Brazzaville mobilisée autour du candidat
Brazzaville bruisse d’un optimisme discret depuis que le ministre de la Communication Thierry Lézin Moungalla a convié la presse nationale à «accompagner» la candidature de Firmin Edouard Matoko pour la direction générale de l’Unesco, accentuant le rôle des médias comme relais stratégique d’une ambition diplomatique assumée du Congo.
Devant les caméras, le porte-parole du gouvernement a décrit Matoko comme «un homme de dialogue, familier des couloirs de l’Organisation», invitant reporters et éditorialistes à raconter un parcours «au service de la coopération», afin de «porter haut la voix congolaise dans le concert des nations», selon ses mots.
En filigrane, l’appel gouvernemental sonne comme une mobilisation d’image : faire de chaque article, de chaque reportage, une pièce supplémentaire dans l’architecture persuasive qui devra convaincre les cinquante-huit membres du Conseil exécutif lors du scrutin annoncé pour octobre, étape clé avant la nomination officielle par la Conférence générale mondiale.
Au-delà de la diplomatie, l’enjeu est également national. Voir l’un des siens prendre la tête d’une agence onusienne majeure nourrirait l’écho d’une réussite congolaise dans les secteurs névralgiques que sont l’éducation, la science, la culture et la communication, domaines promus par le Plan national de développement en vigueur.
Un parcours de 35 ans à l’Unesco
Formé en lettres modernes avant de rejoindre l’Unesco en 1989, Matoko a gravi les échelons jusqu’à devenir sous-directeur général adjoint, supervisant le programme Afrique. «Trente-cinq ans d’institution, cela forge une mémoire collective utile dans les turbulences géopolitiques», confie une source interne jointe par nos soins, soulignant sa constance.
Ses collaborateurs mettent en avant un tempérament conciliateur capable d’écouter artistes, chercheurs, chefs d’État ou représentants de la société civile, «sans perdre le fil des priorités budgétaires». Cette attention au terrain épouse la philosophie défendue par Brazzaville, qui milite pour une Unesco proche des populations et tournée vers l’action.
Pour nombre d’observateurs, son profil incarne un équilibre recherché entre expérience et modernité: le fonctionnaire senior dialogue désormais avec la génération numérique, défendant par exemple les humanités numériques, l’inclusion linguistique et la préservation des archives africaines dans le cloud, thèmes chers aux startupers congolais rencontrés lors du SITIC.
La presse congolaise au cœur de la stratégie
Le ministre Moungalla insiste: «La bataille se gagne aussi sur la narration». Il appelle chaque rédaction à produire dossiers, portraits, et contenus multilingues susceptibles d’être repris par les plateformes internationales, créant un effet de caisse de résonance autour d’un hashtag commun faisant rayonner la marque Congo, digne et ambitieuse.
Certains directeurs de publication soulignent toutefois la nécessité de «garder le cap déontologique», rappelant que l’adhésion du lectorat se gagne par la crédibilité. L’enjeu réside donc dans un dosage subtil entre exposition positive et information contextualisée, loin de toute communication unilatérale, afin de ne pas affaiblir le message.
Dans cette perspective, plusieurs écoles de journalisme envisagent des modules de formation express sur les mécanismes onusiens, permettant aux reporters de décrypter le processus électoral de l’Unesco et d’en expliquer la portée aux lectrices et lecteurs de Pointe-Noire à Ouesso, renforçant ainsi l’intérêt national autour de la candidature.
Une tournée diplomatique encourageante
Depuis juillet, le diplomate sillonne les capitales, accompagné de délégations congolaises de haut niveau. À Abidjan, Pretoria, Lagos ou Djibouti, il présente un programme articulé sur trois priorités: résilience éducative, gouvernance culturelle partagée et innovation scientifique inclusive, recevant un accueil que ses équipes qualifient de «chaleureux et prometteur».
Les capitales africaines, membres influents du Conseil exécutif, demeurent la clé de voûte d’un succès possible. «Notre continent doit parler d’une seule voix», glisse un diplomate gabonais, convaincu qu’une candidature subsaharienne solide renforcerait la représentativité régionale à la tête de l’organisation, longtemps dirigée par d’autres aires culturelles.
Des défis mondiaux pour l’organisation
Dans un contexte multilatéral fragmenté par les tensions géopolitiques, l’Unesco cherche un capitaine capable de rassurer et d’innover. Cyber-attaques, patrimoine menacé, fractures éducatives post-pandémiques s’ajoutent aux contraintes budgétaires. Pour Brazzaville, l’expérience et le pragmatisme de Matoko pourraient aider l’agence à «maintenir le cap», selon les mots du ministre.
Les analystes s’accordent toutefois à rappeler que l’élection dépend également d’alliances hors d’Afrique, notamment en Asie, Europe et Amérique latine. D’où la présence dans la délégation congolaise d’experts multilingues chargés de plaidoyer, capables de traduire le projet en arguments adaptés aux agendas régionaux souvent très variés.
Pour l’heure, un calendrier serré s’impose: finalisation du dossier de programme, derniers entretiens bilatéraux avant la session d’octobre. Les rédactions congolaises promettent des formats immersifs, podcasts, dossiers interactifs, offrant aux publics urbains et à la diaspora un suivi minutieux, à l’image d’une ambition nationale résolument entrouverte sur le monde.
Si la décision finale échappe aux rédactions, leur couverture rigoureuse peut modeler la perception internationale d’un Congo constructif, confiant dans le multilatéralisme. Au-delà du vote, l’exercice démontre comment médias et diplomatie culturelle se rencontrent pour faire rayonner valeurs et talents nationaux, tout en consolidant une opinion publique informée.

