Une convention bilatérale à 737 millions d’euros
À Brazzaville, la signature de la convention entre le Chemin de fer Congo-Océan et Ulsan Mining Congo S.A.U. consacre un investissement de 737 millions d’euros destiné à moderniser l’axe ferroviaire Mayoko–Pointe-Noire. Cet engagement, paraphé par Ignace N’Ganga pour le CFCO et Vakkas Karaoğlu pour la Société d’exploitation du fer de Mayoko-Moussondji, confirme la place du rail comme épine dorsale de la logistique nationale.
Le pacte prévoit la réfection complète de près de 320 kilomètres de voies, la modernisation des ateliers de maintenance et la mise en place d’un système de signalisation de dernière génération. Cette remise à niveau technique entend répondre aux normes de performance requises pour l’acheminement de 12 millions de tonnes de minerai de fer par an, tout en offrant un niveau de sécurité adapté aux nouvelles exigences du transport mixte passagers-marchandises.
Logistique intégrée et diversification industrielle
L’approvisionnement continu de la zone économique spéciale de Pointe-Noire constitue l’ossature économique du projet. Pour y parvenir, Ulsan Holding s’est engagé à acquérir une vingtaine de locomotives diesel-électriques et plusieurs centaines de wagons polyvalents. Cette flotte, couplée à des ateliers de maintenance in situ, doit garantir un taux de disponibilité supérieur à 90 %, élément crucial pour la compétitivité du corridor minier.
Au-delà du transport du minerai, la modernisation de la ligne offre une plateforme multimodale ouvrant la voie à la circulation de produits agricoles, forestiers et manufacturés. Les autorités entendent tirer parti de cette synergie pour renforcer la résilience des chaînes d’approvisionnement régionales et diversifier une économie encore tributaire des hydrocarbures.
Un projet aligné sur la feuille de route présidentielle
La ministre des Transports, Ingrid Olga Ghislaine Ebouka-Babackas, l’a rappelé lors de la cérémonie officielle : la réhabilitation s’inscrit dans la stratégie nationale d’industrialisation prônée par le président Denis Sassou Nguesso. Cette feuille de route mise sur les infrastructures structurantes pour décloisonner le territoire, réduire les coûts logistiques et créer un environnement propice aux investissements privés.
Dans le même esprit, la convention renforce l’axe de coopération Congo-Turquie déjà illustré par des partenariats dans le bâtiment, l’énergie et l’enseignement professionnel. L’implication d’Ulsan Mining, filiale d’un conglomérat turc, confère une dimension géopolitique à ce chantier, tout en diversifiant le spectre des partenaires économiques du pays.
Retombées socio-économiques et perspectives régionales
Selon les projections du Conseil d’administration d’Ulsan Holding, le chantier devrait générer plus de 7 000 emplois directs et indirects durant la phase de construction, puis environ 2 500 postes pérennes liés à l’exploitation ferroviaire et à l’entretien des infrastructures. Pour les localités riveraines, les gains attendus dépassent la seule création d’emplois : l’ouverture de gares modernisées favorisera l’essor d’activités de services, tandis que le désenclavement réduira le coût des denrées de première nécessité.
À l’échelle sous-régionale, la ligne modernisée pourrait servir de maillon aux futurs corridors intégrant le Cabinda angolais ou le Haut-Ogooué gabonais, créant ainsi une dynamique de commerce transfrontalier. Les organisations de coopération économique d’Afrique centrale y voient déjà un levier pour accroître la fluidité des échanges et renforcer la compétitivité portuaire de Pointe-Noire.
Vers une chaîne de valeur métallurgique locale
L’annonce d’une fonderie à Pointe-Noire, pour un montant estimé à 2 milliards de dollars, marque une étape décisive vers la transformation locale du minerai de fer. L’usine produira de l’acier de construction et des produits semi-finis destinés au marché sous-régional, substituant progressivement les importations coûteuses d’acier laminé.
La création d’un écosystème métallurgique complet, de la mine au produit fini, pourrait augmenter substantiellement la valeur ajoutée nationale et réduire l’empreinte carbone liée à l’exportation de matières premières brutes. Les universitaires du Centre d’études stratégiques de l’Université Marien-Ngouabi soulignent que chaque tonne transformée localement génère quatre fois plus de revenus fiscaux qu’une tonne exportée à l’état brut, un argument qui conforte la rationalité économique du projet.
Temporalité, financement et gouvernance
Le montage financier repose sur un partenariat public-privé articulant fonds propres d’Ulsan, prêts bancaires internationaux et mécanismes de garantie souveraine. Le calendrier prévisionnel prévoit une phase de travaux de trente-six mois, suivie d’une période de rodage opérationnel d’un an. Les autorités veillent, par un comité de suivi conjoint, à l’application rigoureuse des normes environnementales et sociales, condition sine qua non de l’adhésion des bailleurs multilatéraux.
Ignace N’Ganga insiste sur la gouvernance inclusive de l’ouvrage : des comités locaux seront associés pour anticiper les besoins en formation, assurer la mobilité des compétences et diffuser les bonnes pratiques de sécurité ferroviaire. Cette démarche vise à pérenniser les performances du corridor et à éviter l’écueil d’une infrastructure sous-utilisée, souvent observé dans l’histoire ferroviaire du continent.
Cap sur une relance ferroviaire nationale
Au-delà du cas d’école Mayoko-Pointe-Noire, le gouvernement congolais entend capitaliser sur cette expérience pour impulser une renaissance du réseau CFCO dans son ensemble. Les tronçons Brazzaville-Pointe-Noire et Mont-Belo-Ouesso figurent déjà sur la feuille de route à moyen terme, signe que le rail retrouve progressivement sa place historique dans la matrice de développement national.
Alors que les trains d’essai sont attendus pour 2027, les observateurs voient dans cette dynamique l’émergence d’un modèle de partenariat équilibré, combinant technologie étrangère, capitaux privés et pilotage stratégique de l’État. Si le calendrier est respecté, le sifflet du Mayoko Express pourrait symboliser une nouvelle ère où l’acier, la diplomatie et la planification convergent au service d’un Congo plus connecté et industriel.

