Littérature à Brazzaville : un prix à conquérir
À la librairie Les Manguiers des Dépêches de Brazzaville, l’association Culture Elongo (ACE) a consacré une rencontre au Prix des Cinq Continents de la francophonie, porté par l’Organisation internationale de la francophonie (OIF). L’idée est claire : rendre ce prix plus familier aux acteurs culturels du Congo.
Dans les échanges, un même fil revient : si le prix est international, il se joue aussi localement. Pour l’ACE, faire circuler l’information auprès des auteurs, éditeurs, libraires et lecteurs, c’est créer des conditions concrètes pour que des œuvres congolaises entrent davantage dans le radar des instances du prix.
Programme 2025 de l’ACE : promouvoir, expliquer, mobiliser
La présentation s’inscrit dans le programme d’activités 2025 de l’ACE, conçu pour promouvoir le Prix des Cinq Continents auprès des éditeurs, des auteurs et plus largement des professionnels du livre. L’association cherche ainsi à encourager des candidatures congolaises, en rappelant les règles et le calendrier.
Dans son mot introductif, le président de l’ACE, le Dr Jean Blaise Bilombo, a relié cette séquence à deux anniversaires. D’un côté, les dix ans de l’association, née en novembre 2015. De l’autre, les vingt-cinq ans du prix, créé en 2001 et annoncé comme célébré en mars 2026.
« La jonction de ces dates nous oblige ici et maintenant à reprendre le plaidoyer autour du prix de la francophonie », a déclaré le Dr Jean Blaise Bilombo. Pour lui, l’enjeu est d’échanger « en connaissance de causes », sur le chemin parcouru et sur ce qui reste à construire dans l’écosystème du livre au Congo.
Culture Elongo : le livre comme énergie collective
L’ACE revendique une approche culturelle, éducative et créative « au service du livre et de l’imaginaire ». Dans son préambule, l’association rappelle que le livre n’est pas un simple support : il devient un centre de gravité, une énergie autour de laquelle se fédèrent des profils variés, du lecteur au décideur culturel.
Le Dr Jean Blaise Bilombo a insisté sur l’identité du regroupement : des citoyens congolais et d’autres horizons, réunis par les arts et, « essentiellement le livre dans toutes ses déclinaisons ». Il a ajouté une exigence de posture : participer aux activités suppose, selon lui, d’être « citoyen dans sa tête » et dans sa vision du monde.
Un repère fondateur revient dans son récit : 2015, année de naissance de l’ACE, correspond aussi au moment où l’association croise l’histoire du prix. Cette année-là, l’écrivain In Koli Jean Bofane, de la République démocratique du Congo, est lauréat avec le roman « Congo Inc. Le testament de Bismarck ».
Francophonie et identité : le sens de “Culture Elongo”
Le nom même de l’association est présenté comme un manifeste. « Culture Elongo » ne serait pas seulement la juxtaposition de deux mots, mais celle de deux langues : le français et le lingala. Une façon d’assumer une identité située, à la fois ancrée au Congo et ouverte à des circulations intellectuelles plus larges.
Dans cette lecture, la langue française devient un véhicule d’écriture et de dialogue, tandis que l’empreinte congolaise garantit une singularité. Le Dr Jean Blaise Bilombo y voit un espace de « dialogue civilisationnel » entre l’Afrique et l’univers européen, dans un esprit proche de ce que des auteurs comme Alain Mabanckou ont nommé « littérature-monde ».
Prix des Cinq Continents : un historique congolais à élargir
L’ACE rappelle un fait structurant : l’association participe depuis dix ans à la présélection du prix. Cette implication place Brazzaville dans une chaîne de lecture francophone qui dépasse les frontières nationales, avec ses méthodes, ses temporalités et ses exigences d’évaluation des œuvres.
Invité à prendre la parole, le Pr Omer Massoumou a pointé un angle mort : selon lui, les éditeurs congolais présentent insuffisamment les romanciers qu’ils publient. « L’enjeu est là pour les acteurs culturels congolais », a-t-il souligné, en appelant à une meilleure mobilisation des maisons d’édition.
Il a rappelé qu’à ce stade, seuls deux Congolais ont remporté le prix : Alain Mabanckou en 2005 avec « Verre cassé », et Wilfried Nsondé en 2007 avec « Le cœur des enfants léopards ». Observation importante dans son propos : ces deux auteurs n’avaient pas été publiés au Congo.
Industrie du livre : création, édition, circulation internationale
Le Pr Omer Massoumou a élargi le cadre en parlant d’industrie littéraire. Pour lui, elle ne se limite pas à l’écriture : elle englobe la création, la production, la distribution, la commercialisation et la lecture. Autrement dit, une chaîne où chaque maillon pèse sur la visibilité d’un roman.
Dans ce paysage, les prix littéraires occupent une place centrale. Ils récompensent l’excellence, valorisent le travail des auteurs et stimulent l’intérêt du public. Ils peuvent aussi consolider le prestige d’une maison d’édition et favoriser la circulation internationale d’une œuvre primée, souvent mieux promue et mieux distribuée.
Règlement OIF : calendrier, éditeurs, comités de lecture
Sur le fonctionnement, le Pr Omer Massoumou a rappelé l’objectif du prix : mettre en lumière des talents reflétant la diversité culturelle et éditoriale en langue française sur les cinq continents. Le Prix des Cinq Continents consacre un ouvrage de fiction narrative écrit et publié en français, et il est décerné une fois par an.
Bien que présenté comme ouvert au monde entier, le prix vise d’abord à faire rayonner les talents de l’espace francophone, décrit comme réunissant 93 États et gouvernements. Côté recevabilité, les ouvrages sont réceptionnés jusqu’au 31 juillet de chaque année, a précisé le Pr Omer Massoumou.
Point décisif pour les auteurs : ils ne peuvent pas candidater directement. Seuls les éditeurs sont habilités à présenter des candidatures, limitées à deux titres au maximum. Dans la salle, cette règle est revenue comme un rappel stratégique, tant elle conditionne l’accès au prix.
De Bruxelles à Brazzaville : une présélection en réseau
L’évaluation s’appuie sur six comités de lecture répartis dans l’espace francophone. Le Pr Omer Massoumou a cité l’association Passa porta à Bruxelles, l’ACE en République du Congo, le camp littéraire Félix à Québec, l’association Prix du jeune écrivain à Muret, l’association des écrivains du Sénégal et un comité Vietnam Asie-Pacifique.
Ces comités travaillent de manière concomitante et indépendante. Leur mission est de lire l’ensemble des ouvrages candidats, puis de retenir dix titres présélectionnés. Cette sélection est ensuite soumise au jury international, étape où se joue la consécration finale et la visibilité mondiale d’un roman.
En rappelant que l’ACE participe à ce processus depuis dix ans, la rencontre de Brazzaville a aussi servi à repositionner la capitale comme un lieu de lecture, de discernement et de diplomatie culturelle. Un travail discret, mais structurant, pour la présence congolaise dans la francophonie littéraire.

