Brazzaville vibre au rythme du bois congolais
Au village artisanal dressé à deux pas du stade Alphonse-Massamba-Débat, les parfums de sciure se mêlent aux rythmes afro-jazz diffusés par des enceintes portatives. Pendant deux semaines, la capitale congolaise invite le public à découvrir le Salon des métiers du bois, quatrième édition d’une aventure devenue incontournable.
Placée sous le thème « Bois et artisanat : de la forêt à la maison, consommons congolais », la manifestation est officiellement lancée par les ministres Jacqueline Lydia Mikolo et Rosalie Matondo, symbolisant l’alliance institutionnelle entre entrepreneuriat local et gestion durable des ressources forestières.
Un salon né pour dynamiser la filière nationale
Depuis 2018, le Sameb se veut un laboratoire vivant où menuisiers, sculpteurs, designers et chercheurs partagent stands, ateliers et contacts professionnels. L’objectif affiché demeure la montée en compétence de la filière bois, appelée à soutenir la diversification économique prônée par les autorités nationales.
Dans les allées sablonneuses, le visiteur croise des chaises taillées dans l’okoumé, des lampes sculptées dans le wengé ou des bijoux mêlant ébène et cuivre recyclé. Chaque pièce raconte une histoire, celle d’essences locales valorisées par un savoir-faire ancestral remis au goût du jour.
Le potentiel forestier, moteur économique durable
« Nous voulons que le bois congolais occupe nos salons et nos hôtels plutôt que d’être exporté brut », souligne à voix posée Alphonse Nzonzi, coordinateur du salon. Son argument trouve écho chez de jeunes créateurs, conscients que le design local peut constituer un levier de fierté collective.
Le gouvernement, pour sa part, multiplie les incitations fiscales destinées aux petites et moyennes entreprises de transformation. « Le secteur forêt-bois demeure l’un des piliers de notre Plan national de développement », rappelait récemment Rosalie Matondo, évoquant 900 millions de mètres cubes de gisements disponibles.
Si seuls 1,7 million de mètres cubes sont actuellement valorisés, la marge de progression impressionne les investisseurs. Plusieurs sociétés forestières, partenaires du Sameb, envisagent d’installer de nouvelles unités de séchage à Mindouli et Ouesso, créant à terme des centaines d’emplois techniques pour la jeunesse congolaise.
Artisans inspirés et savoirs partagés
Mais l’ambition n’est pas que chiffrée. Les organisateurs misent sur la transmission culturelle. Des classes pédagogiques accueillent chaque matin des lycéens venus apprendre la symétrie d’un assemblage tenon-mortaise ou la finition à l’huile de lin, gestes décrits comme « patrimoine immatériel » par la Conservatrice nationale des arts manuels.
À la lisière des stands, le designer franco-congolais Malo Malonga présente une chaise longue torsadée dont la silhouette évoque le fleuve Congo. « Je m’inspire des courbes du paysage », confie-t-il, avant de rappeler que 40 % de ses acheteurs proviennent désormais de la diaspora connectée.
Cette ouverture internationale se lit aussi dans la présence d’artisans camerounais et gabonais, invités à partager leurs techniques de marqueterie. Les échanges Sud-Sud, encouragés par les chambres consulaires, facilitent l’émergence d’un label régional dont Brazzaville entend devenir la vitrine annuelle.
Vers une consommation locale et responsable
Du côté des visiteurs, la tendance à l’achat responsable se confirme. Selon une enquête de satisfaction menée à mi-parcours, huit personnes sur dix déclarent vouloir « remplacer progressivement le plastique par le bois congolais ». Un chiffre salué par les ONG environnementales partenaires du salon.
Le succès médiatique de l’événement rejaillit également sur les réseaux sociaux. Hashtag #Sameb2023 en tête, vidéos TikTok de démonstrations de tournage sur bois cumulent plusieurs centaines de milliers de vues, preuve qu’un artisanat perçu comme traditionnel peut séduire la génération smartphone sans renoncer à son authenticité.
Enjeux logistiques et avancées réglementaires
Derrière les projecteurs, des défis persistent. L’approvisionnement en matière première dépend d’infrastructures routières parfois dégradées. « Transporter un tronc d’Imbu depuis la Sangha jusqu’à Brazzaville peut allonger le coût final de 30 % », regrette le négociant Pierre-Marcel Bembe, appelant à renforcer la maintenance des axes stratégiques.
Les experts saluent néanmoins les récentes avancées réglementaires. L’obligation de traçabilité et la mise en place de guichets uniques pour l’exportation réduisent les délais administratifs, élément clé pour attirer les investisseurs éthiques. De quoi, selon la Banque mondiale, « faire du Congo un hub de transformation bois en Afrique centrale ».
Prolongements itinérants et visions d’avenir
À court terme, l’équipe du Sameb envisage de prolonger l’expérience dans d’autres départements, à commencer par Pointe-Noire, capitale économique. L’idée d’installations itinérantes permettrait de rapprocher les artisans des zones de coupe et de diversifier l’offre touristique hors de la saison balnéaire.
En attendant, Brazzaville savoure son rôle d’épicentre créatif. Entre percussionnistes improvisant sur des fûts de sapelli et conférences sur le carbone stocké dans les meubles massifs, le Sameb démontre qu’une ressource locale peut fédérer artistes, industriels et consommateurs autour d’un récit commun : bâtir l’avenir en bois.
À l’heure où la planète scrute l’empreinte carbone de chaque matériau, le bois issu de forêts gérées durablement apparaît comme une alternative crédible au béton. Les chercheurs de l’Université Marien-Ngouabi profitent du salon pour présenter des prototypes de maisons modulaires, adaptées aux climats tropicaux humides et résilients.

