Brazzaville se prépare à vibrer au rythme du bois
Sur les bords de la Sangha, magasins et ateliers affûtent déjà leurs rabots. Du 11 au 25 août, le Salon des métiers du bois, plus connu sous l’acronyme Sameb, déploiera sa quatrième édition. Placé sous le thème « Bois et artisanat : de la forêt à la maison, consommons congolais », l’événement est conjointement porté par le ministère des Petites et Moyennes entreprises et de l’Artisanat et celui de l’Économie forestière, avec le soutien direct du Premier ministre. Au-delà de la démonstration technique, le rendez-vous se veut la vitrine d’un positionnement économique assumé, celui qui fait de la ressource ligneuse un fil conducteur de la diversification productive nationale.
Un mot d’ordre assumé : consommer congolais
Interrogée lors d’une conférence de presse donnée le 31 juillet, la ministre Jacqueline Lydia Mikolo a rappelé que l’enjeu premier du salon demeure la conversion des habitudes de consommation. Elle observe qu’une partie significative du public demeure persuadée que qualité et importation sont indissociables, quand nombre des articles recherchés – ameublements, objets de décoration, bijoux en bois précieux – naissent déjà dans des ateliers de Makélékélé ou de Ouenzé. « Il s’agit d’un appel à valoriser le made in Congo », a-t-elle insisté, soulignant que les artisans locaux proposent des tarifs largement accessibles (déclaration du 31 juillet). Par cette exhortation, l’autorité entend faire du consommateur un maillon actif de la chaîne de valeur.
La filière bois, entre héritage forestier et design contemporain
Le Congo, deuxième poumon vert d’Afrique centrale, n’a jamais caché ses ambitions de conjuguer conservation et valorisation responsables de ses essences. Le Sameb s’inscrit dans cette démarche en exposant l’éventail d’une création au confluent de la tradition et des tendances mondiales. D’un côté, les sculpteurs honorent l’iconographie bantoue, ciselant dans l’okoumé ou le sipo les silhouettes ancestrales. De l’autre, une nouvelle génération de designers formés à Rabat ou à Paris façonnent des lignes épurées, prêtes à intégrer les showrooms de Casablanca ou de Johannesburg. L’artisanat devient alors langage diplomatique, proposant une lecture originale d’un territoire souvent réduit à ses exportations pétrolières.
Un salon voulu inclusif et ouvert aux partenaires
Depuis la première édition en 2017, le Sameb se veut plate-forme de maillages sud-sud. Cette année, les organisateurs annoncent la présence du Maroc, de l’Angola, de la Namibie et de la République démocratique du Congo. Ces délégations prospectent autant qu’elles exposent, convaincues qu’un meuble en wengé conçu à Brazzaville peut dialoguer avec le marbre de Carrare ou la céramique de Fez. Au-delà de la dimension commerciale, la diplomatie économique trouve ici un terrain d’expression concret. Le salon anticipe déjà des partenariats techniques sur la transformation de la matière première et l’optimisation énergétique des chaînes de production, deux leviers essentiels pour renforcer la compétitivité régionale.
Emploi et formation : des retombées domestiques attendues
Le secteur artisanal figure parmi les principaux pourvoyeurs d’emplois non agricoles du pays. Selon les données du ministère en charge des PME, les métiers du bois mobilisent plus de trente mille acteurs, du sylviculteur au designer produit. En organisant des démonstrations en direct, des masterclass et des rencontres universitaires, le Sameb offre un lieu de passage entre savoir empirique et ingénierie académique. Les étudiants de l’École nationale supérieure polytechnique y côtoieront les maîtres sculpteurs de Poto-Poto, créant des ponts qui, à terme, nourriront l’émergence d’un tissu industriel créatif et durable. La programmation prévoit par ailleurs des ateliers dédiés aux femmes entrepreneures, illustrant la volonté d’inclusivité sociale vantée par les autorités.
Perspectives au-delà du 25 août
Si le rideau tombera sur un défilé d’objets finis, c’est bien en coulisse que se jouera la suite. L’ambition affichée consiste à pérenniser la visibilité des artisans à travers une maison permanente du bois et, à moyen terme, un label de qualité certifiant l’origine congolaise. La démarche s’insère pleinement dans la stratégie nationale de substitution aux importations et de montée en gamme de la production locale. À l’heure où les consciences écologiques s’aiguisent, parier sur une ressource disponible, transformée sur place et réellement tracée, relève autant du bon sens économique que de l’affirmation d’une identité culturelle. Pour le visiteur, il ne restera plus qu’à pousser la porte du salon afin de vérifier, par lui-même, que le meilleur ne vient pas nécessairement de l’autre rive du fleuve.

