Niamo en lumière à Yaoundé
La silhouette rouge de la salle Charles Atangana s’est éteinte, puis l’écran a scintillé: le générique de Niamo a lancé, dès le premier soir, la 19e édition des Écrans Noirs, déroulée du 20 au 27 septembre 2025 dans la capitale camerounaise.
Dans une atmosphère bruissante, cinéastes, techniciens, critiques et simples curieux des huit pays d’Afrique centrale ont convergé vers Yaoundé, transformant ses artères en autant de tapis rouges improvisés où se croisent langues, rythmes et ambitions cinématographiques.
Parmi les dix-sept longs métrages en lice, Niamo, seul représentant du Congo-Brazzaville en fiction, a retenu l’attention par son énergie visuelle et la profondeur de ses questionnements sur l’identité, la mémoire et la résilience communautaire.
Liesbeth Mabiala, voix montante du Congo
À 34 ans, Liesbeth Mabiala cultive un parcours associant formation européenne et enracinement local. Diplômée de l’École nationale supérieure Louis-Lumière, la réalisatrice a choisi de revenir tourner à Brazzaville, convaincue que « la fiction devient moteur de développement quand elle parle la langue des quartiers ».
Son précédent court, Les Voleuses de pluie, avait récolté le Prix du public à Durban en 2022. Avec Niamo, elle passe au long format sans renoncer à son esthétique faite de plans serrés, de couleurs fauves et d’une bande sonore méticuleusement tissée.
« Ce film, c’est l’écho de nos contes au feu de bois, mais aussi la rumeur des réseaux sociaux », glisse-t-elle en marge d’un débat professionnel, soulignant l’envie de fédérer les générations autour d’une même histoire congo-centrale.
Le roman d’Henri Djombo transposé à l’écran
Niamo adapte Le Mort vivant d’Henri Djombo, écrivain et actuel ministre d’État. Publié en 2016, le roman explore la frontière poreuse entre monde visible et surnaturel. Sur pellicule, Liesbeth Mabiala accentue la dimension onirique grâce à des éclairages obliques et une partition chantée en lingala.
Le projet a bénéficié du Fonds d’aide à la création audiovisuelle du Congo, mis en œuvre par le Centre national du cinéma et de l’image animée de Brazzaville. Cette subvention, cumulée à des partenariats privés, a permis un tournage de cinq semaines entre Djambala et les rives du Djoué.
Une sous-région soudée par l’image
La compétition Afrique centrale alignait six nations: Cameroun, Gabon, Tchad, Rwanda, Centrafrique et Congo. Si le jury, présidé par la productrice rwandaise Philbert Uwizera, a sacré Les Ombres du lac comme meilleur film, deux mentions spéciales ont distingué Niamo et le drame tchadien Vent de sable.
Pour Mireille Dikoundou, programmatrice des Écrans Noirs, « ces prix latéraux reflètent un niveau général homogène qui témoigne d’une maturation collective ». L’observatrice note l’émergence d’une génération n’hésitant pas à traiter de migrations, de changements climatiques ou de mémoire coloniale avec un regard décomplexé.
Réactions d’un public conquis
À la sortie de la projection, un tonnerre d’applaudissements a retenti. Des étudiants camerounais ont salué la maîtrise de la lumière, tandis que la critique gabonaise Sylvie Mabika a tweeté que « Niamo rappelle que la tradition n’est pas un carcan mais un tremplin vers le futur ».
Sur la plate-forme de VOD du festival, le film s’est hissé en tête des visionnages dès la deuxième journée, devant des productions sénégalaise et ivoirienne hors compétition. Les organisateurs y voient le signe d’une demande croissante pour des récits ancrés dans la sous-région.
Un tremplin pour le cinéma congolais
Mentionné dans le palmarès, Niamo engrange déjà des promesses de diffusion sur Canal+ Afrique et une possible sélection au FESPACO 2025. Ces perspectives ouvrent de nouveaux marchés où le cinéma congolais cherche à s’inscrire durablement, entre coproductions francophones et plateformes de streaming.
Le directeur du Centre congolais du cinéma, Florent Massamba, insiste: « La reconnaissance régionale incite nos jeunes à croire en la filière. Nous travaillons à consolider les incitations fiscales pour favoriser encore plus de tournages sur le territoire national ».
À Brazzaville, les cinéphiles se préparent déjà à la sortie nationale annoncée pour février. L’association Jeunesse 24 Images prévoit d’organiser des projections ambulantes dans les quartiers périphériques afin de « connecter le film à ceux qui n’entrent jamais dans une salle climatisée », explique son président.
Au-delà de l’enthousiasme, plusieurs professionnels appellent néanmoins à structurer davantage la distribution et la formation technique. Ils saluent, à cet égard, la prochaine ouverture d’un studio de postproduction haute définition à Oyo, initiative censée réduire les coûts actuellement supportés à l’étranger.
Pour l’heure, Niamo se savoure comme un jalon inspirant: il rappelle qu’une caméra, quand elle capte une histoire sincère, peut faire vibrer une sous-région entière et projeter la créativité congolaise sous des projecteurs qui, jadis, lui faisaient défaut.
Les écoles d’art de Pointe-Noire comptent déjà intégrer l’analyse du film dans leurs cursus. Assia Mabiala, chargée de pédagogie, affirme que « les étudiants verront comment un récit local résonne globalement, notamment grâce aux codes universels du suspense et de la quête initiatique ».
À Yaoundé, avant même la cérémonie de clôture, des distributeurs sud-africains avaient pris contact avec la production pour explorer une sortie en salle couplée à une tournée de masterclasses, signe que la dynamique régionale séduit désormais un marché continental plus vaste.

