Un rendez-vous devenu institution
Au lycée technique 5 février 1979, les cris enthousiastes de la tribune semblent faire écho à quinze années d’histoire sportive déjà gravées dans la mémoire collective. L’ouverture officielle du tournoi de football « Ouenzé Lisanga » par le député Juste Désiré Mondélé réaffirme la place singulière qu’occupe cette joute estivale dans le calendrier social du cinquième arrondissement de Brazzaville. Créée pour animer la trêve scolaire et proposer une alternative saine aux loisirs improductifs, la compétition a progressivement acquis un statut quasi institutionnel, au point de fédérer seize équipes réparties sur trois stades et de mobiliser d’anciens internationaux congolais désireux de transmettre la flamme.
La stratégie d’inclusion intergénérationnelle
Dès les premières minutes de l’affrontement inaugural entre AS Dépôt et 42 Ans – conclu sur un nul spectaculaire – le public a perçu une atmosphère dithyrambique où se mêlent fraîcheur et expérience. « La symbiose reste constante entre les anciens et les jeunes talents », a rappelé le député Mondélé, soucieux de souligner ce brassage de générations qui préserve la mémoire du football congolais tout en projetant l’avenir. La présence d’icônes telles qu’Ange Ngapi ou Franchel Ibara confère à l’événement une dimension mentorale : la légende conseille, le néophyte apprend, et la chaîne de transmission se renforce.
Déceler l’étoile, forger le collectif
La formule sportive, calquée sur un format de trois semaines à élimination directe, s’apparente à un laboratoire d’observation pour dénicheurs de talents. Les techniciens des académies locales sillonnent les gradins pour identifier ces milieux récupérateurs à la lecture du jeu précoce ou ces ailiers dont la pointe de vitesse tranche nettement avec la moyenne. En portant un regard scrupuleux sur les dimensions technique, tactique et psychologique des jeunes, le tournoi contribue à alimenter les centres de formation de la capitale et, au-delà, à fournir un vivier susceptible d’intégrer un jour les Diables Rouges.
Diplomatie sportive et cohésion sociale
Au-delà du rectangle vert, « Ouenzé Lisanga » agit comme catalyseur de concorde citoyenne. Les dix quartiers de l’arrondissement dépêchent chacun leur fer de lance, créant un maillage identitaire où le maillot devient un drapeau local et la tribune une agora de dialogue. Dans un contexte urbain parfois traversé de tensions, la simple promesse d’un but partagé suffit à réenchanter le vivre-ensemble. Les organisateurs insistent sur le fair-play, ce sens de l’équité sociale transposé en vertu sportive qui, une fois cultivé, irrigue l’espace public.
Soutien institutionnel et responsabilité citoyenne
Le don d’équipements sportifs remis par Juste Désiré Mondélé illustre la complémentarité entre engagement parlementaire et initiatives de terrain. L’élu plaide pour une multiplication de ce type de tournois dans les départements voisins, conscient que chaque terrain aménagé, chaque ballon distribué peut devenir un rempart contre l’oisiveté. Cet accompagnement matériel, désormais attendu à chaque édition, s’inscrit dans la mouvance des politiques nationales de promotion de la jeunesse et de l’activisme sportif, régulièrement défendues par les autorités compétentes.
Paroles d’anciens, rêves de futurs
« Je revois mes premiers dribbles sur le macadam de Poto-Poto », confie l’ex-avant-centre Chaleur Mouyabi, le regard mi-rêveur mi-exigeant. Pour l’ancien international, cette effervescence doit inciter à la création de davantage de compétitions intramuros, afin de ne laisser aucun talent s’étioler faute de vitrine. Son témoignage, ponctué d’anecdotes sur la sélection nationale, résonne comme un appel à la persévérance : si l’aire de jeu demeure un tremplin, l’encadrement pédagogique et psychologique reste le socle sur lequel reposent les destinées sportives.
L’écosystème économique de la passion
Chaque week-end, vendeurs d’arachides, tailleurs de fanions et vidéastes improvisés transforment la périphérie des gradins en couloir d’opportunités. Le tournoi génère ainsi une micro-économie saisonnière où la ferveur populaire s’allie à la débrouillardise, créant des emplois temporaires et stimulant l’ingéniosité commerciale des riverains. Cette dimension économique, souvent passée sous silence, illustre la capacité du sport à irriguer, même modestement, le tissu financier local.
Patrimoine immatériel et identité urbaine
À Brazzaville, la toponymie des clubs – Base Molokaï, Quartier Uni ou AS Giga – s’apparente à une cartographie sensible de l’arrondissement. Chacune de ces appellations transporte son lot de mémoires, de petites rivalités fraternelles et de chants partagés. Au fil des ans, « Ouenzé Lisanga » a façonné un patrimoine immatériel où se conjuguent fierté territoriale et conscience citoyenne, démontrant que l’identité urbaine peut se forger à partir d’un ballon rond et d’une poignée de supporters passionnés.
Perspectives et héritage
À mesure que les années s’égrènent, la pérennité du tournoi apparaît comme un indicateur fiable de la vitalité associative congolaise. Les succès individuels à venir, qu’ils conduisent à un contrat professionnel ou à un parcours d’entraîneur, rejailliront sur l’ensemble de la communauté. Dans l’immédiat, seize formations s’apprêtent à briguer la suprématie locale ; demain, les plus inspirés d’entre elles nourriront l’ambition de porter haut les couleurs nationales. Ici, la victoire n’est pas que sportive : elle se mesure aussi à l’aune des passerelles ouvertes vers l’éducation, la discipline et la solidarité.

