Une ascension emblématique de la jeune scène congolaise
À trente et un ans, Sabrina Bitsangou, plus connue sous le nom de Sam BB, s’impose comme l’une des figures de proue de la danse contemporaine en Afrique centrale. Son visage, familier des plateaux de Brazzaville, reflète une génération d’artistes pour qui la création n’est plus seulement un acte esthétique mais un vecteur de connaissance de soi et de dialogue social. Dès son arrivée aux Ateliers Sahm en 2017, la danseuse a creusé un sillon personnel où les langages urbains croisent la performance et la mémoire collective.
Ce parcours a été jalonné de distinctions internationales qui témoignent de la maturité de son propos artistique : programme Visa pour la création de l’Institut français, bourse suisse Garage Aarau ou encore Prix Prince Claus 2024. Chaque reconnaissance a consolidé un ancrage local tout en ouvrant des ponts vers l’extérieur, dessinant la cartographie d’une carrière où l’engagement communautaire se conjugue avec la circulation mondiale des idées (Sabrina Bitsangou, entretien, mai 2024).
L’École des sables, creuset d’excellence panafricaine
C’est dans le village de Toubab Dialaw, à une cinquantaine de kilomètres de Dakar, que Sam BB vient de recevoir un diplôme convoité. Fondée par l’icône Germaine Acogny, l’École des sables accueille depuis plus de vingt ans des créateurs du continent et de la diaspora, mêlant rigueur académique et sensibilités chorégraphiques hétérogènes. La promotion 2024 du programme Afrique Diaspora était volontairement composée à cent pour cent d’artistes africains pour favoriser la circulation horizontale des savoirs (École des sables).
« J’ai compris que mon corps était une scène et que chaque geste portait un récit », confie la Congolaise à l’issue de la cérémonie de clôture, l’émotion encore palpable. La formation, intensive, aborde autant la technique que l’histoire des esthétiques africaines, de la danse des masques à la danse contemporaine postcoloniale. L’approche pédagogique, fondée sur la recherche de l’équilibre entre l’individu et le collectif, a fait écho à la démarche de Sam BB qui dissèque depuis plusieurs années la notion de deuil et de résilience dans les sociétés urbaines congolaises.
Nsaka Dance, laboratoire urbain de Brazzaville
Avant même son départ pour le Sénégal, l’artiste avait posé un jalon décisif dans la capitale congolaise : la création, en 2019, du festival Nsaka Dance. Pensée comme une agora ouverte aux danses urbaines émergentes, la manifestation a offert à de jeunes talents un espace de visibilité rare, dans un tissu culturel où les infrastructures dédiées à la danse restent limitées. Chaque édition transforme le quartier Poto-Poto en scène géante, attirant un public intergénérationnel avide de propositions innovantes.
Cette plateforme constitue désormais un moteur de professionnalisation. En donnant à voir des œuvres hybrides, elle encourage la consolidation d’un écosystème où danseurs, vidéastes et musiciens collaborent sans hiérarchie de disciplines. Les institutions publiques, attentives à ce dynamisme, accompagnent le festival, soulignant la volonté des autorités culturelles de promouvoir les industries créatives nationales.
Un diplôme comme passeport pour la transmission
Le certificat obtenu à l’École des sables octroie à Sam BB le statut officiel de formatrice internationale. Elle prépare déjà des ateliers qui sillonneront les lycées de Brazzaville puis les centres culturels de Douala, Lomé et Antananarivo. « Former, c’est prolonger la chorégraphie dans les gestes des autres », explique-t-elle, insistant sur la dimension pédagogique de son projet. Dans les pas de ses maîtres sénégalais, elle envisage d’intégrer l’histoire des danses congolaises à ses modules, afin que les élèves se reconnaissent dans un héritage parfois méconnu.
Cette orientation répond à un besoin stratégique : renforcer la professionnalisation des artistes locaux tout en consolidant l’attractivité du pays auprès des réseaux internationaux. Les échanges culturels, soutenus par divers partenaires, contribuent à façonner une diplomatie d’influence où les créateurs deviennent des ambassadeurs informels du Congo-Brazzaville.
Perspectives pour la diplomatie culturelle congolaise
À l’heure où de nombreuses capitales redoublent d’efforts pour projeter leur soft power, le parcours de Sam BB offre un cas d’école. Les programmes de mobilité artistique, la visibilité acquise dans les médias spécialisés et les collaborations transcontinentales alimentent une image d’ouverture, de créativité et de stabilité. Le gouvernement congolais, qui a récemment rappelé l’importance de la culture comme facteur de cohésion nationale, trouve dans ces success stories un relais efficace de ses orientations.
Si la scène chorégraphique mondiale demeure hautement concurrentielle, la nouvelle diplômée de l’École des sables aborde l’avenir avec une confiance raisonnée. Elle prépare une création autour des rites funéraires kongo, laquelle sera présentée en première mondiale lors de la prochaine Biennale de la danse en Afrique. Entre mémoire et modernité, Sam BB continue de tracer la trajectoire d’une artiste dont les pas résonnent bien au-delà des planches de spectacle, rappelant que chaque corps en mouvement peut porter l’écho d’une nation entière.
