Un trophée qui résonne à Pointe-Noire
Du 12 au 14 décembre, la ville océane de Pointe-Noire accueille la cérémonie des Global Unity Women International Awards. Parmi les lauréates figure la slameuse congolaise Mariusca Moukengue, distinguée pour son excellence artistique et son engagement social à travers le slam.
Ce prix, décerné dans la catégorie Artistic Excellence and Social Engagement through Slam, salue le travail d’une artiste qui transforme la poésie urbaine en levier de conscience collective. Il vient conforter une année déjà marquée par son élévation au rang de chevalière du Mérite congolais.
Une voix façonnée par Brazzaville
Née et élevée à Brazzaville, Mariusca découvre le slam en 2015, lors de scènes ouvertes organisées dans les quartiers populaires. Très vite, la puissance de ses images et la clarté de son verbe lui attirent un public fidèle, conquis par sa sincérité.
Elle cite volontiers Kimpa Vita, Michelle Obama ou encore la légende du rap Kery James parmi ses sources d’inspiration. Leur détermination nourrit son propre parcours, jalonné d’ateliers gratuits, de master-class dans les écoles et d’interventions dans les maisons d’arrêt, où elle anime des sessions d’écriture.
Slam et engagement citoyen
Sur scène, sa poésie aborde l’éveil des consciences, la place de la femme, la dépravation des mœurs ou encore l’atomisation financière de la jeunesse. Autant de thèmes sensibles qu’elle traite sans moralisme, préférant tendre un miroir et inviter chacun à prendre part au débat.
« Ma plume n’est pas une arme, c’est une lampe », confiait-elle récemment à notre rédaction. Cette métaphore résume sa démarche : éclairer sans accuser, illuminer sans aveugler. Une posture qui séduit les organisations civiques, de plus en plus nombreuses à solliciter son verbe.
Une reconnaissance nationale assumée
En août, lors du 65e anniversaire de l’indépendance, le président Denis Sassou Nguesso lui a remis les insignes de chevalière de l’Ordre national du Mérite. Ce geste officiel consacre le rôle des artistes dans le rayonnement culturel et consolide le statut de la jeune slameuse.
À travers cette décoration, Brazzaville rappelle sa confiance dans une jeunesse créatrice et responsable. Mariusca, lucide, y voit un encouragement à « redoubler d’efforts » pour mener ses projets éducatifs. Elle prépare notamment un programme de résidences qui associera écoles d’art, centres sociaux et incubateurs d’entreprises.
De Brazzaville à Paris, l’appel de la scène
Avant de recevoir son trophée à Pointe-Noire, l’artiste s’envolera pour Paris où elle donnera, le 29 novembre, un concert à la 260 Music Factory. « Paris, je deviendrai un poème vivant », écrit-elle sur les réseaux, invitant la « slamide » francilienne à l’accompagner.
La capitale française n’est pas un terrain inconnu : Mariusca y a déjà animé des ateliers dans des centres culturels africains. Cette fois, elle promet un spectacle mêlant afro-rap, chant a capella et poésie sonore, entourée de musiciens congolais résidant dans la diaspora.
Son passage à Paris servira aussi de tremplin pour le lancement officiel d’un album autoproduit. L’opus, dont le titre reste confidentiel, sera distribué sur les plateformes numériques et accompagné d’un livre-disque illustré par de jeunes plasticiens de Pointe-Noire et de Kinshasa.
Slam, soft power congolais
Le couronnement de Mariusca met en lumière le dynamisme d’une scène slam congolaise en pleine expansion. Les collectifs Mot-Art et Styl’Oblique multiplient les scènes ouvertes, tandis que des festivals comme Brazza Slam Show attirent chaque année un public plus large, amateur de performances orales.
L’État accompagne ce mouvement par des résidences et des aides à la diffusion, dans le cadre du Fonds d’appui à la culture et à l’art. Une synergie public-privé qui permet aux talents de circuler entre Brazzaville, Pointe-Noire, Abidjan ou encore Dakar.
Une figure inspirante pour la jeunesse
À vingt-neuf ans, Mariusca cumule les rôles de slameuse, formatrice et critique d’art. Sa capacité à se réinventer séduit une génération avide de modèles locaux. Les réseaux sociaux prolongent son impact, ses vidéos totalisant plus de deux millions de vues l’an dernier.
Sur Instagram, elle partage l’avancement de son projet « Slam est école », un programme qui initie des lycéens à l’écriture pour encourager la confiance en soi. Les enseignants saluent un complément pédagogique très efficace, capable d’améliorer grandement la diction et la compréhension orale des élèves.
Dans ses ateliers, elle rappelle que l’art oratoire était jadis au cœur des traditions bantoues. En renouant avec cet héritage, la jeunesse peut, selon elle, « s’inventer un avenir tout en honorant ses racines ». Une approche qui fait écho aux objectifs du Plan national de développement.
Cap sur Pointe-Noire en décembre
Les projecteurs se tourneront donc vers Pointe-Noire en décembre, où Mariusca recevra officiellement son trophée. Entre océan et mangrove, la cité pétrolière offrira un décor symbolique : celui d’un pays où la créativité féminine gagne peu à peu les grands espaces d’expression.
Au-delà des distinctions, la slameuse se dit habitée par un impératif simple : porter la parole d’une jeunesse travailleuse et déterminée. Son parcours rappelle qu’entre le mot et l’action, la distance se réduit à la volonté. Le slam congolais surprendra encore.

