Une triple nomination historique
Le tapis rouge de Ouagadougou s’apprête à dérouler ses splendeurs : le 15 novembre, la capitale burkinabè accueillera les Sotigui Awards, temple annuel du jeu d’acteur africain. Parmi les 40 talents en lice, le Franco-Congolais Olivier Kissita attire déjà les projecteurs.
Le réalisateur et comédien, déjà couronné à Paris et Monaco, figure cette année dans trois catégories majeures : Sotigui d’or, meilleur acteur d’Afrique centrale et prix du public africain. Une triple reconnaissance qui souligne la régularité d’une carrière démarrée sur YouTube.
Les secrets des Sotigui Awards
Créés en hommage au regretté comédien burkinabè Sotigui Kouyaté, les prix évaluent la capacité des interprètes à maintenir la tension dramatique, la crédibilité physique et la justesse émotionnelle. Chaque trophée couronne un lauréat unique, issu d’une sélection éclectique couvrant 16 régions culturelles.
Un héritage franco-congolais assumé
À 33 ans, Kissita incarne la mobilité artistique contemporaine. Fils d’un père congolais de Brazzaville et d’une mère guadeloupéenne, il revendique un double héritage qu’il transpose à l’écran. « Je raconte la nuance des identités métissées », confiait-il récemment au festival Paris Ivoire Cinéma.
Son parcours académique impressionne : baccalauréat cinéma, licence de droit à la Sorbonne, puis deux années chez Acting International ponctuées de stages à Broadway. Cette rigueur technique, conjuguée à la spontanéité d’un autodidacte du web, forge un style mêlant comédie populaire et réflexion sociale.
Du web à la filmographie primée
La série humoristique Barbershop, diffusée sur YouTube en 2014, fut son laboratoire. En sketches courts, il y explorait déjà la diaspora congolaise, le pouvoir du look et la Sape. Vite repéré, il rejoint les plateaux télé de Cut puis Cacao, avant le grand écran.
Le tournant arrive avec Sexe, Love and Money, romance ivoirienne où il incarne un cadre partagé entre ambition et loyauté. Le film lui vaut, en 2022, le prix du meilleur acteur principal à Paris Ivoire Cinéma et, surprise, le prix du meilleur réalisateur au Monaco Charity Film.
Frères d’Ombres, prochain coup d’éclat
Ces distinctions légitiment son nouveau projet, Frères d’Ombres, actuellement en post-production dans un studio montreuillois. Le scénario suit un chômeur aux idées noires, spolié de son rêve d’acteur par un ami d’enfance. Drame psychologique porté par Fayçal Acloque et Marie-Louise Compain, le film promet intensité.
Kissita réalise et interprète le rôle de mentor ambigu, cherchant l’équilibre entre empathie et rivalité. Pour lui, la mise en scène est « une conversation avec ma génération », insistant sur l’importance de la santé mentale et de la solidarité en période d’incertitude économique.
Résonance à Brazzaville et en Afrique
Sa présence aux Sotigui Awards résonne également à Brazzaville, où la cinéphilie renoue avec l’optimisme. Les studios locaux comme Mbounda Art reprennent espoir devant la percée de compatriotes sur la scène panafricaine. « Voir Olivier distingué motive nos élèves », témoigne la formatrice de l’Institut national des arts.
Les organisateurs burkinabè soulignent la vocation fédératrice de la cérémonie. En invitant des acteurs d’Afrique centrale, australe, de la diaspora caribéenne et européenne, les Sotigui dessinent une cartographie culturelle affranchie des frontières administratives. Une stratégie qui séduit les partenaires, de l’Organisation internationale de la Francophonie au FESPACO.
Enjeux économiques et médiatiques
Sur le plan industriel, la notoriété d’un lauréat peut doubler la valeur d’un film lors des marchés de droits. Le distributeur ivoirien Goliath Films l’a expérimenté après la victoire de l’actrice Naky Sy Savané en 2021. Autant dire que les producteurs de Frères d’Ombres scrutent déjà la cérémonie.
Une inspiration pour la génération connectée
Au-delà des chiffres, l’histoire personnelle de Kissita touche une jeunesse connectée, persuadée que les plateformes numériques peuvent servir de tremplin. Ses vlogs, alternant tutoriels de scénario et anecdotes de tournage, cumulent aujourd’hui plus de quinze millions de vues, essentiellement entre Brazzaville, Pointe-Noire et Paris.
Le Franco-Congolais n’occulte pourtant pas la discipline indispensable. « La première caméra coûte moins cher qu’un smartphone de luxe, mais la persévérance n’a pas de prix », rappelle-t-il dans ses masterclasses. Un message relayé par des associations culturelles qui militent pour la formation audiovisuelle dans les quartiers.
Les critères du jury et la stratégie
Si les jurés des Sotigui demeurent secrets, quelques indices filtrent : la cohérence entre filmographie et rôle, l’impact social des personnages, la circulation du film dans les festivals. Autant de critères où Kissita avance avec confiance, fort de collaborations multipays et d’un discours inclusif.
Un agenda chargé avant Ouagadougou
Les prochains mois seront décisifs. Entre les avant-premières de Frères d’Ombres et la campagne de communication des Sotigui, le réalisateur prévoit un passage éclair à Brazzaville pour une projection-débat à l’Institut français. L’agenda serré réaffirme sa volonté de partager chaque étape avec le public national.
Cap sur l’avenir du cinéma congolais
Que le 15 novembre lui offre ou non la statuette d’or, Olivier Kissita avance déjà vers d’autres horizons. Son équipe développe une série afro-futuriste tournée entre Pointe-Noire et Abidjan. Le script, confidentiel, confirme simplement qu’au Congo, la jeune garde du cinéma écrit son futur au présent.

