Brazzaville trace les lignes d’un nouveau pacte sanitaire
Clôturée le 18 juillet, la seconde session du Conseil national de la santé a réuni dans la capitale congolaise des responsables administratifs, des praticiens hospitaliers et des partenaires techniques venus scruter les forces et les faiblesses de l’architecture sanitaire nationale. Sous la houlette du ministre de la Santé et de la Population, Jean-Rosaire Ibara, les travaux ont débouché sur un corpus de résolutions qui, dans l’esprit des participants, doit insuffler un nouvel élan à l’atteinte de l’objectif de développement durable 3, consacré à la santé et au bien-être.
Les délibérations, menées dans un climat courtois mais exigeant, ont rappelé la triple urgence de guérir les finances de la santé, de renforcer les capacités des établissements et de repositionner le citoyen au cœur de la décision publique. L’idée maîtresse, souvent reprise dans les couloirs du Centre international de conférences, tient en une formule : « faire passer la médecine de la théorie à la chambre du patient ». Un mot d’ordre en forme de contrat moral avec la population.
Financements : le nerf de la guérison
Les experts ont d’abord souligné que la part du budget national consacrée à la santé demeure en deçà des engagements de la Déclaration d’Abuja, malgré les efforts consentis ces dernières années. Ils plaident pour un relèvement progressif qui sécurise les ressources du Fonds d’appui à la santé et libère les hôpitaux de la dépendance excessive aux régies internes. À Brazzaville comme à Pointe-Noire, la rareté de consommables essentiels illustre, selon plusieurs médecins interrogés, la nécessité de doter les établissements d’un financement pluriannuel prévisible.
L’arrivée récente d’outils de paiement numérique ouvre néanmoins des pistes : mutualisation des assurances maladie, élargissement de l’assiette fiscale dédiée et mobilisation de partenariats public-privé. « Le Congo peut, sans augmenter la pression fiscale globale, optimiser le recouvrement et flécher plus clairement la dépense vers la prévention », estime le professeur Ladislas Okouango, économiste de la santé, rappelant que chaque franc investi en amont évite un coût médical multiplié par trois en aval.
Infrastructures et compétences : l’autre défi
L’audit présenté devant le Conseil dresse un constat lucide : bon nombre de formations sanitaires fonctionnent encore avec des équipements obsolètes ou inopérants. La mise à niveau technique, couplée à une maintenance préventive obligatoire, figure donc en tête des recommandations. Dans le même mouvement, les participants ont insisté sur la nécessité d’actualiser le plateau biomédical, condition d’attractivité pour les jeunes praticiens et de réduction des évacuations sanitaires coûteuses.
Parallèlement, la question des ressources humaines occupe une place stratégique. Les syndicats de médecins ont rappelé que l’attractivité des carrières passe par la revalorisation salariale, mais aussi par la garantie d’un perfectionnement continu. À cet égard, la Faculté des sciences de la santé de l’Université Marien-Ngouabi, en partenariat avec l’Organisation mondiale de la santé, prépare un programme de résidences hospitalières décentralisées dans les districts, afin de rapprocher l’expertise des populations rurales.
Vers une gouvernance participative et climato-résiliente
Les travaux ont fait une large place à la démocratisation de la santé. La création de comités de gestion communautaire dans chaque district vise à associer la société civile au suivi budgétaire et à l’évaluation des politiques de prévention. Cette approche, inspirée d’expériences réussies au Rwanda et au Sénégal, ambitionne de transformer le patient en acteur de son propre parcours de soins.
Autre front émergent : l’impact du changement climatique. L’augmentation des vagues de chaleur et la recrudescence de certaines zoonoses pressent le pays d’intégrer la résilience climatique dans la planification sanitaire. Les experts prônent la cartographie des zones à risque et la promotion de bâtiments hospitaliers écoconçus, capables de maintenir la chaîne du froid lors de pannes électriques plus fréquentes sous l’effet d’événements météorologiques extrêmes.
Un décret révisé pour accompagner la transformation
Pour donner une base juridique solide aux ambitions affichées, le Conseil a adopté un projet de décret modifiant le texte fondateur de 1984 qui régit encore, pour l’essentiel, le fonctionnement du secteur. La refonte prévoit une clarification des compétences entre niveaux central et territorial, ainsi qu’une meilleure articulation avec les politiques sociales et environnementales. La procédure d’adoption en Conseil des ministres a déjà été enclenchée, témoignant d’un engagement politique que les observateurs jugent « rarement aussi rapide ».
En clôturant la session, le ministre Jean-Rosaire Ibara a martelé que « la santé de notre nation est le bien le plus précieux que nous devons protéger ». Il a également salué la mobilisation des partenaires internationaux, du secteur privé et des collectivités locales qui, a-t-il dit, « donne corps à une diplomatie sanitaire capable de faire rayonner le Congo au-delà de ses frontières ».
Perspectives : de la feuille blanche au lit du patient
À l’issue de ces assises, la balle est désormais dans le camp de l’administration et des élus, chargés de traduire les recommandations en actes tangibles. La réussite passera par un calendrier précis, des indicateurs publics et un dialogue constant avec les bénéficiaires. Sur ce point, les jeunes professionnels de santé réunis au sein du mouvement Génération-Santé plaident pour un tableau de bord en open data, histoire de donner à chaque citoyen les moyens de suivre, en temps réel, l’exécution budgétaire.
Si la route reste longue, l’élan observé à Brazzaville nourrit un certain optimisme. Les réformes financières, la modernisation des infrastructures et l’ouverture à la participation communautaire esquissent la perspective d’un système plus inclusif, plus robuste et mieux préparé aux chocs climatiques. À moyen terme, la combinaison de ces leviers pourrait transformer la métaphore de la « grande ordonnance sans médicaments » en récit d’une thérapie réussie, au bénéfice des générations futures.

