Brazzaville s’apprête à vibrer au son de Correction
Le 20 septembre prochain, l’Esplanade de la Préfecture vibrera sous la voix de Reine Makoua, artiste brazzavilloise décidée à installer son premier album Correction dans les mémoires. Entre tradition kingoli et pulsations afrobeat, la soirée promet une immersion inédite.
Produit par la promotrice culturelle Perly Dambendzet, le concert se veut rassembleur : mélomanes exigeants, curieux de nouveautés et ambassadeurs de la sape y testeront en direct l’Afro-Ngoli, ce style hybride dont Reine Makoua espère faire l’étendard d’une génération.
Dans une brève rencontre avec la presse, la chanteuse confie avoir conçu Correction comme « un miroir tendu à l’industrie, pour rappeler que la musique soigne, instruit et unit ». Sa détermination contraste avec la fraîcheur de ses 27 ans.
Sur douze morceaux, l’album défend un retour aux émotions brutes, loin des tendances parfois jugées superficielles qui inondent les plateformes. Une ambition saluée par le critique Henri Mabiala, pour qui « le public attendait une plume capable de conjuguer intériorité et rythme dansant ».
Afro-Ngoli, un pont entre kingoli et afrobeat
Le terme Afro-Ngoli est forgé à partir de ngoma kingoli, tambour phare des rituels du Pool, et de la cadence afrobeat popularisée à Lagos. Loin d’un collage opportuniste, la fusion naît d’années d’expérimentation en studio et de résidences tenues à Ouenzé.
Reine Makoua cite volontiers Fela Kuti, M’vula Ntinu et la diva Abeti Masikini parmi ses influences, mais revendique « le droit d’inventer une langue rythmique qui colle à nos réalités urbaines ». Les arrangements alternent percussions liquides, guitares high-life et textures électro.
La section rythmique est tenue par le batteur ivoirien Kader Diabate et le percussionniste congolais Mampassi, déjà réputé pour ses recherches sur les polyrythmies bantoues. Leur dialogue musical donne à chaque mesure une respiration organique, presque cérémonielle, qui contraste avec les programmations numériques.
Une scénographie immersive pensée comme un rituel urbain
Pour ce lancement, la production a choisi des écrans cylindriques projetant en temps réel des motifs inspirés des fett, symboles géométriques du Kongo. Les images dialogueront avec des senteurs d’encens et une lumière ambrée, créant un cocon où le public sera placé au centre.
Le directeur artistique, Saï Saï, précise que chaque titre disposera de sa palette chromatique afin de guider les émotions sans écraser la performance vocale. « Nous voulons que la scénographie accompagne la parole sans la distraire », insiste-t-il, rappelant la priorité donnée aux textes.
Des thèmes universels au service d’une identité assumée
Les premiers singles Mossé et Momi ont déjà révélé l’écriture viscérale de l’artiste. Amours contrariées, solidarités féminines et mémoire des anciens s’y croisent. Dans Mon Combat, elle aborde la difficulté d’exister hors des circuits dominants tout en gardant « le souffle de nos ancêtres ».
Sur scène, chaque titre sera précédé d’une courte narration en lingala ou en lari, traduite ensuite en français. Ce procédé, testé lors d’un showcase à Pointe-Noire en juin, a suscité l’adhésion d’un public désireux de comprendre le récit avant de danser.
Une carrière déjà marquée par l’indépendance
Depuis son départ du collectif Kingoli Universel en 2019, la chanteuse, née Jelca Janiskaelle Ondouma Ongagna, s’autoproduit via le label familial Ongagna Music. Cette liberté lui permet de décider des dates, des visuels et des collaborations, une rareté sur le marché local.
Elle collabore toutefois avec des ingénieurs du son formés au Ghana et en Côte d’Ivoire, gage d’ouverture régionale. « L’idée est de hisser notre production au niveau panafricain tout en gardant l’âme congolaise », souligne le manager Jimmy Maseke, confiant dans le potentiel export.
De nombreux observateurs saluent également le positionnement d’une femme en première ligne d’un genre longtemps dominé par des voix masculines. Pour l’activiste féministe Clarisse Goma, « Reine propose un leadership artistique qui inspire les jeunes filles du pays ».
Après Brazzaville, un horizon international
La tournée qui suivra le concert inaugural passera par Dolisie, Oyo, puis Douala avant une participation annoncée au festival MASA d’Abidjan. Des discussions sont avancées avec une salle parisienne et avec le label digital Empire Africa pour la distribution mondiale.
Selon l’analyste musical Gérard Kitsimba, « l’Afro-Ngoli peut trouver sa place sur les playlists Afrobeats de Spotify, car il apporte une couleur plus roots sans perdre l’énergie club ». Cette exposition pourrait offrir à l’artiste un passage vers le marché anglophone.
Un rendez-vous qui dépasse la simple sortie d’album
Pour Reine Makoua, le 20 septembre doit aussi servir de plateforme à des causes sociales. Une partie des ventes de billets soutiendra l’association Mokele, engagée dans l’éducation musicale des jeunes défavorisés des quartiers nord, rappelant que la culture demeure vecteur de cohésion.
La mairie de Brazzaville, partenaire logistique, voit dans l’événement un signal fort en faveur de l’économie créative. « Chaque grand concert inspire des vocations et fait travailler des dizaines de métiers », souligne le délégué à la culture, saluant l’initiative privée.
Ainsi, Correction symbolise la vitalité d’une scène congolaise qui innove sans renier ses racines. Pour qui cherche le son d’aujourd’hui, nourri de mémoire et tourné vers le continent, le rendez-vous brazzavillois sonne déjà comme une promesse de communion électrique.

