Une cérémonie littéraire au Mémorial Pierre-Savorgnan-de-Brazza
Le 16 septembre 2025, les fauteuils du Mémorial Pierre-Savorgnan-de-Brazza se sont remplis d’un public curieux. Officiers en grand uniforme, critiques littéraires et universitaires ont pris place pour une soirée inattendue : honorer les « chevaliers de la plume sous l’uniforme bleu ».
À l’initiative du colonel-major Bellarmin Ndongui, directeur général de la stratégie, de la coopération et de la communication du Ministère de l’Intérieur et de la Décentralisation, cet événement entend jeter les bases d’une tradition annuelle consacrée aux écrits issus de la Force publique.
Sous le haut patronage de l’ancien sénateur, le professeur Ludovic Robert Miyouna, la rencontre visait à montrer que le service de l’ordre n’exclut ni sensibilité littéraire ni réflexion stratégique, bien au contraire.
Panel sur la communication institutionnelle et TIC
Avant la remise des distinctions, un panel a ouvert la journée sur le thème « La communication institutionnelle, entre codes et liberté ». Conduit par le professeur Bienvenu Boudimbou, il a exploré les défis d’image auxquels les administrations font face à l’ère des réseaux sociaux.
Les communicants Joachim Mbanza, Carine Oyoma Ibombo, Calixte Itoua Ikama et l’informaticien Alain Ndalla ont illustré, exemples concrets à l’appui, comment le numérique redéfinit la relation entre institutions et citoyens, incitant à plus de transparence et de rapidité sans sacrifier la rigueur juridique.
Portraits des huit officiers auteurs
Huit noms ont ensuite dominé l’affiche. Le général de police Albert Ngoto, connu pour ses analyses de criminalité urbaine, côtoyait le colonel-major Michel Innocent Péa, chroniqueur attentif des mutations sociales dans les quartiers périphériques de Pointe-Noire.
Le colonel Charles N’Kouanga, spécialiste des questions frontalières, et le commissaire-colonel Roch Cyriaque Galebayi, passionné d’histoire militaire, ont rappelé que la plume peut accompagner le terrain et en prolonger l’écho.
Complétaient le groupe le colonel docteur Maurice Itous Ibara, le colonel Athanase Moussoungou, le capitaine Charles Peter Moukala Kinbzounza et le capitaine Ruphin Sognélé. Deux, retenus par des obligations opérationnelles, étaient représentés, preuve que l’engagement littéraire n’atténue nullement le sens du devoir.
Des récompenses qui lient art et service public
Après la présentation critique de leurs ouvrages, chaque officier a reçu le Prix du livre et une œuvre d’art contemporaine remise par Séraphin Ondélé, directeur de cabinet du ministre. Le geste a symbolisé l’alliage entre sécurité, intelligence et créativité, trois piliers d’un même engagement au service du pays.
Dans son allocution finale, le professeur Ludovic Robert Miyouna a insisté : « Écrire est un acte de courage et de responsabilité ». Citant Sun Tzu et Jules César, il a rappelé que les écrits militaires irriguent la pensée démocratique, invitant les lauréats à faire rayonner leurs travaux au-delà des murs de la caserne.
Vers une tradition de la plume en uniforme
Le colonel-major Bellarmin Ndongui assure déjà qu’une seconde édition verra le jour. Pour lui, installer un rendez-vous fixe permettra de cartographier la production littéraire interne et d’encourager de nouvelles vocations, notamment chez les jeunes officiers.
Plus qu’une simple reconnaissance, ce rituel pourrait devenir un outil de cohésion. En partageant expériences opérationnelles, mémoires ou fictions, les agents contribuent à une culture commune qui humanise la Force publique et renforce le lien avec la société civile.
Un souffle nouveau pour la littérature congolaise
La cérémonie a surtout révélé un gisement narratif encore peu exploré. Les histoires de terrain, portées par ceux qui vivent l’action, offrent un matériau brut aux éditeurs en quête de voix authentiques et aux lecteurs avides de récits ancrés dans le réel.
Les libraires brazzavillois notent déjà l’effet événement : les titres des huit lauréats gagnent en visibilité sur les étals. Selon un gérant du quartier Plateau, « le public réalise qu’il existe une autre manière de raconter la ville, depuis les patrouilles jusqu’aux salles d’interrogatoire ».
À terme, cette diversification des plumes congolaises pourrait dialoguer avec l’imaginaire des rappeurs, cinéastes ou plasticiens, nourrissant un écosystème créatif où l’uniforme bleu se teinte d’encre, de rythmes et de couleurs, pour le plus grand bénéfice de la scène culturelle nationale.

