, chaleureux, a insisté sur la responsabilité de rester debout, respectables et porteurs d’initiatives pour bâtir ensemble un avenir sûr.
Représentant la ministre de l’Industrie culturelle, touristique, artistique et des loisirs, le directeur général des Arts et des Lettres a, pour sa part, loué le pouvoir du fou rire. Selon Alphonse Chardon N’kala, « le rire abat les barrières, ouvre les cœurs et gomme les préjugés ».
Ces déclarations officielles, loin d’alourdir la soirée, ont servi de passerelle entre institutions et publics. Le message s’avérait clair : la culture est un pivot stratégique des politiques sociales, et son appropriation par les jeunes renforce la stabilité et favorise l’épanouissement collectif.
Objectifs précis pour une jeunesse actrice de paix
Au-delà du divertissement, le Spectacle de la Paix répondait à un cahier des charges ambitieux. Les organisateurs veulent encourager la participation des jeunes aux décisions publiques, prévenir les violences juvéniles, et soutenir l’insertion de celles et ceux qui sortent de contextes de conflit ou de marginalisation.
Selon le comité, il s’agit aussi de renforcer la collaboration entre jeunesse, forces de sécurité et acteurs humanitaires. Chacun apporte son expertise : la sensibilisation pour les uns, la formation pour les autres. Le spectacle devient alors la vitrine d’un écosystème où art et citoyenneté prospèrent main dans la main.
En backstage, des ateliers express ont initié plusieurs dizaines de lycéens à l’écriture humoristique et au jeu scénique. Les formateurs insistaient sur l’écoute, la discipline et le respect du public : des compétences transférables, qu’il s’agisse de négocier un stage ou de diriger un projet communautaire.
Au-delà du spectacle, un tremplin pour l’avenir
Le rideau tombé, l’énergie ne s’est pas dissipée. Les participants ont échangé contacts et projets, prévoyant des tournées dans les quartiers et les établissements scolaires. La perspective d’essaimer l’initiative en province témoigne de la volonté d’ancrer la culture de paix dans tout le territoire national.
Plusieurs entreprises partenaires, sensibles à l’impact social du projet, ont manifesté leur intérêt pour parrainer des ateliers réguliers. Une synergie privé-public semble se dessiner, capable de créer des emplois artistiques, d’ouvrir des filières de formation et d’intégrer la dimension culturelle aux stratégies locales de développement.
À la sortie, Chancel Mboumba, étudiant en génie civil, confie qu’il repart « rempli d’idées » : fonder un club de théâtre dans son campus et organiser des séances de médiation par le jeu. « Nous sommes les briques de la paix, nous devons être solides », résume-t-il.
Rendez-vous est déjà pris pour la troisième édition, annoncée dans douze mois. Les promoteurs espèrent attirer davantage de partenaires internationaux et renforcer la programmation féminine. Si les jeunes maintiennent l’élan, le Spectacle de la Paix pourrait s’imposer comme un baromètre culturel et citoyen incontournable à Brazzaville.
Dans les coulisses médiatiques, l’initiative a séduit les réseaux sociaux. Sous le mot-dièse #RionsPourLaPaix, des vidéos virales circulent, relayant les meilleurs moments et invitant la diaspora à soutenir, financièrement ou par mentorat, les futurs ambassadeurs culturels.

