Brazzaville encense la nouvelle garde littéraire
Le 13 septembre, la salle d’apparat choisie par l’association Plum’Art-Z a vibré au rythme des applaudissements : Brazzaville rendait hommage à ses écrivains vivants, rappelant que la littérature congolaise respire ici, entre fleuve et avenues animées, portée par des voix résolument ancrées dans leur époque.
Une cérémonie rythmée par poésie et émotion
Entre battements de tam-tam et murmures de pages tournées, la cérémonie a mêlé déclamation de poèmes, lecture d’extraits choisis et proclamation des huit Grand Prix, devant une assistance où se côtoyaient élèves, étudiants, enseignants, éditeurs et simples curieux venus cueillir l’inspiration au vol en ce début de saison.
Dans l’air, une exaltation particulière : chaque prise de parole soulignait l’importance de célébrer les créateurs alors qu’ils cheminent encore, sans attendre les hommages posthumes souvent trop tardifs, selon les mots du promoteur Ulrich Bakoumissa Ngouani, visiblement ému par l’engagement des jeunes présents dans la salle.
Plum’Art-Z, un tremplin volontaire pour les auteurs
Plum’Art-Z, né il y a une décennie d’un cercle d’amis passionnés, s’est donné une mission claire : offrir un tremplin médiatique et symbolique aux plumes congolaises, tout en stimulant la lecture chez les plus jeunes par des concours, des ateliers et des rencontres intergénérationnelles à travers le pays.
« Nous voulons que le public identifie nos auteurs avant que l’oubli ne les guette », insiste Bakoumissa Ngouani, rappelant que la visibilité reste un combat constant, même à l’ère numérique où l’offre mondiale domine les écrans et risque d’éclipser des voix locales singulières et inestimables pour tous.
Huit genres pour refléter la diversité congolaise
Pour refléter cette effervescence, huit genres ont été retenus : roman, poésie, nouvelle, conte, essai, théâtre, critique littéraire et lecture, chacun portant un regard différent sur la société congolaise, ses doutes et ses élans, ses souvenirs et ses horizons futurs selon le jury qui tranchait finement.
La répartition des prix, par trio gagnant, fait office de cartographie vivante : elle montre les tendances d’écriture, l’émergence de nouvelles signatures et le maintien de figures confirmées qui continuent à polir la langue française avec une sensibilité proprement congolaise contemporaine.
Focus sur les voix primées de 2024
En roman, Jean-Rodrigue Ngakosso s’adjuge la première place, saluée pour la densité psychologique de ses personnages; côté poésie, Omer Massem charme le comité par une musicalité qui rappelle la tradition orale; en essai, Émile Gankama convainc grâce à une rigueur analytique toute académique selon le rapport final remis.
Le Prix de la nouvelle distingue Emmanuel Eta-Onka, représenté par sa fille, tandis que Malachie Cyrille Ngouloubi domine la catégorie conte par une écriture « lumineuse ». Yvon Wilfrid Lewa-Let Mandah triomphe en théâtre, là où Jacques Nkéoua Oumba se voit sacré meilleur lecteur de textes cette année.
Noël Nkodia Ramatha, quant à lui, décroche le Prix de critique littéraire, signe que la réflexion sur les œuvres progresse au même rythme que la création. Une mention spéciale, apposée sur les diplômes, salue l’influence durable de chacun dans la littérature d’expression française au Congo d’aujourd’hui encore.
La table-ronde, un miroir d’expériences
Moment fort, la table-ronde intitulée « Et si chaque écrivain racontait son histoire » a permis aux lauréats d’évoquer leurs chemins parfois sinueux : études fragmentées, métiers parallèles, nuits d’insomnie à noircir des carnets, mais surtout une volonté partagée de rester authentiques malgré la pression du succès naissant.
« Le triomphe s’apprécie à sa juste mesure », a rappelé un intervenant, soulignant l’importance du recul critique. Les étudiants ont posé des questions franches : comment vivre de sa plume ? Faut-il un réseau ? Les réponses, nuancées, ont insisté sur la discipline quotidienne et sur la patience au long cours.
Les éditeurs en quête de nouvelles plumes
Plusieurs maisons d’édition locales assistaient, carnet à la main, prêtes à repérer la prochaine pépite; preuve supplémentaire que la distinction Plum’Art-Z fonctionne désormais comme un radar fiable de talents.
Le jury, garant d’une exigence partagée
Le jury, présidé par le Dr Rosin Loemba, critique reconnu de littérature francophone, s’est réuni à huis clos plusieurs semaines plus tôt pour départager les manuscrits. Transparence, collégialité et grille d’évaluation précise ont été mises en avant pour légitimer chaque verdict auprès du public sceptique et exigeant localement.
Vers l’édition 2026, cap sur l’avenir
En filigrane, la question de la publication reste cruciale : certains textes primés cherchent encore un éditeur. L’association prévoit des partenariats pour faciliter cette étape, consciente que le prix n’est qu’un début et que le livre doit atteindre les librairies puis les lecteurs aux quatre coins nationaux.
Bakoumissa Ngouani annonce déjà la sixième édition en 2026, avec l’ambition d’étendre le concours à la diaspora et d’introduire une catégorie bande dessinée. Un appel à sponsors est lancé, preuve que la dynamique culturelle peut également séduire le secteur privé en quête d’images positives et retours sur investissement.
Alors que la soirée s’achevait, un participant murmurait : « Nous avons besoin d’histoires pour rêver notre avenir ». Le rendez-vous est pris; le public repart avec l’espoir qu’en 2026, les mots résonneront encore plus fort, au cœur d’un Congo en mutation porté par ses jeunes lecteurs et ses aînés.

