Veillée d’émotion à Sevran
Vendredi 2 janvier, dans une salle sobre de Sevran, la voix de Peggy Ponio Hossie Mbongo résonnait en filigrane à chaque souvenir partagé par ses proches, rappelant les années où son timbre chaleureux animait les plateaux de la diaspora.
Tout au long de la veillée mortuaire, amis, collègues et parents se sont relayés pour évoquer un éclat, un fou rire ou une prise d’antenne restés dans les mémoires, composant un album oral plus intime que n’importe quelle archive audiovisuelle.
Les prises de parole, souvent courtes, jaillissaient comme autant de respirations : l’émotion bruyante d’un camarade de faculté cédait la place au silence appliqué d’une amie d’enfance, avant qu’un journaliste ne relève l’importance d’une mentor généreuse dans sa trajectoire.
Ultime adieu à Nanterre
Le lendemain, samedi 3 janvier, le funérarium de Nanterre a accueilli l’assemblée recueillie pour la dernière étape d’un adieu où fleurs pâles, chants feutrés et regards complices dessinaient un décor empreint de dignité.
Présent au nom de l’ambassade de la République du Congo, Armand Rémy Balloud-Tabawé a remis un message de condoléances sobre, rappelant « la profonde douleur » partagée par la nation pour cette compatriote dont l’empreinte médiatique avait franchi l’Atlantique des nostalgies.
À l’issue de la cérémonie, l’assistance a retenu un moment de silence prolongé, presque suspendu, avant que le cercueil ne s’éloigne ; un frisson collectif a laissé deviner l’écho d’une voix qui, quelques semaines plus tôt, ponctuait encore les écrans communautaires.
À Nanterre, plusieurs étudiants en journalisme, venus anonymement, ont confié avoir découvert sa trajectoire sur internet seulement après son décès, preuve que la disparition amplifie parfois la portée d’une œuvre restée jusque-là confidentielle.
Une figure de l’audiovisuel congolais
Née il y a cinquante-quatre ans, Peggy Hossie avait très tôt choisi d’habiter la frontière mouvante entre information et divertissement, faisant de chaque plateau une scène familiale où se retrouvait une diaspora avide d’images venues de Brazzaville et de Pointe-Noire.
Ses collaborateurs saluent encore aujourd’hui un sens rare de la connexion instantanée avec le public ; elle savait poser la bonne question comme on ouvre une fenêtre et offrir la réplique complice qui libère un sourire au-delà de l’objectif.
Anthony Moujoungui, de Ziana TV, évoque « une instigatrice », terme repris par plusieurs intervenants pour qualifier la façon dont la journaliste provoquait des passerelles techniques ou éditoriales là où, auparavant, chacun bricolait dans son coin.
Pour Charlemagne Mayassi, manager culturel, l’influence de Peggy apparaît dans « la liberté que nous prenons désormais face à la caméra ». L’hommage laisse ainsi percer l’idée que l’héritage dépasse les grands reportages et irrigue la posture même des nouveaux médias congolais.
Son parcours académique, entremêlé d’études de communication et de sciences humaines, a nourri une curiosité exigeante : Peggy questionnait toujours la place des femmes derrière comme devant la caméra, offrant un miroir stimulant à une génération de jeunes diplômées.
Dans les rédactions de la diaspora, son nom circulait comme une référence technique : on se repassait ses conducteurs d’émission pour comprendre l’articulation millimétrée entre lancements, magnétos et relances, un équilibre quasiment chorégraphique respecté jusqu’au soir de son dernier direct.
Des témoignages devant la caméra
La captation spéciale montée par Yhan Akomo pour Kasima TV, animée par Christian Martial Poos, a volontairement écarté les codes de l’audience pour s’en tenir à une esthétique simple, presque brute, où la parole prime sur l’habillage.
Devant l’objectif, Dalia Mena, ancienne de TVPN, a troqué la posture analytique pour un récit personnel : elle se souvient d’une sœur de cœur qui lui répétait que la télévision commence toujours dans le regard de l’autre.
Maurel Mabélé et Gildrine Ngatani Kouvoua, tous deux passés par DRTV, ont, eux, souligné la rigueur professionnelle qui sous-tendait une présence à l’écran parfois perçue comme naturelle : « elle préparait chaque émission comme si c’était la première », confient-ils.
L’héritage durable d’une voix
Si aucun plan média n’encadrait ces deux jours de recueillement, le simple fait de filmer, enregistrer, partager ces instants révèle combien la communauté audiovisuelle congolaise considère la mémoire comme un chantier collectif, nourri de flux et de visages.
Dans l’entrelacs des réseaux sociaux, clips et plateaux circulent déjà, propageant une ultime vibration de la journaliste ; ils construisent un pont invisible entre la petite salle de Sevran et les salons d’Abidjan, Montréal ou Libreville où résonne encore son nom.
À Paris, plusieurs voix ont insisté sur cet impératif de transmission : garder vivace l’image d’une professionnelle qui, par son engagement, a ouvert un espace de parole aux diasporas, loin des clichés, près de la réalité quotidienne et de la fierté culturelle.
Comme l’a résumé Christian Martial Poos en clôture de l’émission spéciale, « la meilleure manière de pleurer une voix est de l’écouter encore ». Dans l’écho de cette phrase, chaque collaborateur repart avec la conviction que l’histoire commence, peut-être, à peine.

