Un recalibrage budgétaire aux ambitions redimensionnées
Au terme d’une session qualifiée d’« extraordinaire » par son président Gervais Bouiti Viaudo, le Comité de pilotage du Programme « Accélérer la gouvernance institutionnelle et les réformes pour un fonctionnement durable des services » a acté une augmentation de 523 053 350 F CFA du Plan de travail et de budget annuel 2025. Le passage de 3,07 à 3,59 milliards de francs CFA, soit 17 % de hausse, témoigne d’une approche méthodique : le COPIL a choisi de financer prioritairement les chantiers susceptibles de délivrer des gains rapides en efficacité administrative.
Loin de refléter une simple inflation comptable, le réajustement répond à la nécessité d’aligner les moyens financiers sur de nouvelles activités proposées par le ministère de l’Économie, du Plan et de l’Intégration régionale. En validant ce supplément, le COPIL assume son rôle de vigie stratégique, veillant à ce que chaque franc mobilisé serve l’impact recherché, dans un contexte de ressources publiques encore soumis à la volatilité de la conjoncture internationale.
Des priorités réalignées sur la santé et l’éducation
Parmi les ajouts entérinés, la révision de la charte d’investissement et l’élaboration du futur Plan national de développement 2027-2031 occupent une place centrale. Ces deux instruments, complémentaires, visent à doter le Congo-Brazzaville d’un cadre réglementaire et programmatique susceptible d’attirer des capitaux tout en orientant les dépenses publiques vers les secteurs sociaux. Le PAGIR, faut-il le rappeler, cible deux axes : amélioration de la mobilisation des ressources nationales et optimisation de la dépense, prioritairement dans la santé et l’éducation.
Or ces domaines demeurent cruciaux pour la jeunesse congolaise. Selon les dernières données compilées par la Direction des statistiques sanitaires, près de 60 % des structures de soins primaires nécessitent encore des travaux de réhabilitation. Côté éducation, la demande en enseignants formés excède de 30 % la capacité actuelle. Le COPIL affirme ainsi sa volonté de relier étroitement réforme budgétaire et mieux-être social, perspective saluée par la coordination nationale des organisations étudiantes qui voit dans cette orientation « un signal encourageant ».
Une gouvernance institutionnelle en mutation
Le PAGIR, programmé sur quatre ans (2023-2027), s’articule autour d’un double mécanisme : un programme axé sur les résultats, piloté par des indicateurs de performance, et une composante réformes destinée à moderniser la gestion des finances publiques. Cette articulation, inspirée des meilleures pratiques promues par la Banque mondiale, rompt avec une logique de moyens pour préférer une logique d’efficience.
Derrière les chiffres, c’est une culture administrative qui se transforme. L’examen et la validation d’un manuel pays des procédures de gestion des projets représentent un pas décisif vers l’harmonisation des pratiques entre ministères. De même, le recrutement d’un cabinet externe pour sélectionner le personnel des unités de gestion de projets place la compétence technique au centre du dispositif, réduisant l’asymétrie d’information souvent relevée dans les audits internationaux.
Regards croisés d’experts et partenaires
Pour Lily-Rose Mabika, économiste du développement basée à Brazzaville, « l’extension budgétaire avalisée par le COPIL reste modeste par rapport aux enjeux, mais elle démontre une capacité d’ajustement salutaire ». De son côté, un représentant régional de la Banque mondiale rappelle que « la flexibilité d’un programme est gage de sa résilience ».
Le COPIL, instance de coordination interinstitutionnelle, s’est par ailleurs engagé à renforcer les capacités nationales par des formations ciblées en analyse budgétaire et en passation des marchés. Ces mesures, souvent moins visibles que les chantiers physiques, conditionnent pourtant la pérennité des réformes. La société civile, invitée en qualité d’observatrice, a accueilli favorablement le calendrier de reporting trimestriel, jugeant sa régularité « essentielle pour bâtir la confiance ».
Perspectives et défis à l’horizon 2027
La trajectoire nouvelle du PAGIR appelle toutefois vigilance et constance. La coordination temporelle entre la révision de la charte d’investissement et l’adoption du PND 2027-2031 exigera une synchronisation fine des expertises nationales et internationales. De plus, la soutenabilité budgétaire à moyen terme dépendra de la capacité à élargir l’assiette fiscale sans obérer la compétitivité du tissu entrepreneurial.
Gervais Bouiti Viaudo en est conscient : « Notre devoir est de garantir que les conditions de mise en œuvre permettent l’atteinte des objectifs de façon efficace et efficiente ». Sa déclaration illustre un impératif partagé : conjuguer célérité et rigueur pour que la progression des indicateurs sociaux reflète les ambitions annoncées. À l’orée de 2027, la maturité du PAGIR se mesurera donc à l’aune de ses résultats tangibles dans les salles de classe et les centres de santé, mais aussi dans la solidité retrouvée des institutions financières publiques.

