Cap sur la Chine
Du 10 au 16 novembre, Beijing accueillera l’Open international et la Sky Cup, deux rendez-vous majeurs de gymnastique rythmique où, pour la première fois, le drapeau tricolore du Congo-Brazzaville flottera grâce à une sélection féminine de haute promesse sportive internationale.
Deux gymnastes, Davina Nkenko Sita et Céleste Malanda Mayinga, défieront l’élite mondiale. Leur présence, fruit d’une collaboration entre la Fédération congolaise de gymnastique et la Fondation Sky Grâce, illustre la diplomatie sportive qui unit désormais Brazzaville, Moscou et la capitale chinoise.
Un pont Brazzaville-Sotchi
Avant d’atterrir à Beijing, les athlètes se sont envolées dès le 18 octobre pour Sotchi, au bord de la mer Noire. Trois semaines d’entraînement intensif dans la plus grande académie de gymnastique rythmique au monde devaient affûter leurs gestes, leur souffle et leur confiance.
« Sky Grâce possède tout le matériel et des entraîneurs de référence, c’est idéal pour franchir un palier », confie à distance Céleste, la voix encore empreinte de l’euphorie des premières séances. Sous les dômes du complexe, les Congolaises répètent ruban, massues et cerceau huit heures par jour.
Derrière la logistique, le consul honoraire Jocelyn Patrick Mandzela, via Africa Centrum, coordonne visas, billets et hébergement. « Voir nos jeunes quitter Brazzaville pour respirer l’excellence internationale prouve que le sport congolais avance », assure-t-il, saluant l’appui institutionnel reçu à chaque étape.
Les journées débutent à six heures par un réveil musculaire sur fond de musique classique, avant d’enchaîner souplesses et ateliers de cardio. Les formateurs russes insistent sur la prévention des blessures, domaine encore peu structuré dans les clubs congolais.
Alina Kabaeva, inspiration assumée
Figure auréolée d’or olympique à Athènes 2004, Alina Kabaeva porte aujourd’hui les habits de mécène. Sa fondation finance stages, équipements et transport d’équipes émergentes, jetant des passerelles inespérées entre la Russie et le continent africain, particulièrement en République du Congo.
Le directeur technique national, Guy-Patrice Makoumbou, voit dans ces passerelles « une université permanente ». À ses yeux, chaque regroupement à Moscou ou Sotchi dissémine ensuite, dans les clubs de Brazzaville et Pointe-Noire, des méthodes d’entraînement plus scientifiques et une discipline rigoureuse.
La gymnastique rythmique reste modeste au Congo mais gagne un écho nouveau : en septembre, le tournoi « Reconnaissance à Alina Kabaeva » a réuni quarante jeunes venues de six départements. Les réseaux sociaux ont relayé plus de 100 000 vues, révélant un engouement inattendu.
Portraits de deux talents précoces
Âgée de dix ans, Davina Nkenko Sita possède déjà la souplesse d’une liane. Triple médaillée nationale, elle a conquis le public lors du dernier championnat à Makélékélé avec un enchaînement ruban digne des juniors européens. Ses entraîneurs la surnomment « la petite panthère ».
Partir trois semaines loin de la famille représente un premier saut psychologique pour l’écolière. « Elle découvre la neige et un régime d’athlète professionnel, mais elle tient », sourit la coach Adèle Kimbembé, restée à Brazzaville et connectée quotidiennement via visioconférence.
Sa partenaire Céleste Malanda Mayinga, seize ans, vise déjà la scène universitaire américaine. Membre du club Espoir 77, elle a obtenu au bac 2023 une mention bien en série scientifique. « Sport et études vont ensemble ; la rigueur de la GR m’aide à prioriser », dit-elle.
Entre elles, l’entente est fluide. Céleste conseille Davina sur la gestion du stress, Davina rappelle à l’aînée la joie pure du mouvement. « Le duo crée une énergie contagieuse », observe le kiné russe assigné au groupe, impressionné par l’attitude respectueuse des Congolaises.
Enjeux pour la Fédération congolaise
En ciblant l’Open de Beijing plutôt que les mondiaux, la Fédération poursuit un objectif réaliste : cumuler des points au classement FIG, tester la réaction au public asiatique et préparer, à moyen terme, les Jeux Africains prévus à Accra en 2024.
Les autorités sportives congolaises accompagnent le projet en facilitant licences internationales et assurances. Des partenaires privés, actifs dans le télécom et la banque, ont rejoint la liste des sponsors pour couvrir la tenue officielle et les frais médicaux, preuve d’une confiance croissante envers la discipline.
Une fois rentrées, Davina et Céleste interviendront dans des master-classes organisées à Oyo, Dolisié et Pointe-Noire afin d’essaimer les acquis. Le ministère des Sports envisage même de doter le complexe de Kintélé d’un praticable homologué, première étape vers une académie nationale.
Rayonnement sportif et culturel
Exporter des athlètes féminines s’inscrit dans la stratégie de rayonnement prônée par les autorités congolaises. Parce qu’elle allie grâce artistique et exigence sportive, la gymnastique rythmique véhicule une image moderne du pays, complémentaire de la musique ou de la Sape déjà connues.
À Beijing, les résultats compteront, mais la participation demeure le signal fort. Si un sourire de Davina ou un pivot de Céleste ouvre des vocations, l’opération sera réussie. Le public congolais, lui, suivra les passages en streaming, prêt à vibrer au rythme des rubans.

