Vacances urbaines sous contrôle
Le soleil de Pointe-Noire frappe fort, et les enfants, libérés des salles de classe, cherchent naturellement où dépenser leur trop-plein d’énergie. Depuis fin août, ils convergent vers la mairie de Tié-Tié, transformée en parc d’attractions sous l’impulsion de l’Association des jeunes mères du Congo.
Pilotée par Michaelle Moutouari Tchicamboud, tout juste rentrée d’un séjour d’études à l’étranger, l’initiative entend offrir une alternative saine aux loisirs digitalisés souvent pointés du doigt. Le site, orné de structures gonflables colorées, de trampolines et de mini-labyrinthes, évoque un « mini Disneyland » plébiscité localement.
Installée du 23 août à début septembre, l’opération s’inscrit dans la stratégie estivale de l’AJMC visant à prévenir l’oisiveté juvénile. « Nous voulons canaliser l’énergie des plus jeunes vers le jeu collectif et la créativité », résume la présidente, consciente des enjeux urbains contemporains.
La vision inclusive de l’AJMC
Née en 2017, l’AJMC accompagne les familles monoparentales et milite pour la protection de l’enfance. Son dernier projet s’appuie sur le principe de la ville inclusive, popularisé lors du Sommet Africités, selon lequel l’espace public doit rester un territoire d’apprentissage sécurisé.
« Les vacances prolongées sont souvent un angle mort social », observe l’urbaniste Conrad Loemba, invité à la cérémonie d’ouverture. Il rappelle que l’accès aux loisirs constitue un droit reconnu par la Convention relative aux droits de l’enfant, ratifiée par la République du Congo.
Pour matérialiser cette promesse, l’association a mobilisé une trentaine de bénévoles, majoritairement des étudiantes en psychologie et en éducation physique. Ils assurent la sécurité, initient aux premiers secours et organisent des ateliers de dessin inspirés du patrimoine kongo, reliant ainsi détente et valorisation culturelle.
Un terrain de jeu sécurisé et éducatif
En journée, le parc accueille jusqu’à cent cinquante enfants, répartis par tranches d’âge pour éviter les collisions. Les structures gonflables répondent aux normes européennes EN14960, détaille le technicien Alain Massamba, chargé de vérifier la pression d’air et la solidité des coutures chaque matin.
À côté, deux animateurs encadrent un mini-labyrinthe inspiré des ruelles de la vieille Loango. Les enfants y apprennent l’orientation à l’aide de boussoles simplifiées. « Nous semons l’esprit d’exploration dès le plus jeune âge », note la pédagogue Grâce Ngoma, sourire vissé aux lèvres.
Au-delà du jeu, une tente pédagogique diffuse des courts métrages d’animation portant sur l’hygiène, l’environnement et la non-violence. La programmation, validée par la Direction départementale des affaires sociales, complète l’expérience ludique en encourageant des comportements citoyens sans posture moralisatrice, expliquent les organisateurs.
Parents soulagés, économie locale stimulée
Autour du site, de petites échoppes improvisées proposent glaces, jus de bissap et maquillage festif. Ces stands, gérés par des mamans du quartier, génèrent un revenu complémentaire moyen de douze mille francs CFA par jour, selon l’estimation de l’économiste Solange Mabiala.
Le soir, des groupes locaux comme Les Tambours du Kouilou viennent rythmer l’enceinte municipale. Les concerts, gratuits, ciblent la tranche 7-14 ans mais attirent aussi des adultes curieux. « J’y découvre mes futures petites stars », confie le producteur musical Patrick Bazolo, sourire malicieux.
Pour de nombreux parents, la valeur ajoutée réside surtout dans la quiétude. Faute de moyens pour quitter la ville, ils trouvent ici une solution sécurisée. « Mon fils rentre épuisé mais heureux, et je peux poursuivre mon commerce sereinement », raconte Joséphine Tsoni, vendeuse de tissus.
Vers une pérennisation du modèle
L’expérience pilote de Tié-Tié intéresse déjà d’autres municipalités. Le maire d’Oyo a sollicité un dossier technique pour une version adaptée aux contextes semi-ruraux. « Nous pourrions mutualiser le matériel via une tournante entre arrondissements », suggère Michaelle Moutouari, confiante dans la reproductibilité du concept.
Côté financement, l’AJMC bénéficie d’un partenariat avec la Fondation TotalEnergies EP Congo, qui fournit pompes et générateurs. Le Service des grands travaux a, pour sa part, sécurisé le site et amélioré l’éclairage public, illustrant une articulation possible entre acteurs privés et services municipaux.
Plusieurs pédagogues plaident désormais pour une intégration des modules du parc dans le programme scolaire, notamment pour l’éducation physique. « Le trampoline perfectionne l’équilibre, compétence notée à l’examen de sixième », rappelle la professeure Victoire Sambou, soulignant le potentiel complémentaire de telles infrastructures.
À un niveau macro, l’arrivée des Jeux de la Francophonie en 2027 ouvre une fenêtre stratégique. Un rapport interne du ministère des Sports recommande de multiplier de petites aires d’entraînement jeunesse pour constituer un vivier d’athlètes. Le parc de Tié-Tié pourrait servir de modèle.
Sur sa page Facebook, l’AJMC sonde déjà les abonnés pour choisir les prochains thèmes, du cirque à la robotique. Une interaction qui augure d’une communauté engagée autour d’un projet devenu catalyseur d’espoirs.

