Le Sameb 2025, vitrine panafricaine
Sous les manguiers du futur village artisanal de Brazzaville, le Salon des métiers du bois a réuni, du 11 au 27 août 2025, créateurs sénégalais, camerounais, congolais et rd-congolais. L’esplanade, fraîchement aménagée, a vibré au rythme des démonstrations d’ébénisterie et de vannerie.
L’édition, placée sous le thème « Bois et artisanat : de la forêt à la maison, consommons congolais », a consolidé un positionnement régional. Le public, majoritairement jeune, est venu chercher des pièces authentiques, mais aussi des récits d’atelier que seuls les exposants savent livrer.
Des chiffres qui confirment l’engouement
Avec 15 000 entrées, soit près d’un millier de visiteurs par jour, le salon a dépassé toutes les projections. Les allées, ponctuées de senteurs de santal et de colophane, n’ont guère désempli, révélant une demande croissante pour le design d’inspiration locale.
Le chiffre d’affaires enregistré atteint 55 865 800 F CFA, loin devant les 15 millions initialement prévus par les organisateurs. Pour Jacqueline Lydia Mikolo, ministre des Petites et Moyennes Entreprises et de l’Artisanat, « ces performances soulignent le potentiel économique de notre créativité nationale ».
Cette progression commerciale suscite toutefois des attentes nouvelles. Plusieurs exposants, conscients de l’élan médiatique, espèrent que la dynamique se prolongera dans les circuits de vente toute l’année, au-delà de la fenêtre festive que constitue le salon.
Herman Samba, porte-voix du raphia
Parmi les cent stands, celui d’Herman Samba, 32 ans, artisan spécialisé dans les accessoires en raphia, a retenu l’attention. Son atelier, situé au rond-point Matsoua à Moungali, fait travailler cinq collaborateurs, tous issus des quartiers périphériques de Brazzaville.
« Le Sameb reste gravé dans ma mémoire », confie-t-il, sourire timide mais voix assurée. Les visiteurs se pressent devant ses éventails pour mariages coutumiers, ses statues de lion, ses sandales tressées. Chaque pièce raconte une histoire, de la récolte du raphia sur les berges de la Sangha à la finition minutieuse.
L’artisan, déjà sollicité par des concept-stores de Dakar et Douala, voit dans le salon une rampe de lancement continentale. Ses carnets de commande se sont épaissis, illustrant la manière dont un événement culturel peut reconfigurer un parcours entrepreneurial.
Rencontre avec le Premier ministre
Le 23 août, la visite d’Anatole Collinet Makosso a marqué les mémoires. Au détour d’une allée, le Premier ministre a serré la main d’Herman Samba et encouragé ses ambitions. « Continuez, vous portez haut les couleurs du pays », aurait-il déclaré, selon plusieurs témoins.
Ce moment, immortalisé par les photographes officiels, a trouvé un écho sur les réseaux sociaux où la vidéo a rapidement circulé. Pour de nombreux jeunes, cette scène symbolise la proximité possible entre décisionnaires et créateurs.
Un catalogue qui raconte le terroir
Visuellement, le stand d’Herman emprunte à la scénographie des musées. Les chapeaux, suspendus à des branches peintes en blanc, évoquent les marais où pousse la palme de raphia. Les statuettes de gorille, posées sur des caisses de sapele brut, rappellent la faune du bassin du Congo.
Le public s’arrête, touche, photographie. Des couples de Brazzaville réservent des sets décoratifs pour leurs cérémonies. Des expatriés notent des dimensions pour un futur shipping vers l’Europe. Le raphia, longtemps cantonné aux marchés de rue, gagne ainsi les salons urbains.
« Nos objets ne sont pas accessoires, ils sont identitaires », répète l’artisan, soucieux de replacer la matière première au centre d’un récit collectif. Sa démarche rejoint celle de nombreux créateurs qui militent pour une consommation culturelle enracinée.
Les enjeux du soutien institutionnel
Si la convivialité prévaut, les attentes, elles, sont tangibles. Herman Samba plaide pour un fonds de roulement afin d’agrandir son équipe et moderniser ses outils. « Avec un tour de main, on fait beau ; avec des machines, on fait durable », explique-t-il.
Au ministère des PME, l’on rappelle que des lignes budgétaires existent pour l’accompagnement. Encore faut-il que les dossiers soient montés et que les artisans se structurent en coopératives pour y accéder plus rapidement.
La Banque de développement des États de l’Afrique centrale, présente au salon, a esquissé des pistes de microcrédits. Les organisations internationales, de leur côté, envisagent des programmes axés sur la formation au design, condition sine qua non pour conquérir des marchés extérieurs exigeants.
Vers un écosystème créatif durable
Les spécialistes de la filière insistent : la réussite du Sameb passera par une traçabilité du bois et du raphia certifiés, garante d’une gestion forestière responsable. Cet aspect environnemental séduit une clientèle sensible à la durabilité.
Les écoles d’art appliqué de Brazzaville, partenaires de l’événement, projettent d’envoyer des étudiants en immersion chez Herman Samba. L’idée est de lier savoir-faire traditionnel et innovation, afin de consolider une esthétique contemporaine mais fidèle aux racines.
À terme, les organisateurs souhaitent transformer le futur village artisanal en hub permanent, avec fablabs, résidences de création et boutiques mutualisées. Cette ambition, déjà saluée par les professionnels, pourrait inscrire Brazzaville sur la carte des capitales africaines du design.
Perspectives régionales
Le succès du Sameb retentit au-delà des frontières ; des délégations de Libreville et Abidjan envisagent de lancer des éditions jumelles. Un réseau d’événements bois-design se dessine, offrant aux artisans congolais un calendrier élargi de diffusion et renforçant, par ricochet, la notoriété du label « Made in Congo ».

