Une légende congolaise s’éteint
Le 28 septembre 2025, la nouvelle s’est répandue aussi vite qu’un contre-pied : Sébastien Lakou n’est plus. L’ancien ailier, 78 ans, s’est éteint à Pointe-Noire, sa ville natale qui l’avait vu affoler les défenseurs sur les terrains vagues.
Surnommé tour à tour “Abossolo”, en hommage à l’attaquant camerounais Gabriel Abossolo, puis “La Boussole” par le journaliste Constant Komlan Mindondo, le joueur avait la réputation de toujours orienter le jeu dans la bonne direction. Sa disparition endeuille tout le milieu sportif congolais.
Des débuts pétulants à Tié-Tié
Né le 18 mai 1947, Lakou découvre le football à 15 ans dans le championnat de quartier mwana-foot, sous les couleurs de Volcan à Tié-Tié. Sur l’aile gauche, sa vitesse et sa ruse inspirent déjà le respect de ses partenaires Ngapika “Le Français” et Tchimbakala “Wello”.
En 1965, V. Club-Mokanda repère le prodige. Rejoindre l’équipe où évolue son frère aîné “Mazzola” est une étape décisive. “Il lisait le jeu une seconde avant tout le monde”, se souvient l’ancien gardien Ndouli “Ryno”, évoquant des séances d’entraînement qui viraient souvent à la démonstration.
La consécration sous le maillot national
Pendant l’été 1973, à 26 ans, Lakou reçoit enfin l’appel tant espéré : sélectionné chez les Diables-Rouges pour le match de gala du 15 août. Face à l’Ouganda, il inscrit un but sous les yeux du président Marien Ngouabi, offrant une victoire 3-2 célébrée dans tout Brazzaville.
Cette première convocation ouvre une ère dorée. L’année suivante, il participe à la CAN 1974 en Égypte, où le Congo termine quatrième. “Son crochet intérieur a fait lever le stade du Caire”, rappelle l’ex-milieu Emmanuel Mboungou, témoin privilégié des exploits du tournoi.
Le palmarès africain et ses heures de gloire
Prêté en 1974 au CARA, Lakou contribue au sacre historique des Aiglons en Coupe d’Afrique des clubs champions. Son accélération dans la finale face au Ghazl al-Mahalla d’Égypte reste encore projetée lors des réunions d’anciens.
Médaillé d’argent aux premiers Jeux africains de Libreville en 1976, il enchaîne la CAN 1978 au Ghana et livre, un an plus tard, un doublé retentissant contre l’ex-Zaïre lors du 4-2 gravé dans les mémoires. Sans oublier son centre millimétré pour “Tostao” face au Cameroun en 1977, décrit par la presse de l’époque comme “un caviar servi à la seconde près”.
Un héritage durable pour le Kouilou
Avant la gloire continentale, Lakou avait déjà marqué les esprits en 1969 lors d’un match amical à Pointe-Noire contre le FC Santos de Pelé. Aligner les crampons avec le “Roi” nourrit ses ambitions : “Ce soir-là, j’ai compris que tout était possible”, confiait-il souvent.
Champion du Congo avec V. Club-Mokanda, il a ensuite conseillé les académies locales, prônant un football offensif où la prise d’initiative prime. Loin des projecteurs, il suivait toujours les sessions de mwana-foot, encourageant les jeunes à conjuguer discipline scolaire et maîtrise technique.
Dernier tour de terrain et souvenirs partagés
En février 2025, il assiste aux obsèques du buteur Minga “Pépé”. Après la cérémonie, Gilbert Poaty “Hidalgo” l’invite chez Balekita “Eusébio” pour un repas improvisé. “Lakou racontait sa passe décisive pour ‘Tostao’ comme si c’était hier”, rapporte Poaty, ému.
Personne n’imaginait que cette veillée serait sa dernière apparition publique. Hospitalisé quelques semaines plus tard, l’ancien ailier restait discret sur son état de santé. “Il répondait toujours par une plaisanterie”, souligne Ndouli, admiratif de cette élégance jusque dans l’adversité.
La boussole des générations futures
En s’en allant, “La Boussole” laisse un sillage que les jeunes talents du Kouilou et de tout le Congo continuent de suivre. Ses dribbles, archivés sur de rares bobines Super 8, alimentent encore les séances vidéo des centres de formation.
Le ministère des Sports évoque déjà la création d’un tournoi junior à son nom, afin de pérenniser l’exigence technique et le fair-play qu’il incarnait. “Lakou est la preuve qu’un gamin de Tié-Tié peut atteindre le sommet africain”, souligne un communiqué officiel publié dès l’annonce de son décès.
Au-delà des statistiques, son souvenir rappelle l’importance de rêver grand sans jamais trahir l’esprit collectif. Adieu, Vieux Lakou : le public de Massamba-Débat te réserve désormais une ovation silencieuse à chaque coup d’envoi.

