Marché de Noël congolais à Paris : vitrine culturelle
Dans le onzième arrondissement de Paris, le Palais de la Femme – Espace Joséphine Baker s’est mué, le 13 décembre, en escale tropicale. L’odeur du bois de wengé, les éclats des perles ngbandi et les effluves de café robusta accueillaient les visiteurs curieux d’un marché pas comme les autres.
Portée par la Commission Femmes du Haut Conseil Représentatif des Congolais de l’Étranger, conduite par l’infatigable Agnès Ounounou, la manifestation ambitionnait de célébrer les talents du Bassin du Congo. Vêtements, cosmétique au beurre de mangue, romans, art de table : chaque stand racontait une parcelle d’identité partagée.
Une diaspora inventive et fédératrice
La diaspora congolaise d’Île-de-France compte plus de 100 000 personnes selon les estimations associatives. L’initiative d’un marché de Noël s’inscrit dans cette recherche de liens festifs qui transcendent frontières et générations. « Nous voulons montrer que la culture est aussi un vecteur d’économie durable », glisse Agnès Ounounou.
Les allées bruissaient d’un français épicé de lingala, de lari ou de téké. Les plus jeunes découvraient pour la première fois les masques kongo sculptés, tandis que leurs parents retrouvaient le goût sucré du safou confit. L’atmosphère mêlait retrouvailles, transmission et opportunités d’affaires.
La visite remarquée d’Armand Rémy Balloud-Tabawé
En milieu d’après-midi, l’arrivée d’Armand Rémy Balloud-Tabawé, ministre conseiller auprès de l’ambassade du Congo-Brazzaville en France, a créé l’événement. Sourire décontracté et veste vert sapin, le diplomate a salué chaque exposant, s’enquérant des filières d’approvisionnement, de la traçabilité et des débouchés envisagés au pays.
Devant la presse communautaire, il a rappelé que « la création est le poumon d’une nation ». Son passage est interprété comme un signal de proximité entre les autorités et leurs ressortissants. Plusieurs entrepreneurs ont confié qu’ils se sentaient écoutés et considérés pour leurs projets de rapatriement.
Deux livres pour éclairer la route
Sur le stand littéraire, le ministre conseiller s’est attardé sur les ouvrages de l’écrivain et coach Dimitri M’Foumou-Titi. Dans Slow Success, l’auteur plaide pour une réussite patiente, fondée sur l’éthique. Julienne et le secret de l’entrepreneuriat, récit jeunesse, vulgarise la gestion d’entreprise à hauteur d’enfant.
Les deux titres, publiés chez Muntu Éditions, circulent déjà au sein de clubs de lecture congolais. En offrant une dédicace improvisée à Armand Rémy Balloud-Tabawé, l’écrivain a souligné que « le vrai capital, c’est le savoir ». Le message faisait écho aux ambitions d’industrialisation culturelle portées par Brazzaville.
La musicalité raffinée de Laure Volpato
Pour sublimer la journée, la violoncelliste Laure Volpato, désignée ambassadrice du marché, a offert plusieurs intermèdes. Son archet a fusionné Bach et rumba dans un dialogue inattendu. Les visiteurs se sont assis sur les marches, téléphones levés, sentant les murs du Palais vibrer d’une émotion métisse.
Formée au Conservatoire de Lyon, l’artiste collabore régulièrement avec des compositeurs congolais. Elle voit dans ces performances « un pont des imaginaires ». Sa présence a rappelé que la musique classique, loin d’être étrangère, peut épouser les rythmes bantous et renouveler l’image de la création africaine.
Entre tradition, design et écologie
Les créations textiles exposées témoignaient d’une volonté d’allier héritage et modernité. Des tailleurs en rafia upcyclé côtoyaient des sneakers ornées de wax numérisé. Plusieurs maisons prônaient un circuit court reliant le Kouilou aux ateliers franciliens. Le consommateur, sensible aux questions environnementales, découvrait une offre responsable et stylée.
Même démarche du côté des cosmétiques, où les beurres de cacao saponifiés sans sodium ont séduit. « Nous proposons des formules clean, validées en laboratoire à Brazzaville et à Paris », expliquait une fondatrice. Les visiteurs, conquis, mesuraient le potentiel d’exportation d’un savoir-faire botanique ancestral.
Un impact au-delà des fêtes
Selon les organisateurs, plus de 1 500 personnes ont franchi les portes en une journée. Les ventes cumulées devraient conforter les exposants avant la haute saison d’expéditions vers l’Afrique. Un bilan détaillé sera présenté au conseil économique de la diaspora pour évaluer les retombées.
Plusieurs participants évoquent déjà une édition itinérante, traversant Lille, Bruxelles et Genève. L’idée serait de capitaliser sur la dynamique actuelle et de créer un label Marché de Noël Congolais. Les discussions incluent la mise en place d’une plateforme e-commerce pour prolonger la visibilité toute l’année.
Cap sur 2024, année de l’enracinement
En quittant les lieux, Armand Rémy Balloud-Tabawé a confié envisager un jumelage officiel avec des salons artisanaux de Pointe-Noire. Le projet pourrait être présenté au Forum Investir au Congo de février 2024. Diaspora et institutions semblent déterminées à transformer l’essai festif en passerelle économique durable.
À Paris, l’esprit de Noël s’est donc paré des couleurs malachite et ébène, rappelant que l’exil amplifie parfois la fierté.

