Un départ brutal qui bouleverse l’audiovisuel congolais
La nouvelle est tombée au petit matin du 20 décembre, glaçant les couloirs des rédactions congolaises et les salons de la diaspora: Peggy Roseline Hossie venait de s’éteindre à 53 ans au centre hospitalier intercommunal de Poissy, près de Paris.
L’arrêt cardiaque qui l’a emportée a frappé aussi vite qu’injustement, concluant une carrière de plus de trois décennies dédiée à raconter les histoires du Congo-Brazzaville, de ses artistes, de ses entrepreneurs et de sa société civile en pleine mutation.
Dès l’annonce, les réseaux sociaux se sont couverts de portraits en noir et blanc et de messages de confrères, signe d’un vide que peu, à Pointe-Noire comme à Paris, s’imaginaient devoir combler avant longtemps.
De Pointe-Noire à Paris, un parcours passionné
Née en 1970 dans le bouillonnant quartier Tié-Tié, Peggy grandit au rythme des caméras de Télé Pointe-Noire, alors unique fenêtre locale sur la cité pétrolière. Très tôt, elle se rêve passeuse d’images plutôt que simple spectatrice.
Après des études de journalisme à l’Institut universitaire panafricain de Brazzaville, elle rejoint la station dirigée par Nana Ickama. Sa voix grave, posée, et sa curiosité l’imposent vite à l’antenne, notamment dans le magazine hebdomadaire « Regards ».
De reportages côtiers sur la pêche artisanale aux portraits de sapeurs arpentant les rues poussiéreuses de Diata, elle forge un style alerte, très écrit, qui tranche avec le ton parfois compassé de la télévision publique des années 1990.
En septembre 2023, elle choisit de rejoindre son époux installé en Île-de-France. « Il ne s’agissait pas d’un exil, mais d’une extension du terrain de jeu », confie l’ingénieur du son Henri Tchicaya, témoin de ses premiers pas sur les plateaux parisiens.
Relier diaspora et talents congolais : une mission
À Paris, la journaliste multiplie les émissions web destinées aux Congolais établis à Montréal, Londres ou Abidjan. Le crédo reste immuable : présenter des modèles de réussite et déclencher, par l’exemple, un engagement concret dans le co-développement.
Son dernier sujet, diffusé le 14 décembre, retrace la réunion fédérale du Parti congolais du travail Europe. Sur les images d’Yhan Akomo de Kasima TV, la voix de Peggy tisse le fil entre militants, élus et jeunes volontaires fraîchement arrivés de Brazzaville.
« Elle insistait toujours pour donner la parole aux primo-arrivants, parce qu’ils portent un regard neuf sur la France et sur le Congo », rappelle Armand Rémy Ballou-Tabawé, ministre-conseiller de l’ambassade, rencontré lors du Marché de Noël congolais qu’elle couvrait la veille.
Cette approche participative s’est traduite par des séries comme « Diaspora Lab », dans lesquelles elle invitait des chefs d’entreprise basés à Pointe-Noire à dialoguer en visioconférence avec des start-uppers d’Atlanta ou de Kigali, esquissant des synergies loin des cercles institutionnels.
Une voix clé des grands événements culturels
Au-delà des studios, Peggy excellait dans le rôle de maîtresse de cérémonie. Sa silhouette élancée et son phrasé énergique ont rythmé les éditions 2017 et 2019 du Festival panafricain de musique à Brazzaville, aux côtés de l’animateur Claudy Siar.
Elle collaborait régulièrement avec Prince Bafouolo pour la chaîne francophone internationale, couvrant les coulisses des Fashion Weeks de Pointe-Noire ou la résidence chorégraphique de DeLaVallet Bidiefono. Son carnet d’adresses faisait le lien entre stylistes, danseurs et diffuseurs.
« Peggy aimait parler musique autant que politique culturelle, mais toujours avec élégance », se souvient Cyr Makosso de Ziana TV. Elle évitait les polémiques, mettant en avant les dynamiques de pouvoir qui stimulent la création.
Ses images tournées sur les deux rives du fleuve Congo ont souvent été diffusées par TV5 Monde et Africa 24, offrant à des reportages touristiques ou à des clips gospel un écrin esthétique qu’elle supervisait elle-même.
Héritage vivant pour la nouvelle génération
À Brazzaville, la rédaction de Télé Pointe-Noire a ouvert un livre d’or où techniciens, chauffeurs et anciens stagiaires consignent souvenirs et anecdotes. La plupart évoquent sa patience, son sens du cadrage et sa phrase fétiche : « Ne rate jamais la seconde lecture d’une image ».
De jeunes YouTubeuses de Pointe-Noire, à l’image de Sandra Mambou, affirment s’être lancées après avoir vu Peggy transformer une simple rue du quartier Mbota en décor glamour d’un clip, prouesse technique réalisée avec une caméra DSLR et trois lampes de chantier.
Les proches lancent un fonds « Peggy Hossie Legacy » pour financer des bourses en audiovisuel et des masterclasses itinérantes. Le projet, porté par son époux et la Fédération PCT Europe, se veut inclusif.
Au-delà des chiffres d’audience et des trophées glanés, son empreinte réside peut-être dans cette faculté à changer le regard d’un téléspectateur sur son pays. C’est, disait-elle, « la première étape pour qu’un citoyen devienne acteur de son destin ».
Alors que les hommages se poursuivent, une certitude s’impose à Brazzaville : les archives de Peggy Hossie restent une mémoire vive à préserver, numériser et transmettre, passeport esthétique pour les rêves futurs du Congo.

