Rendez-vous attendu pour la filière bois
Sous un soleil matinal, les portes du futur village artisanal, dressé face au stade Président-Massamba-Débat, se sont ouvertes le 11 août pour la quatrième édition du Salon des métiers du bois. Le site vibre déjà des odeurs de sciure et d’ambitions partagées.
Placée sous le thème «Bois et artisanat: de la forêt à la maison, consommons congolais», la manifestation se veut un carrefour où 136 créateurs, menuisiers, sculpteurs ou vanniers, font dialoguer racines, design contemporain et économie circulaire durant quinze jours d’animations et de transactions.
Une vitrine pour l’économie nationale
L’événement est piloté conjointement par les ministères des PME et de l’Économie forestière, avec l’appui du PNUD. Pour Jacqueline Lydia Mikolo, il démontre que la filière bois «peut devenir l’un des piliers de la diversification» en valorisant la richesse des essences locales.
Brazzaville profite ainsi d’une plate-forme capable d’attirer des investisseurs, des designers et des distributeurs régionaux. Le salon fait converger la demande urbaine en mobilier moderne et l’offre rurale en matières premières, créant une chaîne vertueuse entre forêt, atelier et salon de séjour.
Soutien gouvernemental et cadre incitatif
Dans son allocution d’ouverture, la ministre Rosalie Matondo a rappelé que le pays dispose d’un potentiel ligneux estimé à 900 millions de mètres cubes mais n’en exploite que 1,7 million. «Le travail qui nous attend est immense», a-t-elle reconnu, invitant à passer de l’abattage à la transformation.
Le gouvernement annonce la finalisation prochaine d’un cadre incitatif incluant allègement fiscal pour les PME vertes, guichet unique d’exportation et contrats-programme destinés à sécuriser l’approvisionnement des ateliers. Autant d’outils voués à traduire sur le terrain la vision du président Denis Sassou Nguesso, ambassadeur de l’artisanat africain.
Les savoir-faire locaux à l’honneur
Sur les stands improvisés, on découvre des tables en kosipo aux lignes minimalistes, des sculptures en bubinga inspirées du Kongo central, mais aussi des bijoux modulables en perles de ronce. Chaque objet raconte l’adaptation de savoirs ancestraux à une clientèle jeune et connectée.
Plusieurs commandes de mobilier urbain auraient déjà été signées par des collectivités, signe que la création locale séduit au-delà du cercle décoratif. «Notre objectif est de prouver qu’acheter congolais, ce n’est pas un geste de charité mais un investissement durable», insiste le sculpteur Guy-Modeste Nkouka.
Formation et emploi des jeunes
Au-delà de la vitrine, la formation occupe une place centrale. Un village éphémère de deux ateliers-écoles initie des jeunes des arrondissements périphériques à la CAO, au séchage solaire et aux finitions écologiques, compétences recherchées par les architectes et promoteurs hôteliers de Pointe-Noire à Oyo.
Le partenariat avec l’Office national de l’emploi prévoit, après le salon, des stages payés au sein des menuisiers professionnels exposants. Selon le PNUD, cette passerelle pourrait créer 500 emplois d’ici 2026, en priorité pour les diplômés des lycées techniques.
Financement et label Made in Congo
La question du financement reste cruciale. La Banque postale du Congo lance, à l’occasion du SAMEB, un micro-crédit à taux réduit, plafonné à cinq millions de francs CFA, dédié à l’acquisition de presses numériques ou de scies à commande numérique, indispensables pour monter en gamme.
Les artisans espèrent aussi la mise en œuvre rapide du projet de label «Made in Congo». La Direction générale des normes finalise un cahier des charges incluant traçabilité du bois, taux de transformation locale et critères esthétiques, garantissant au client un produit éthique et concurrentiel.
Rayonnement régional et digital
L’ouverture régionale constitue l’autre enjeu majeur. Des délégations venues du Cameroun et de la RDC examinent des contrats de franchise pour distribuer des salons de jardin en teck congolais. À terme, le SAMEB pourrait servir de tremplin vers la Zone de libre-échange continentale africaine.
Le salon entend également conquérir le marché numérique. Une plateforme e-commerce, développée par une start-up de Talangaï, photographie et référence chaque pièce exposée, permettant aux acheteurs de Kinshasa, Abidjan ou Paris de commander et payer en ligne, puis de suivre la livraison.
Artisanat durable et forêt préservée
Au fil des allées, la dimension environnementale reste prégnante. Les stands intègrent des panneaux pédagogiques sur la gestion durable et les normes FSC, tandis que des conférences détaillent l’usage du bambou ou du raphia comme alternatives moins gourmandes en carbone que certaines essences nobles.
Des ONG locales saluent l’initiative. «Créer de la valeur sur place réduit la pression sur la forêt: on abat moins si on valorise mieux», explique l’écologue Mireille Banzouzi. Ce discours trouve un écho chez les consommateurs urbains, sensibles à l’origine traçable de leur décoration.
Un matériau d’avenir pour le Congo
En clôture, une vente aux enchères reversera une partie des bénéfices au Fonds de développement de l’artisanat. Cette initiative souligne que l’art n’est pas seulement affaire de beauté, mais aussi de solidarité économique entre créateurs, institutions et acheteurs locaux ou étrangers.
À l’heure où la jeunesse congolaise cherche des horizons professionnels porteurs, le SAMEB 2025 rappelle qu’un simple tronc peut devenir symbole d’avenir. Entre volontarisme public, créativité privée et appétit des marchés, le bois congolais se dresse comme un matériau de renaissance collective.

