Le frisson d’Arkhangai, théâtre d’un bronze congolais
Le plateau montagneux d’Arkhangai, en Mongolie, a vibré quatre jours durant au rythme sec des planches de Mas Wrestling. Dans cette arène ouverte à plus de trois cents spécialistes venus de trente-trois nations, l’unique drapeau congolais s’est hissé sur le podium grâce à Jarny Varnel Kimpedi. Le Bantu de soixante kilos, déjà médaillé de bronze en 2022, a récidivé en s’offrant le troisième rang, dominé seulement par l’intraitable Kirghize Aziz Asanov et le Russe Arthur Jirkov.
Le scénario, haletant, rappelle la dramaturgie des luttes antiques : entrée en matière autoritaire face à un Égyptien surpris 2-0, défaite logique mais honorable en demi-finale contre un adversaire mieux préparé, puis rédemption cinglante devant un Kazakh balayé sur le même score. Cette maîtrise gestuelle et mentale, dans un sport où le moindre vacillement de la hanche peut être fatal, confère au Congolais un statut de référence parmi les tireurs de bâton.
« Je n’ai pas seulement combattu pour une médaille, confie l’athlète, mais pour confirmer que le Mas Wrestling a trouvé une terre de cœur au Congo ». Son propos, recueilli au sortir du podium, résume la portée dépassant le simple exploit individuel.
Le Mas Wrestling, miroir d’une diplomatie sportive
Importée de la république de Sakha, cette lutte spectaculaire consiste à arracher un bâton commun à l’adversaire en s’appuyant sur une planche centrale. Par sa simplicité de matériel et la noblesse de l’effort, elle séduit les jeunesses urbaines africaines en quête d’identités sportives nouvelles. Le ministère congolais des Sports, qui a épaulé la préparation de Kimpedi, y voit « un vecteur de cohésion et une vitrine internationale à coût contenu » (déclaration du directeur de cabinet, Brazzaville, juin 2025).
À Arkhangai s’est tenu parallèlement le Presidium de la Fédération internationale. Le Congo y a obtenu son siège, consolidant une présence inédite dans les organes décisionnels d’un sport émergent. Une avancée que certains observateurs assimilent à une diplomatie d’influence douce, prolongeant l’implication de Brazzaville dans les institutions panafricaines du karaté et du sambo.
L’ascension méthodique de Jarny Varnel Kimpedi
Né à Pointe-Noire en 1996, Kimpedi a d’abord pratiqué la lutte traditionnelle avant de découvrir le Mas Wrestling lors d’un stage à Iakoutsk. Sa morphologie compacte et son explosivité compensent un gabarit considéré comme léger pour la discipline. Encadré par l’entraîneur russe Nikolaï Savvine depuis 2021, il a intégré des protocoles de préparation croisant pliométrie, yoga et études biomécaniques. « Le bâton se gagne avec les doigts, pas avec les biceps », aime-t-il rappeler.
La régularité de ses podiums, du Grand Prix d’Oulan-Bator au Trophée de Kazan, témoigne d’un modèle de progression fondé sur la science du geste. Pour nombre de jeunes Congolais, son parcours incarne la possibilité d’un itinéraire d’excellence hors des disciplines classiques comme le football ou l’athlétisme.
Institutions nationales et partenariats : un tandem gagnant
Le succès d’Arkhangai ne relève pas du hasard. Le ministère des Sports a assuré billets d’avion, prise en charge médicale et dotation en équipement, malgré un calendrier budgétaire contraint. S’y ajoute le soutien logistique de la Fondation Africa Centrum, dirigée par le consul honoraire du Congo à Saint-Pétersbourg, Jocelin Patrick Mandzela. Cette plateforme culturelle et éducative facilite les stages en Russie, principal bassin d’expertise du Mas Wrestling.
Mandzela se félicite de « l’alchimie public-privé » qui permet à un athlète isolé de se mesurer à des sélections entières. Cette coopération illustre la stratégie gouvernementale de mobilisation de la diaspora économique au service des priorités nationales, qu’il s’agisse de culture, de sport ou de numérique.
Vers une Fédération congolaise : enjeux et perspectives
Depuis mai 2025, l’Association congolaise de Mas Wrestling installe ses tapis dans les gymnases de Makélékélé et de Moungali. L’objectif est de fédérer, d’ici à 2026, une dizaine de clubs pour accéder au statut de Fédération, condition sine qua non à une meilleure insertion dans les circuits mondiaux.
Les enjeux dépassent la simple représentativité : formation d’entraîneurs certifiés, structuration d’un championnat national et intégration de modules de préparation mentale. Les experts soulignent que la discipline pourrait constituer un laboratoire de bonnes pratiques pour d’autres sports émergents au Congo.
Cap sur Vladivostok et le long terme
À peine descendu de l’avion mongol, Kimpedi s’entraîne déjà pour la Coupe Africa Centrum prévue en septembre à Vladivostok. Le tournoi servira de test grandeur nature avant les futurs Jeux Afro-Asiatiques annoncés pour 2027. Le ministère des Sports évoque en filigrane la possibilité d’accueillir, à moyen terme, une étape continentale à Brazzaville, renouant ainsi avec la tradition d’organisation des Jeux Africains de 2015.
Au-delà de l’agenda sportif, la percée congolaise dans le Mas Wrestling esquisse une politique de rayonnement équilibrée, associant performance individuelle, mobilisation institutionnelle et échanges culturels. Si le bronze d’Arkhangai brille déjà sous les projecteurs, il éclaire surtout un chemin où la République du Congo entend conjuguer puissance musculaire et influence souple.

