Effervescence technologique sur la côte atlantique
Le fracas discret des vagues du golfe de Guinée se mêlera, du 17 au 19 octobre 2025, au cliquetis des claviers dans les couloirs du Centre de recherche océanographique de Pointe-Noire. Capitale économique de la République du Congo, la ville océane se prépare à accueillir la neuvième édition de l’Océan Hackathon, rendez-vous annuel imaginé en 2016 par le Campus mondial de la mer. L’événement, véritable marathon intellectuel de quarante-huit heures, engage des équipes pluridisciplinaires à transformer des ensembles massifs de données océanographiques en prototypes concrets. Derrière l’exercice de style technologique, se dessinent des perspectives sociétales et économiques majeures pour un pays qui possède près de 170 kilomètres de façade maritime et dont la stratégie de développement met résolument l’accent sur la diversification de l’économie.
Une passerelle entre code et écologie marine
Au cœur du dispositif, chaque équipe sélectionnée devra répondre à un défi proposé en amont par des institutions scientifiques, des ONG ou des entreprises privées soucieuses d’améliorer leur impact sur le milieu marin. Les questions portent autant sur la surveillance de la qualité des eaux, la valorisation de la biomasse que sur la cartographie des aires protégées. « L’enjeu est de transformer la data océanique en solutions opérationnelles qui puissent s’intégrer dans les politiques publiques ou dans la chaîne de valeur industrielle », souligne Marie-Caroline Laurent, directrice exécutive du Campus mondial de la mer. Cette passerelle entre algorithmes et terrain, favorisée par l’accès à des bases de données satellitaires, bathymétriques ou météorologiques, fait la spécificité du format et attire chaque année des profils variés, du doctorant en biologie marine à l’ingénieur en intelligence artificielle.
Pointe-Noire, carrefour stratégique du Golfe de Guinée
Choisir Pointe-Noire n’a rien d’anodin. Premier port en eau profonde de la sous-région, la ville joue un rôle nodal dans les échanges de matières premières et de produits manufacturés entre l’Afrique centrale et le reste du monde. À cette dimension logistique s’ajoute un dynamisme académique incarné par l’Université maritime du Congo ainsi que par plusieurs centres de recherche publics récemment modernisés avec l’appui de partenaires internationaux. En offrant à la jeunesse congolaise un accès direct aux savoir-faire et aux réseaux du Campus mondial de la mer, les organisateurs entendent consolider les compétences locales et faire émerger des projets aptes à répondre aux enjeux spécifiques du littoral congolais, qu’il s’agisse de l’érosion côtière, de la gestion des ressources halieutiques ou de la promotion d’un tourisme durable.
Le Campus mondial de la mer, chef d’orchestre scientifique
Basé à Brest, le Campus mondial de la mer fédère depuis près d’une décennie plus de 400 acteurs – universités, laboratoires, PME, grands groupes et collectivités – autour d’une ambition commune : décloisonner la connaissance de l’océan et soutenir l’émergence d’une économie bleue robuste. L’institution ne se contente pas d’agréger des compétences ; elle agit comme catalyseur de collaborations transcontinentales, en témoigne l’implantation progressive de l’Océan Hackathon sur cinq continents. Aux yeux de ses responsables, le format congolais incarne une extension naturelle de cette diplomatie scientifique. « Nous voulons créer des ponts entre les communautés maritimes, de Brest à Pointe-Noire, afin que les expertises se complètent plutôt que se concurrencent », résume Guillaume Bourdon, responsable des partenariats internationaux.
Vers une économie bleue inclusive et durable
Les autorités congolaises, par l’intermédiaire du ministère de la Recherche scientifique et de l’Innovation technologique, voient dans ce hackathon un laboratoire grandeur nature pour accélérer la mise en œuvre de la stratégie nationale sur l’économie bleue adoptée en 2022. Cette stratégie, qui table sur la création de dizaines de milliers d’emplois directs et indirects d’ici 2030, repose sur la modernisation des infrastructures portuaires, la valorisation des produits de la mer et la protection des écosystèmes. L’apport de solutions numériques issues du hackathon pourrait faciliter la surveillance des zones de pêche, optimiser la logistique de la chaîne du froid ou encore améliorer la prévision des risques côtiers. Autant d’outils susceptibles de renforcer la résilience des communautés riveraines et d’attirer des investissements responsables.
Cap sur Brest, finale et diplomatie scientifique
Au terme des quarante-huit heures, un jury composé de scientifiques, de décideurs publics et de représentants du secteur privé distinguera le projet le plus prometteur. L’équipe lauréate défendra ensuite les couleurs de Pointe-Noire lors de la grande finale mondiale à Brest, quelques semaines plus tard. Au-delà de la visibilité médiatique, c’est une opportunité de financement et d’accompagnement expert qui s’ouvre pour les porteurs de projets. Dans un contexte international où la gouvernance des océans se veut de plus en plus inclusive, la participation congolaise à cette arène d’innovation contribue à positionner le pays comme un interlocuteur constructif sur les questions maritimes. Et si la houle numérique qui s’annonce dans la salle de hackathon se muait, demain, en vagues d’emplois et de savoir-faire durables le long de la côte atlantique congolaise ? Les prochains mois diront si l’audace créative de la jeunesse saura donner corps à cette ambition partagée.

