Une élection qui marque un tournant
La salle de conférence d’un hôtel du centre de Brazzaville a vibré le 30 août 2025. Journalistes, blogueurs et directeurs de rédaction, venus de tous les départements, ont élu à l’unanimité la journaliste culturelle Messilah Nzoussi à la tête du comité national du RPJ.
Cette élection, organisée sous la supervision d’observateurs internationaux, marque un tournant pour la jeune organisation. Elle ouvre un nouveau chapitre où la question de la formation continue, de l’éthique et de la coopération sous-régionale figure désormais au cœur de la feuille de route.
Portrait de Messilah Nzoussi
Réputée pour ses enquêtes sur la scène musicale, Messilah Nzoussi, 36 ans, a débuté dans des radios privées avant d’intégrer un quotidien national. Sa plume précise et sa rigueur dans la vérification des faits lui ont déjà valu plusieurs prix régionaux.
Dans les couloirs des rédactions, on souligne son sens de la médiation. « Elle sait entendre toutes les voix et faire émerger un consensus », glisse Roger Ngombé, nouveau secrétaire général. Cette capacité d’écoute devrait peser lorsqu’il faudra négocier de meilleures conditions de travail.
Feuille de route du nouveau bureau
Le bureau élu compte cinq membres issus de médias publics et privés. Sa première priorité est de mettre en place un mécanisme d’auto-régulation, inspiré des chartes de Dakar et d’Abidjan, afin de renforcer la confiance du public.
Un second chantier, plus délicat, porte sur la sécurisation des journalistes en reportage à l’intérieur du pays. Des ateliers, articulés autour du droit d’alerte et de la gestion des risques climatiques, seront tenus en partenariat avec l’Institut national de formation journalistique.
Le RPJ dans la galaxie médiatique africaine
Fondé en 2011 à Brazzaville par le reporter Adrien Wayi Lewi, le RPJ se donne pour mission de fédérer les rédactions du continent autour de valeurs partagées : liberté d’informer, solidarité professionnelle et excellence éditoriale. Il compte aujourd’hui douze antennes nationales.
La présence remarquée d’une délégation de la République démocratique du Congo à l’assemblée de Brazzaville atteste de la volonté d’élargir les passerelles. « Nous avons plus que jamais besoin d’initiatives transfrontalières », a déclaré Adrien Wayi Lewi, saluant un vote porteur d’espoir.
Formation et innovation numérique
Le conseiller à la formation, Cherel Otchamingui, mise sur un programme mêlant e-learning et master class. Son objectif est de démocratiser l’accès aux outils d’enquête numériques, de data visualisation et de podcast, domaines où la relève congolaise s’affirme déjà.
Parallèlement, Alex Bisseyou Moukini prendra la charge de la communication digitale. Elle souhaite lancer une plateforme participative destinée à diffuser des bonnes pratiques, compiler des offres d’emploi et donner de la visibilité aux productions originales, souvent confinées aux antennes locales.
Synergies avec les institutions
Le secteur privé, tout comme les autorités publiques, a salué l’émergence de cette équipe plurielle. Un responsable du ministère de la Communication rappelle que la loi encourage le dialogue permanent avec les organisations professionnelles pour améliorer la distribution de la presse nationale.
Dans la même veine, la maison d’édition Les Dépêches de Brazzaville a offert des bourses pour des stages en fact-checking. Ce partenariat public-privé est perçu comme un signal fort en faveur d’une presse de solution, axée sur la responsabilité sociale des médias.
Réactions de la profession
Dans les rédactions de Pointe-Noire, l’annonce a été accueillie avec prudence et espoir. Certains correspondants estiment que la priorité reste l’accès à internet haut débit, gage d’un traitement de l’information compétitif face aux plateformes internationales toujours plus rapides.
D’autres voix insistent sur la place des langues nationales dans les programmes de formation. « Le public rural a droit à des contenus dans le kituba autant que dans le français », rappelle la journaliste Mavie Obira, nouvelle conseillère aux finances, soulignant l’enjeu commercial d’un lectorat élargi.
Enjeux sociétaux
Au-delà de la corporation, le débat relance la question de la contribution des médias au développement durable. Les rapports de l’ONU mettent en avant le rôle des rédactions locales pour diffuser les Objectifs de développement durable et encourager des comportements responsables auprès des jeunes.
Dans ce contexte, le RPJ-Congo envisage de lancer une campagne multimédia sur la protection des forêts du bassin du Congo. L’initiative, soutenue par plusieurs ONG, pourrait s’appuyer sur des formats courts adaptés aux réseaux sociaux pour toucher la génération connectée.
Perspectives et calendrier
Le calendrier annoncé par Messilah Nzoussi laisse entrevoir des jalons précis : audit des besoins régionaux d’ici février, publication d’un guide éthique en juin, puis organisation d’un festival de journalisme en septembre 2026. Chaque étape sera évaluée par un comité indépendant.
À l’issue de l’assemblée, la nouvelle présidente a résumé l’esprit de la mandature : « Nous ne prétendons pas réinventer la roue, mais accélérer la dynamique collective. » Un message volontariste qui résonne dans une profession en quête de repères et de reconnaissance.
Cap sur la transformation numérique
Le bureau s’appuiera aussi sur la diaspora congolaise installée à Paris, Montréal et Johannesburg pour organiser des webinaires bimensuels. Les expatriés partageront leurs expertises en intelligence artificielle générative, modération automatisée et protection des données, compétences devenues indispensables pour redéfinir le modèle économique des rédactions.
Pari collectif
Le défi reste colossal, mais la cohésion affichée suggère que le RPJ-Congo veut écrire une page portée par la créativité d’une génération connectée et fière de ses racines.

