Une nomination porteuse de continuité pastorale
Le 1er décembre 2025, la cloche a sonné à Saint-Michel-Archange de Madingou-poste pour annoncer la décision du pape Léon XIV : Mgr François Hallyday MBouangui devient évêque coadjuteur de Nkayi, avec droit de succession. L’annonce, lue par le nonce apostolique Mgr Javier Herrera Corona, a immédiatement résonné comme un signe d’apaisement et de continuité.
Selon le Code de droit canonique, un évêque coadjuteur accompagne l’ordinaire du lieu avant de lui succéder. Mgr Daniel Mizonzo, à la tête du diocèse depuis 2013, atteindra l’âge de la retraite obligatoire en 2028. Cette transition planifiée évite toute vacance et assure une passation lente, mais sûre.
Le parcours discret de Mgr François Hallyday MBouangui
Né dans la vallée de la Bouenza, ce prêtre de 52 ans a d’abord servi comme administrateur paroissial à Saint-Michel-Archange. Là, il a mené des chantiers communautaires, de la réhabilitation d’une école primaire à la création d’un club de lecture biblique pour jeunes, salués par les autorités locales.
Formé à la philosophie et à la théologie au Grand séminaire Cardinal Emile Biayenda de Brazzaville, il a ajouté une licence canonique en droit ecclésiastique à Kinshasa. Ses proches décrivent un homme sobre, plus à l’aise dans les ruelles poussiéreuses que sous les lustres des salons officiels.
Les enjeux d’une succession programmée à Nkayi
Le diocèse de Nkayi couvre une vaste zone agro-industrielle marquée par la culture de la canne à sucre et l’essor de petites coopératives. L’Église y joue un rôle social majeur : écoles, dispensaires et caisses de solidarité rythment la vie quotidienne des fidèles.
Dans trois ans, Mgr MBouangui héritera d’un diocèse jeune, avec plus de 60 % de paroissiens âgés de moins de 35 ans. L’enjeu sera d’accompagner cette jeunesse tout en préservant les rites qui font l’identité spirituelle de la région, comme les veillées de prière en langue locales.
Le futur évêque devra également consolider le dialogue entre Église et entreprises agro-alimentaires, afin que la croissance économique profite aux communautés riveraines. « Nous voulons une pastorale qui valorise le travail bien fait et la dignité des familles », confiait-il récemment à un groupe de catéchistes, sans cacher son espoir d’un partenariat plus formalisé.
La Province ecclésiastique du Sud-Ouest en soutien
Autour de l’autel d’annonce se tenaient Mgr Abel Liluala, archevêque de Pointe-Noire, et Mgr Toussaint Ngoma Foumanet, évêque de Dolisie. Leur présence souligne la solidarité de la Province ecclésiastique du Sud-Ouest, qui s’étend du littoral atlantique aux forêts de la Niari.
Ce maillage hiérarchique offre au diocèse de Nkayi un réseau fraternel pour partager programmes de formation, bourses d’études et projets caritatifs. En filigrane, la nomination de Mgr MBouangui consolide l’équilibre géopastoral voulu par Rome, répartissant les responsabilités entre pasteurs issus de différents terroirs.
Entre traditions locales et modernité pastorale
Dans la Bouenza, la liturgie s’accompagne souvent de tam-tam et de danses circulaires. Mgr MBouangui, fin connaisseur des coutumes Téké et Lari, a toujours insisté sur une « inculturation respectueuse » : ni folklorisme, ni uniformisation, mais un art liturgique vivant, inscrit dans la foi catholique.
Il s’est également fait l’avocat d’une digitalisation raisonnée des paroisses. À Madingou-poste, il a introduit une application de catéchèse mobile qui permet aux élèves de réviser les passages bibliques en langue locale. L’initiative a doublé le taux de participation aux cours du soir en deux ans.
Son défi sera maintenant d’étendre ces projets dans un diocèse où certaines zones demeurent isolées. Les prêtres de brousse, souvent à moto, attendent un appui matériel pour connecter leurs communautés sans les couper de l’essentiel : la rencontre en chair et en os.
Réactions du clergé et des fidèles
À la fin de la messe d’annonce, l’assemblée a entonné le cantique « Benedicamus Domino ». Des femmes de la Légion de Marie ont offert des nattes tressées, symbole d’hospitalité. « Nous voyons dans cette nomination un signe de paix », glissait sœur Alphonsine, directrice d’école.
Les jeunes du Mouvement Eucharistique ont déjà créé un hashtag, #Coadjuteur2025, pour partager vidéos et messages de soutien. Le curé de la cathédrale Saint-Louis de Nkayi estime que cette ferveur illustre « l’adhésion populaire à une vision fraternelle de l’Église, ouverte à la société civile ».
Sur les réseaux, des entrepreneurs locaux espèrent que l’arrivée du coadjuteur encouragera les partenariats autour de l’agro-transformation et des micro-crédits. La Caritas diocésaine voit dans ce dynamisme un atout pour ses programmes de santé primaire, particulièrement dans les districts périphériques.
Un passage de témoin sous le signe de l’espérance
Mgr Daniel Mizonzo, visiblement ému, a rappelé son « joyeux devoir de préparer la relève ». Il continuera de gouverner le diocèse jusqu’en 2028, épaulé désormais par son coadjuteur. « La mission est grande, mais la grâce l’est davantage », a-t-il déclaré, sourire aux lèvres.
D’ici là, un chantier essentiel les attend : la rénovation de la cathédrale Saint-Louis, dont la toiture en fibrociment a souffert des dernières pluies. Les devis sont lancés. La présence d’un coadjuteur devrait accélérer la mobilisation des fonds auprès de la diaspora et des partenaires institutionnels.
En 2028, lorsque Mgr MBouangui recevra la crosse pastorale, le diocèse aura déjà cheminé avec lui. Cette préparation, voulue par Rome, rassure les fidèles et montre la capacité de l’Église à planifier dans la sérénité. Nkayi se prépare ainsi à vivre un nouveau chapitre, mû par l’espérance.

