Brazzaville, capitale éphémère du septième art féminin
Du 25 août au 8 septembre 2025, la capitale congolaise s’apprête à troquer ses rythmes urbains pour la cadence feutrée des salles obscures. Sous l’impulsion d’un collectif de professionnelles conduite par la productrice Edwige Samba, le Festival Mwassi — « femme » en lingala — ouvrira sa première édition avec l’ambition affichée de rétablir un équilibre de représentations dans l’imaginaire cinématographique africain. L’initiative bénéficie d’un appui appuyé du ministère de la Culture et des Arts, lequel y voit « un levier de soft power et un ferment d’emplois créatifs », selon les termes du conseiller culturel Patrice Okoumba.
Des écrans à la tribune : la programmation
Onze jours durant, le public découvrira une sélection d’une trentaine de longs et courts métrages venus des rives du Nil au golfe de Guinée. Chaque œuvre, réalisée, écrite ou interprétée par des femmes, portera un regard singulier sur les trajectoires contemporaines : migration, écologie, mémoire post-coloniale ou chroniques urbaines. En soirée d’ouverture, le drame ivoirien « Terres Assourdies » de Mariam Koné partagera l’affiche avec le documentaire congolais « Sœurs de Braze » coproduit par l’Institut français du Congo.
Au-delà des projections, tables rondes et masterclasses jalonneront l’affiche. Les techniciennes Pierre-Manau Ngoula, Germaine Ololo et Valérie Ossouf animeront des modules allant de la direction d’acteurs au montage non linéaire. L’appel à candidatures, ouvert jusqu’au 15 août, requiert des postulantes qu’elles détaillent leur parcours mais surtout leur motivation à « réécrire la narration continentale ».
Former, financer, diffuser : un triptyque stratégique
Le Festival Mwassi ne se contente pas de célébrer l’existant ; il parie sur l’avenir. Un concours de courts métrages réservé aux jeunes Congolaises offrira à la lauréate une résidence d’écriture et une bourse de production de 10 000 dollars, dotation rendue possible par un partenariat triangulaire entre la Banque de Développement des États de l’Afrique Centrale, l’Organisation internationale de la Francophonie et un mécène local, la société pétrolière SNPC. L’enjeu est double : favoriser l’autonomie financière des créatrices et renforcer la compétitivité d’un écosystème local encore marqué par l’informel.
Ces engagements s’inscrivent dans une tendance plus large à l’échelle régionale : selon l’UNESCO, les femmes ne représentent que 20 % des postes décisionnels dans l’audiovisuel subsaharien. Mwassi entend donc catalyser un changement structurel, misant sur la formation continue et la mise en réseau pour faire tomber les plafonds de verre.
Vers une diplomatie culturelle au féminin
Au-delà des projecteurs, l’événement sert de plate-forme diplomatique. Les représentations de l’Union africaine et de la CEEAC ont confirmé leur présence, témoignant d’un intérêt croissant pour la culture comme vecteur d’intégration. « Chaque film est une ambassade volante », résume la chercheuse angolaise Ana-Lucia Matondo, conviée au colloque final sur la circulation des œuvres.
Soutenu sans réserve par les autorités congolaises, le Festival Mwassi s’inscrit dans la stratégie nationale de diversification économique, qui érige les industries créatives en relais de croissance non extractive. Si l’initiative demeure jeune, sa promesse est claire : inscrire Brazzaville sur la cartographie des capitales culturelles africaines tout en consacrant, devant et derrière la caméra, la place légitime des femmes.

