Caritas Pointe-Noire lance un secours trimestriel
Au centre Polio de Pointe-Noire, un samedi matin de juin, plus d’une centaine de visages se sont illuminés lorsque des sacs de riz, des bidons d’huile et du poisson séché ont été déposés devant eux.
La scène marquait le premier acte officiel d’un programme de distribution trimestrielle imaginé par Mgr Abel Liluala, archevêque de la ville, et mis en œuvre par la Caritas diocésaine sous la direction de l’abbé Steve Mayala.
Des denrées de base pour atténuer la précarité
Les kits remis contiennent volontairement des produits inscrits dans les habitudes culinaires locales : riz parfumé, huile végétale, poisson salé, sucre, savon et sel.
Selon l’abbé Mayala, le choix de ces articles répond à un double impératif : garantir un apport calorique immédiat et réduire les dépenses quotidiennes des bénéficiaires, souvent obligés de consacrer la majeure partie de leurs revenus à l’alimentation.
Un maillage paroissial pour identifier les bénéficiaires
Pour toucher les plus fragiles, la Caritas s’appuie sur le réseau des dix paroisses urbaines.
Chaque curé, épaulé par ses comités d’action catholique, dresse une liste de personnes âgées isolées, de ménages à revenu instable et de malades chroniques, puis transmet ces données aux coordinateurs diocésains chargés de la logistique.
Ce mécanisme, affirment les responsables, limite le risque de doublon et assure une répartition équitable entre les quartiers populaires de Tchimbamba, Mboukou, Ngoyo ou Tié-Tié, souvent les plus exposés à l’insécurité alimentaire.
La SNPC et sa Fondation, partenaires décisifs
L’opération bénéficie du soutien financier et logistique de la Société nationale des pétroles du Congo et de sa Fondation, dont la politique RSE souligne depuis plusieurs années l’aide aux populations vulnérables du littoral.
Interrogé en marge de la cérémonie, un cadre de la SNPC rappelle que « chaque baril produit à Djeno doit se transformer en geste concret pour nos concitoyens », insistant sur la complémentarité entre l’expertise industrielle et le réseau caritatif.
Une action alignée sur les priorités nationales
En République du Congo, les autorités ont fait de la solidarité communautaire un pilier du Plan national de développement 2022-2026.
L’appui régulier accordé aux initiatives ecclésiales rejoint donc l’objectif gouvernemental de réduction de la pauvreté et de protection des groupes à risque, particulièrement dans les centres urbains en pleine expansion démographique.
Au ministère des Affaires sociales, un conseiller souligne que la mobilisation d’acteurs non étatiques permet d’atteindre plus vite les foyers qui échappent aux enquêtes statistiques classiques.
Voix des bénéficiaires, échos d’espoir
Assise sur un banc en bois, Eveline Makosso serre son sachet de riz contre elle ; son sourire contraste avec la fatigue de ses traits.
« Je vis seule depuis que mes enfants ont quitté la ville, confie-t-elle. Ces vivres m’éviteront de dormir l’estomac vide et me permettront de conserver le peu d’argent que je gagne en vendant des arachides. »
À quelques mètres, Jean-Richard Sita, ancien docker, se dit touché par « la constance de l’Église qui ne nous oublie pas même après les grandes fêtes ».
Un calendrier déjà fixé jusqu’en 2025
La Caritas a inscrit dans son plan stratégique la reconduction de l’opération sur huit trimestres, avec une extension envisagée vers les zones semi-rurales de Hinda et Mvouti.
Pour y parvenir, l’organisation espère mobiliser de nouveaux partenariats privés et renforcer ses coopérations avec la direction départementale de la Santé afin d’inclure des compléments nutritionnels destinés aux enfants de moins de cinq ans.
La musique comme levier de mobilisation culturelle
Fidèle à l’esprit de la capitale économique, la Caritas songe à adjoindre aux futures distributions un mini-festival de musiques urbaines pour sensibiliser les jeunes aux valeurs de solidarité et d’entraide.
Des artistes locaux, à l’image du rappeur Denka ou du groupe de rumba Kassaï Spirit, auraient déjà proposé de se produire bénévolement, renforçant le caractère culturel d’une initiative avant tout sociale.
Entre urgence et développement durable
En misant sur des distributions régulières plutôt que sur des actions ponctuelles, la Caritas de Pointe-Noire inscrit son travail dans une logique de résilience, concept désormais central dans les politiques publiques et les programmes des bailleurs internationaux.
L’organisation espère ainsi offrir aux ménages ciblés un filet de sécurité assez solide pour leur permettre de planifier leurs dépenses et, à terme, d’investir dans de petites activités génératrices de revenus.
Le prochain rendez-vous est déjà fixé à septembre, avec l’ambition d’augmenter de 20 % le nombre de bénéficiaires et d’intégrer des produits de fabrication locale afin de soutenir parallèlement les micro-entrepreneurs agricoles.
Regards d’experts sur l’impact social
Pour Dieudonné Mavoungou, sociologue à l’Université Marien Ngouabi, la régularité des distributions crée « un effet d’ancrage psychologique : les bénéficiaires savent qu’ils ne sont pas seuls et osent plus facilement solliciter les services de santé ou l’état-civil ».
Le chercheur plaide toutefois pour un suivi statistique renforcé, à travers des enquêtes trimestrielles sur la nutrition et la satisfaction, afin de documenter les progrès et d’ajuster les quantités en fonction de la taille des ménages.
Du côté de la Caritas, on annonce la mise en place d’une plateforme numérique simple, accessible depuis un téléphone basique, pour permettre aux récipiendaires de confirmer la réception des colis et signaler d’éventuels besoins spécifiques.

