Un rendez-vous gouvernemental très attendu
Sous les lambris du ministère de la Communication, le 28 octobre 2025, Thierry Lézin Moungalla a retrouvé la presse pour la traditionnelle Quinzaine du Gouvernement. Au menu, fiscalité, audiovisuel public et diplomatie verte, autant de chantiers scrutés par l’opinion.
À ses côtés, Arlette Soudan-Nonault, patronne de l’Environnement et Secrétaire exécutive de la Commission Climat du Bassin du Congo, a mis en avant la préparation de la COP 30 de Belém et l’émergence d’un ministère dédié à l’assainissement et au cadre de vie.
COP 30 : la diplomatie verte congolaise se prépare
La conférence onusienne de 2025, centrée sur la protection de l’Amazonie et des forêts tropicales, mobilise déjà les diplomaties. Le mot d’ordre « Global Mutirao » rappelle, selon la ministre, que le Bassin du Congo demeure le deuxième poumon vert du monde et mérite un écho planétaire.
Redevance Audiovisuelle, un vieux dossier relancé
Dans l’arène économique, la Redevance Audiovisuelle refait surface. « J’ai porté ce fardeau, comme mon prédécesseur », confie Moungalla. Prescrite depuis 2001, collectée depuis 2003, la RAV ne parvient toujours pas à atteindre les chaînes publiques censées en vivre.
Le ministre raconte avoir découvert un compte bancaire créditeur, vidé aussitôt vérifié. « Autant la supprimer, puisqu’elle remplit quelques poches inappropriées », lâche-t-il, amer. La formule tranche, mais reflète l’impatience d’un secteur confronté à une économie publicitaire encore fragile.
Une suppression encore à l’étude
Pourtant, aucune décision officielle de radiation n’est actée. Le ministère des Finances examine les pistes, soucieux d’éviter un manque à gagner pour le Trésor et pour les médias étatiques. Des consultations internes s’enchaînent afin de proposer une solution conforme aux exigences budgétaires.
Réforme fiscale 2026 : cap sur la justice
L’autre annonce forte concerne la fiscalité des ménages. En application d’une directive CEMAC du 9 janvier 2025, l’Impôt sur le Revenu des Personnes Physiques s’effacera en 2026, cédant la place à un impôt global sur les traitements et salaires, adossé à quatre taxes spécialisées.
Moungalla insiste : l’État ne supprime pas l’impôt, il le modernise pour plus de justice fiscale. Le pays, qui préside actuellement la communauté, entend montrer l’exemple. Les parlementaires seront bientôt saisis du projet de loi de finances 2026 intégrant la réforme.
Dans le nouveau schéma, les revenus d’affaires, les loyers, les capitaux mobiliers et certaines activités ciblées seront taxés séparément, favorisant, selon le gouvernement, « une base large et des taux justes ». Les experts fiscaux saluent une architecture plus lisible, attendue par les investisseurs.
Assainissement urbain, chantier national
Au-delà des chiffres, la ministre de l’Environnement rappelle que la soutenabilité écologique passe aussi par des finances vertes. Les délégations congolaises à Belém défendront l’idée d’un mécanisme renforcé de paiement pour services écosystémiques, destiné à financer la préservation des 268 millions d’hectares forestiers nationaux.
La perspective d’un ministère de l’Assainissement, saluée par les centres urbains, répond à des défis criants : gestion des ordures, eaux usées, pollution plastique. « L’assainissement est l’affaire de tous », martèle Soudan-Nonault, appelant collectivités, entreprises et citoyens à des campagnes conjointes.
Débats médiatiques et modèles de financement
Dans les salles de rédaction, la suppression possible de la redevance suscite des débats. Certains directeurs estiment qu’un financement public direct, à l’instar du fonds prévu en 2024, garantirait l’indépendance éditoriale. D’autres plaident pour un modèle mixte associant publicité, subvention et production de contenus premium.
Le gouvernement, lui, rappelle avoir subventionné la modernisation des studios télé, notamment la migration vers la haute définition. Selon un conseiller, « chaque franc investi dans l’information publique est un investissement pour la cohésion nationale ». Une façon de préparer la TNT intégrale annoncée.
Calendrier parlementaire et impact social
Dans les couloirs de l’Assemblée, députés et sénateurs mesurent l’enjeu : trouver l’équilibre entre recettes stables et acceptabilité sociale. Le calendrier parlementaire, serré, devrait permettre un vote avant décembre. Les syndicats de fonctionnaires suivent attentivement, persuadés que la réforme influencera leurs bulletins dès janvier.
Entrepreneurs et investisseurs en alerte
Pour les entrepreneurs numériques, la segmentation des impôts est perçue comme une visibilité accrue sur la rentabilité. « Une norme régionale claire attire le capital », note un startuppeur de Pointe-Noire, qui voit déjà dans la CEMAC un futur marché unique de services digitaux.
Intégration CEMAC et attractivité économique
Les chefs d’entreprise soulignent aussi la convergence fiscale à l’échelle de la CEMAC. Harmoniser les barèmes limiterait la concurrence déloyale, tout en facilitant la mobilité des talents et des capitaux au sein de la sous-région.
Selon un économiste de la BEAC, l’arrivée d’un impôt global sur les salaires pourrait servir de modèle pilote. « Les investisseurs apprécient la stabilité normative », assure-t-il, anticipant une hausse des flux financiers vers les places congolaises.
Vers une gouvernance plus interactive
En filigrane, la communication gouvernementale cherche à rassurer. Moungalla promet un suivi trimestriel sur la RAV, tandis que Soudan-Nonault annonce une plateforme interactive sur l’assainissement. Des jalons qui devraient nourrir la prochaine Quinzaine et renforcer l’idée d’une gouvernance ouverte aux retours citoyens.
Un triptyque stratégique sous le regard public
À douze mois de la COP 30, Brazzaville veut parler d’une seule voix : celle d’un pays qui ajuste sa fiscalité, réinvente le financement de son audiovisuel et porte l’étendard des forêts tropicales. Un triptyque stratégique que le public suivra de près.

