Une tradition de la Saint-Sylvestre
À Brazzaville, la nuit de la Saint-Sylvestre n’est pas seulement rythmée par les pétards. Depuis des décennies, les églises ouvrent leurs portes pour célébrer la « Nuit de la traversée », un temps de prières qui mêle ferveur, musique et gratitude avant les douze coups de minuit.
L’exercice, très suivi au Congo, répond à un besoin profond de commencer l’année dans la paix, loin du tumulte profane. Les familles s’y rendent ensemble, vêtues de leurs plus beaux habits, comme pour rappeler que spiritualité rime ici avec convivialité et élégance.
Cette année encore, les projecteurs se braquent sur le Centre Évangélique Christ-Roi Notre Rédempteur, conduit par le pasteur Carl Bickidoux, figure respectée de la communauté pentecôtiste. Son veillée du 31 décembre, annoncée depuis plusieurs semaines, promet une affluence record.
Le thème « Me voici pour un nouveau départ »
Chaque réveillon porte un verset directeur. Pour cette édition 2025-2026, le pasteur a choisi Ésaïe 43:19, verset où Dieu déclare faire « une chose nouvelle ». Avec le slogan « Me voici pour un nouveau départ », l’orateur veut canaliser l’espérance vers un avenir renouvelé.
« Le Seigneur nous invite à sortir des vieilles habitudes pour saisir ses promesses », explique-t-il en conférence de presse. Son équipe de louange a préparé de nouveaux chants, tandis qu’un court métrage témoignera des actions sociales menées par l’église dans l’arrondissement de Talangaï.
L’accent sur le renouveau résonne particulièrement dans un contexte où la jeunesse congolaise cherche des repères. Les organisateurs promettent d’aborder les enjeux d’emploi, de santé et de cohésion familiale au fil des prières d’intercession, sans jamais dissocier spiritualité et responsabilités citoyennes.
Une veillée au cœur de Moukondo-Mazala
Le siège de l’église, au numéro 8 de l’avenue de la Démocratie, se prépare à accueillir les fidèles dès 19 h pour un pré-show musical. Les techniciens testent la sonorisation, tandis que des volontaires dressent des tentes extérieures afin de respecter les consignes de circulation.
Selon le comité d’accueil, plus de mille chaises sont disposées, mais l’essentiel du public devrait rester debout pour danser. Les diacres ont prévu une distribution d’eau, de masques et de gel hydro-alcoolique, conscients qu’une veillée réussie implique aussi confort et prévention sanitaire.
La police de proximité, invitée à superviser les abords, annonce un dispositif léger. « Nous travaillons main dans la main avec les responsables religieux pour garantir la tranquillité des riverains », précise le commissaire Christophe Otoka, satisfait de l’esprit de collaboration affiché par les organisateurs.
Voix et attentes des fidèles
Pour Charline, étudiante en communication, la veillée est « un sas entre hier et demain ». Elle dit venir chaque année « déposer ses craintes et repartir légère ». À ses côtés, Jonas, mécanicien, espère que 2026 lui apportera un emploi stable ; il compte sur la prière collective.
Le pasteur Bickidoux rappelle souvent que la « Nuit de la traversée » n’est pas un spectacle, mais un pacte communautaire. « Ce que chacun reçoit dans la prière, il doit le partager par des actes », martèle-t-il, encourageant les participants à soutenir les orphelinats voisins après la veillée.
Derrière la scène, les choristes répètent un medley de rumba gospel qui devrait enflammer l’assistance. Le mariage des guitares sapées et des tam-tam modernes illustre la capacité des églises congolaises à dialoguer avec la culture populaire sans perdre la profondeur théologique africano-chrétienne.
Espérance collective pour 2026
Au-delà des miracles individuels, la veillée ambitionne un impact sociétal. Les intercesseurs prieront pour la stabilité économique, l’émergence des talents et la paix dans les quartiers. Un moment particulier sera consacré aux entrepreneurs, jugés essentiels pour transformer la croissance annoncée en emplois durables.
À minuit, les fidèles entonneront l’hymne national, geste devenu tradition chez Christ-Roi. Le pasteur estime que cette pratique rappelle « la responsabilité de servir la nation, partout où Dieu nous place ». Les voix unies ouvrent symboliquement la nouvelle année sur une note patriotique et fraternelle.
Au petit matin, un petit-déjeuner sera offert aux participants avant qu’ils ne regagnent leurs quartiers. Beaucoup, encore vêtus de wax brillant, partageront sur les réseaux sociaux des extraits vidéo de la prédication, prolongeant l’écho de la veillée bien après les dernières notes de clavier.
Pour Carl Bickidoux, l’objectif est clair : que chaque participant reparte avec la conviction d’être acteur de son propre « nouveau départ ». Il conclura, fidèle à son style, par un vibrant « Shalom, shalom ! », salutation qui, pour beaucoup, sonne déjà comme la promesse d’une année apaisée.
Plusieurs observateurs voient dans cette dynamique religieuse un baromètre de la vitalité culturelle congolaise. Le mélange d’esthétique contemporaine, de poésie biblique et de convivialité populaire rappelle que, sous les lumières de Brazzaville, la foi demeure un moteur d’inventivité et de solidarité sociale.
Rendez-vous est donc pris pour le 31 décembre, à partir de vingt-et-une heures. Les cloches, les tambours et les smartphones y célébreront ensemble le passage vers 2026, dans l’union d’une prière qui traverse les générations et confirme la capacité du Congo à conjuguer modernité et spiritualité.

