Une présence informelle devenue inspection officielle
Arrivé à Pointe-Noire pour honorer une obligation familiale, le président Denis Sassou Nguesso a choisi de convertir la discrétion d’un séjour privé en acte public. Le 11 juillet 2025, escorté du Premier ministre Anatole Collinet Makosso, du ministre d’État Jean-Jacques Bouya et de la maire Evelyne Tchitchelle, le chef de l’État s’est rendu sur plusieurs artères en travaux. Le caractère inopiné de cette tournée, rapporté par la presse locale, a surpris jusque dans les rangs des ingénieurs, révélant la volonté présidentielle de garder un œil direct sur l’exécution d’un projet qu’il avait lui-même lancé le 28 février 2024.
La symbolique de Mongo-Mpoukou : lier centre et périphérie
Premier arrêt, le quartier de Mongo-Mpoukou, cinquième arrondissement. Cette zone longtemps considérée comme périphérique concentre aujourd’hui l’essentiel des investissements de voirie, témoignant d’un désir d’équilibrer le développement entre le centre-ville historique et ses expansions démographiques. Le bitumage et le pavage, visibles à perte de vue, traduisent une stratégie d’intégration urbaine ; ils facilitent la circulation des biens et des personnes, mais véhiculent aussi un message d’inclusion aux populations installées hors du front de mer pétrolier.
Financement sur fonds nationaux : gage de souveraineté budgétaire
Annoncé comme “financé sur fonds propres de l’État”, le programme de Pointe-Noire se distingue dans un contexte où de nombreuses capitales africaines recourent à des emprunts extérieurs. Selon un haut cadre du ministère de l’Aménagement du territoire, cette option « réaffirme la souveraineté budgétaire et garantit une maîtrise des délais ». Les techniciens admettent néanmoins que l’augmentation des coûts des matériaux importés pèse sur la trésorerie du projet, sans remettre en cause son échéance globale.
Techniciens et autorités locales unis sur le terrain
Sur le chantier, l’image est éloquente : casques orange et écharpes tricolores se côtoient. La société publique de génie civil, épaulée par des sous-traitants, assure la pose de pavés alors que la mairie supervise la signalisation provisoire. Interrogé, l’ingénieur-chef note que « les pluies de la saison ont ralenti l’avancement de 7 %, mais l’équipe a récupéré une partie du retard grâce à un doublement des rotations nocturnes ». La présence conjointe des élus nationaux et municipaux souligne la transversalité de la gouvernance urbaine prônée par le Plan national de développement 2022-2026.
Les attentes des habitants entre mobilité et identité urbaine
Dans les ruelles adjacentes, les habitants observaient la délégation officielle depuis des balcons fraîchement repeints. Pour Solange M., commerçante, « le pavage diminue la poussière et nous aide à présenter nos étals ; on gagne en dignité ». Les taximen se déclarent, eux, surtout sensibles à la réduction du temps de parcours vers le port. Cette dimension identitaire, où la qualité de la voirie participe à la fierté citadine, explique l’engouement populaire suscité par la visite présidentielle.
Route nationale 4 : colonne vertébrale régionale
Au-delà du tissu urbain, la délégation s’est engagée sur la nationale 4 menant à Loango, chef-lieu du Kouilou. Axe stratégique pour l’approvisionnement de la zone côtière en produits agricoles, cette route bénéficie d’un renforcement structurel et d’un élargissement des accotements. Les ingénieurs s’attachent à unir normes internationales et réalités climatiques locales ; un enrobé dense, résistant à la salinité, doit prolonger la durabilité de l’ouvrage. Les villages riverains espèrent voir éclore de nouvelles micro-entreprises grâce à la fluidité du trafic.
Vers un continuum d’infrastructures au service de la croissance bleue
En reliant quartiers résidentiels, zones industrielles et ports, le réseau routier rénové consolide l’ambition congolaise d’une économie bleue articulée autour de la mer et de la logistique pétrolière. Analystes et opérateurs privés convergent : la modernisation de la voirie est un levier décisif pour accroître la compétitivité des terminaux maritimes et attirer des services à haute valeur ajoutée. En filigrane, l’État mise sur la diversification post-hydrocarbures, où la qualité des infrastructures conditionnera l’implantation de nouvelles filières.
Un calendrier qui interroge la planification post-2025
Les délais affichés, régulièrement réévalués, placent la livraison des segments prioritaires au premier semestre 2026. Cette perspective coïncide avec la phase finale du Plan national de développement, nourrissant l’idée d’une articulation serrée entre calendrier politique et agenda technique. Pour les chercheurs de l’Institut congolais d’études économiques, « la réussite de Pointe-Noire servira de modèle aux autres villes côtières si la maintenance suit le même rythme d’investissement ». La visite surprise du chef de l’État, en rappelant publiquement cet engagement, confère à l’ouvrage une visibilité nationale qui transcende les simples considérations d’ingénierie.

