Brazzaville célèbre le livre
Sous les lambris feutrés du ministère des Finances, transformé pour l’occasion en agora littéraire, Anatole Collinet Makosso a dévoilé, lors de la Quinzaine du gouvernement le 20 décembre, les grands axes d’En toute transparence, nouvel ouvrage du président Denis Sassou-Nguesso.
La cérémonie, sobre mais dense, a réuni ministres, députés, diplomates et universitaires, curieux de percer la mécanique intérieure d’un mandat entamé en 2021 et appelé à se prolonger jusqu’en 2026, sur fond de réformes économiques et d’ambitions continentales renouvelées.
Une redéfinition de la transparence
Dans son allocution, le chef du gouvernement a vanté un texte qu’il qualifie de “document d’intérêt national”, mêlant le récit de la résilience face aux crises et la pédagogie politique, sans céder au registre hagiographique ni sombrer dans l’autocélébration.
Makosso insiste sur la portée institutionnelle du livre : “C’est la matérialisation d’une promesse de donner des comptes”, affirme-t-il, rappelant qu’en mars 2021 le président avait solennellement juré de publier, mi-mandat, un rapport accessible au grand public.
Récit d’une résilience économique
Dans le canyon creusé par la chute des cours pétroliers, l’État congolais cherchait alors un nouveau souffle financier ; le texte retrace ce moment charnière et montre comment l’exécutif a tenté de conjuguer discipline budgétaire, programmes sociaux et attractivité pour les investisseurs.
Écrit dans un style que le Premier ministre décrit comme “sobre comme une page d’agenda”, l’ouvrage s’appuie sur des chiffres vérifiables, des annexes sectorielles et quelques encadrés photographiques, afin de séduire aussi bien l’expert économique que le lecteur curieux du quotidien.
Une esthétique accessible
Objet luxueux sans être ostentatoire, En toute transparence s’ouvre sur un papier ivoire et une maquette épurée réalisée par de jeunes graphistes congolais. Les photographies choisies renoncent aux protocoles rigides ; on y voit le président dialoguer avec des agricultrices du Pool.
Pour la maison d’édition Les Plumes d’Ochre, l’ouvrage marque un tournant : jamais un récit présidentiel n’avait bénéficié d’un tirage initial de 50 000 exemplaires. La direction espère atteindre les diasporas européennes grâce à une version numérique enrichie de cartes interactives.
Cinq messages clés de Makosso
Le premier pilier mis en avant est la méthode : planification serrée, hiérarchisation des priorités et suivi trimestriel. Makosso y voit “la preuve qu’une administration peut épouser le rythme du secteur privé sans perdre son âme de service public, enracinée dans la solidarité nationale”.
Deuxième pilier, le courage : l’ouvrage revient sur les réformes parfois impopulaires comme la rationalisation des subventions ou la migration vers la Facturation Électronique, décrite comme “une digue contre l’évasion fiscale” par le ministère des Finances, dont les recettes non pétrolières ont progressé.
Troisième pilier, l’ambition : le Chef de l’État affirme vouloir positionner le Congo comme hub sous-régional de la transition énergétique et numérique. Les premiers centres de données à Kintélé et Pointe-Noire sont cités, tout comme la montée en puissance de la fibre optique.
Quatrième pilier, l’ouverture : le livre s’adresse “aux amis du Congo”, expression reprise par Makosso pour rappeler l’importance des partenariats Sud-Sud et du dialogue renouvelé avec les institutions financières multilatérales, désormais associées aux comités de pilotage des zones industrielles spéciales.
Enfin, le cinquième pilier, la projection : En toute transparence ne clôt pas un cycle, il en ouvre un nouveau, balisé par l’Agenda 2063 de l’Union africaine. “Le Congo avance, mais il regarde déjà trente ans devant”, résume le Premier ministre.
Réactions et lectures croisées
Au-delà du discours gouvernemental, quelques universitaires présents saluent “un précédent intéressant” dans la culture politique congolaise. Pour le politologue Éric Massamba, l’exercice de redevabilité pourrait “créer une saine concurrence” entre institutions et renforcer le contrôle citoyen, à condition que les données demeurent accessibles.
Dans les travées, des entrepreneurs interrogés voient aussi un signal positif envoyé aux marchés. “Nous voulons de la visibilité”, explique Solange Mouangou, directrice d’une PME de services numériques, qui s’intéresse particulièrement aux chapitres dédiés à la politique d’incubation et aux infrastructures logistiques.
L’opposition parlementaire, absente de la salle, a néanmoins reçu l’ouvrage. Certains députés prévoient de déposer des questions écrites pour approfondir, notamment, la relance agricole et la dette intérieure. “L’essentiel est que le débat se nourrisse de bases factuelles”, commente un proche du bureau.
Sur les réseaux sociaux, les premiers extraits publiés par la Présidence affichent déjà plusieurs milliers de partages, surtout autour des passages traitant de digitalisation de l’État civil et de formation professionnelle, deux thématiques particulièrement suivies par la jeunesse urbaine de Brazzaville et Pointe-Noire.
Vers un dialogue national élargi
L’ouvrage sera distribué aux bibliothèques universitaires dès janvier, avant une tournée promotionnelle annoncée dans les préfectures. Des séances interactives, prévues en partenariat avec le ministère de la Culture, permettront aux étudiants de questionner directement les auteurs des différents chapitres sectoriels.
En attendant, le Premier ministre résume l’esprit du livre d’une formule: “Transparence aujourd’hui, confiance demain”. Une maxime qui, selon lui, devrait guider les prochaines étapes d’un projet politique dont l’horizon, clairement inscrit, épouse la longue durée d’un Congo volontairement ouvert.

