Une générosité chiffrée à 27,5 millions FCFA
Au cœur du huitième arrondissement de Brazzaville, le bâtiment immaculé de l’hôpital de l’amitié sino-congolaise de Mfilou a retrouvé, le 5 août dernier, l’effervescence des grands jours. Devant un public où se mêlaient blouses blanches, cadres administratifs et diplomates, le chef de la mission médicale chinoise, le docteur Wang Zhitao, a remis au représentant du ministère de la Santé, Donatien Moukassa, des cartons soigneusement scellés contenant anti-inflammatoires, antipaludiques, antibiotiques et équipements médico-chirurgicaux. Le geste, évalué à 27,51 millions FCFA, n’est pas seulement comptable : il affirme, dans un contexte international mouvant, la solidité d’un partenariat vieux de plusieurs décennies.
Un hôpital devenu laboratoire de l’interdépendance sanitaire
Inauguré en 2013, l’hôpital de Mfilou occupe une place singulière dans la cartographie hospitalière congolaise. Conçu et financé avec l’appui de Pékin, il dispose de 150 lits, d’un service d’imagerie de dernière génération et accueille chaque année une mission médicale chinoise renouvelée tous les deux ans. Selon le directeur de l’établissement, Roger Oyeré, « le plateau technique s’enrichit à chaque rotation, renforçant l’offre de soins et la confiance des patients ». Les consommables offerts cette semaine permettront, dit-il, de couvrir six mois de prescriptions antipalustres, un atout majeur à l’orée de la grande saison des pluies où l’incidence du paludisme grimpe traditionnellement.
La diplomatie de la blouse blanche, fil rouge de Pékin en Afrique
Depuis le premier hôpital construit au Tchad en 1968 jusqu’aux récentes unités mobiles déployées au Rwanda, la République populaire de Chine fait de la santé un outil privilégié de son rayonnement continental. Au Congo-Brazzaville, quatorze missions se sont déjà succédé, formant plus de 300 techniciens, selon les chiffres du ministère de la Coopération internationale. Le docteur Wang rappelle que « les dons médicamenteux ne sont qu’un volet d’un programme plus large associant bourses de spécialisation, télé-expertise et construction d’infrastructures ». Cette approche, souvent qualifiée de « diplomatie de la blouse blanche », épouse la feuille de route de l’Initiative la Ceinture et la Route tout en répondant au besoin pressant de modernisation des systèmes de santé africains.
Réception nationale et attentes de la population
Dans les couloirs de Mfilou, les réactions oscillent entre gratitude et prudence. Pour Solange Tchicaya, sage-femme chevronnée, « ces médicaments nous permettent d’éviter les ruptures de stock et de maintenir la gratuité pour les plus vulnérables ». À quelques mètres de là, un père de famille venu pour une consultation pédiatrique reconnaît cependant « espérer que ce genre d’initiatives soit pérenne et s’étende aux hôpitaux régionaux ». Le gouvernement, par la voix du ministre Gilbert Mokoki lors d’un entretien radiophonique, assure que la logistique de dispensation a été sécurisée afin d’éviter la fuite des produits vers les circuits informels et garantit que « chaque comprimé atteindra le patient auquel il est destiné ».
Vers une montée en gamme du partenariat sanitaire
Au-delà du geste ponctuel, plusieurs indices laissent entrevoir une coopération élargie. Un projet de centre de recherche mixte sur les maladies tropicales, annoncé lors du Forum de coopération Chine-Afrique de Beijing, est en phase d’étude de faisabilité. Parallèlement, l’Université Marien-Ngouabi négocie la création d’un master bi-diplômant en ingénierie biomédicale, s’appuyant sur l’expertise de l’Université de Wuhan. Ces chantiers, s’ils se concrétisent, devraient faciliter le transfert de technologies et la montée en compétence du personnel local, réduisant progressivement la dépendance aux missions étrangères.
Un geste humanitaire au prisme de la souveraineté sanitaire
Le don de médicaments, bien qu’accueilli avec satisfaction, soulève des questions structurantes : comment concilier aide extérieure et consolidation d’une autonomie pharmaceutique nationale ? Les autorités congolaises misent sur la relance du laboratoire public LaboBrazz, en sommeil depuis 2014, et viennent d’adopter un plan pharmaceutique national prévoyant la production locale de génériques dès 2026. Dans cette perspective, les partenariats sino-congolais pourraient évoluer d’un modèle de dons à un modèle de co-investissements industriels, à l’instar de l’usine d’antipaludiques inaugurée l’an passé au Bénin avec le même partenaire asiatique.
Regards croisés sur un horizon commun
À l’heure où les chaînes d’approvisionnement en produits de santé se fragilisent sous le poids des crises globales, le Congo-Brazzaville s’efforce de tisser des alliances résilientes. La livraison du 5 août, modeste au regard des besoins nationaux, témoigne néanmoins d’une volonté partagée de préserver le capital humain, préalable indispensable à tout développement. « La santé est le premier pilier d’une économie solide », rappelait récemment le président Denis Sassou Nguesso lors d’un sommet sous-régional. Le don pharmaceutique chinois, inscrit dans cette logique, laisse entrevoir un avenir où solidarité internationale et responsabilité nationale chemineront de concert, pour que chaque patient, du plateau des Batéké aux rives du Kouilou, voie enfin sa santé traitée comme un droit et non comme un privilège.

