Jeunesse aérienne : la gymnastique rythmique congolaise s’envole
Sur les rives sableuses du fleuve Congo, un vent nouveau agite les rubans multicolores de la gymnastique rythmique; deux noms, Davina Nkenko Sita et Céleste Malanda Mayinga, symbolisent cette énergie qui pousse Brazzaville à conquérir les praticables internationaux.
Du 3 au 13 août, les deux espoirs ont partagé le tapis d’entraînement de l’Académie Grâce Céleste à Sotchi avec des gymnastes russes et cubaines, une immersion totale dans l’exigence du haut niveau qui cadre avec les ambitions affichées par la Fédération congolaise.
Si l’image d’une enfant de dix ans virevoltant sous le plafond d’un gymnase maritime étonne, elle est le fruit d’un projet structuré, tissé depuis cinq ans entre Brazzaville et la cité balnéaire russe, sous l’œil bienveillant de l’ancienne championne olympique Alina Kabaeva.
Sotchi, laboratoire d’excellence
À Sotchi, chaque matin débute par deux heures de préparation physique, travail de base indispensable pour supporter les enchaînements acrobatiques dictés par les entraîneurs russes, connus pour leur rigueur méthodologique et leur science du détail, héritées d’une école pluri-médaillée depuis l’ère soviétique.
Les Congolaises alternent ensuite maniement du cerceau, maîtrise du ruban et variations au ballon, sous un tempo musical soigneusement sélectionné pour modeler leur sens artistique, composante clé d’une discipline qui évalue autant la musicalité que la précision sportive.
« Nous découvrons des méthodes que nous n’imaginions pas, notamment la visualisation avant l’enchaînement », confie Céleste, le regard encore étincelant après une session filmée pour l’analyse vidéo, outil désormais incontournable dans l’apprentissage de la performance de haut niveau.
Une diplomatie sportive assumée
Le séjour est rendu possible par le partenariat entre la Fondation Africa Centrum, présidée par le consul honoraire Jocelin Patrick Mandzela, et l’académie russe, partenariat qui s’inscrit dans la dynamique de coopération historique reliant Brazzaville à Moscou depuis les années soixante.
Au-delà de la technique, ces échanges servent de vitrine à la diplomatie sportive congolaise, concept défendu par le ministère en charge des Sports, convaincu qu’un athlète bien formé porte aussi l’image culturelle du pays sur les plateformes médiatiques internationales.
Les autorités congolaises soutiennent la stratégie « former ici, polir là-bas », persuadées qu’une exposition répétée à l’excellence étrangère fertilise le terreau local et prépare la relève pour les Jeux Africains de 2027 et, plus ambitieux, les qualifications olympiques.
Cap sur Brazzaville : le tournoi d’hommage
Le prochain test grandeur nature est fixé du 27 au 28 septembre au gymnase Maxime-Matsima, à Brazzaville, pour la deuxième édition du tournoi de reconnaissance dédié à Alina Kabaeva, pionnière dont la carrière demeure une référence dans le petit monde de la rythmique.
Pour l’occasion, les entraîneurs congolais ont conçu un programme spécifique, inspiré des normes de la Fédération internationale, mais agrémenté d’éléments musicaux locaux, afin de fédérer le public et d’affirmer une signature musicale identifiée comme « Afro-Rythmique ».
Selon le directeur du Centre national de gymnastique, Davy Ndzoba, l’objectif est double : « montrer que nos filles peuvent rivaliser techniquement tout en proposant une couleur sonore qui parle à la jeunesse congolaise », une manière de lier performance sportive et expression culturelle.
Retombées pour une génération connectée
Les prestations des deux gymnastes sont régulièrement relayées sur TikTok et Instagram, générant un engouement inattendu parmi les collégiennes de Pointe-Noire et d’Oyo, preuve que l’inspiration voyage aujourd’hui au rythme des réseaux, catalyseur essentiel pour populariser une discipline encore jugée élitiste.
Dans plusieurs écoles, des ateliers de découverte commencent à fleurir, soutenus par des entreprises locales qui y voient un moyen de responsabiliser la jeunesse et de valoriser les vertus de la discipline, de la concentration et du travail d’équipe.
Le gouvernement, via le Fonds national pour le développement du sport, promet d’équiper trois nouveaux gymnases régionaux d’ici 2025, illustrant sa volonté d’étendre le maillage territorial et de saisir la dynamique créée par la visibilité internationale des jeunes ambassadrices.
À court terme, l’objectif affiché reste la qualification aux championnats d’Afrique 2026, mais dans l’esprit des gymnastes comme de leurs mentors, le véritable enjeu est de décloisonner les frontières entre sport, art et identité, élevant la rythmique congolaise au rang de symbole générationnel.
Perspectives et défis
Si la Russie fournit la technicité, le Congo planche désormais sur la formation d’entraîneurs locaux capables d’assurer un suivi quotidien. Un accord est en négociation avec l’Institut national de l’éducation physique de Kazan pour ouvrir, à Brazzaville, un cursus diplômant dédié à la rythmique.
Reste la question financière : rubans, justaucorps brodés et déplacements coûtent cher. Les fédérations envisagent un modèle de mécénat inspiré du football, impliquant opérateurs télécoms et maisons de mode urbaines, convaincues que la grâce athlétique peut constituer une vitrine marketing à forte valeur émotionnelle.
À plus long terme, Davina rêve d’un spectacle hybride mêlant trapèze et percussion congolaise, projet déjà esquissé lors de discussions informelles avec le directeur de l’Institut français de Pointe-Noire, preuve que la gymnastique rythmique congolaise se conçoit désormais comme un art total, nourri de multiples influences.

