Une mobilisation associative ascendante
Au lever du jour, le 26 juillet, la capitale congolaise s’est animée d’une énergie peu commune : plus d’une cinquantaine de marcheurs, drapés des couleurs de l’Association Lheyet-Gaboka pour le Développement, ont transformé l’avenue de la République en piste de santé. Sous l’impulsion de son président national, Axel Ariel Dinghat Mouenokanga, le collectif a relié le rond-point de la République au quartier Ouenzé, instaurant une parenthèse sportive dans la routine urbaine. Portée par un tissu associatif en plein essor, l’initiative témoigne du dynamisme de la société civile congolaise, encouragée par les orientations institutionnelles qui placent la santé publique et l’inclusion au cœur de l’agenda national.
Depuis plusieurs mois, l’ALGD articule ses actions autour d’un triptyque : solidarité, prévention et promotion des talents locaux. Les tournois de football, journées éducatives et campagnes citoyennes qui ponctuent son calendrier constituent autant de leviers d’adhésion. La marche de santé, conçue comme un geste à la fois symbolique et thérapeutique, vient donc s’inscrire dans une stratégie plus large de sensibilisation aux bienfaits de l’activité physique.
Les enjeux sanitaires d’une marche urbaine
Si le slogan « le sport c’est la vie » peut paraître galvaudé, les statistiques de l’Organisation mondiale de la santé rappellent qu’une activité modérée de 150 minutes par semaine réduit significativement les risques cardiovasculaires. Pour Axel Ariel Dinghat Mouenokanga, « l’urgence est de désamorcer la sédentarité qui avance masquée ». Son argumentaire, adossé aux données du ministère de la Santé, souligne la montée des pathologies non transmissibles dans les grandes villes d’Afrique centrale.
Le choix d’un parcours fléché au cœur de Brazzaville ne doit rien au hasard. Du jardin des Droits de l’Homme au boulevard Denis-Sassou-Nguesso, les marcheurs ont traversé des espaces symboliques de mémoire et de gouvernance. Cette scénographie sportive replace le corps citoyen, en mouvement, dans la géographie politique de la capitale : un rappel implicite que la santé est un bien public partagé et que chaque pas tisse un lien supplémentaire entre le citoyen et sa cité.
Connexions citoyennes et harmonie nationale
Dans un pays où la jeunesse représente plus de 60 % de la population, le sport se révèle un catalyseur de cohésion sociale. Les salutations complices échangées avec les forces armées à l’état-major, les encouragements spontanés venus des terrasses du boulevard, les applaudissements à la mairie centrale : autant de signes microscopiques d’une convivialité qui, l’espace d’une matinée, transcende les appartenances politiques ou professionnelles. « Nous marchons pour rappeler que la santé collective dépend de la responsabilité individuelle », confie Martin Ibaïbé, vice-président de l’ALGD.
Cette harmonie ponctuelle s’inscrit dans le sillage des politiques publiques qui, depuis la réhabilitation des infrastructures sportives lors des Jeux africains de 2015, valorisent l’activité physique comme vecteur de rapprochement communautaire. Les organisations de la société civile, en relais, matérialisent cette vision sur le terrain par des actions concrètes, adaptables aux quartiers et aux habitudes locales.
Vers une culture sportive durable
Au-delà du rendez-vous du 26 juillet, l’ALGD projette des ateliers de nutrition, des initiations au yoga urbain et la création d’un circuit mensuel baptisé « Kilomètres solidaires ». Ces perspectives répondent aux recommandations du Plan national de développement 2022-2026, qui fait de la prévention sanitaire un pilier de la croissance inclusive. En associant diagnostic médical, animation culturelle et découverte patrimoniale, l’association entend installer la pratique sportive dans la durée, loin de l’éphémère d’un simple événement ponctuel.
Le pari est d’autant plus ambitieux que l’hyper-connectivité des jeunes urbains congolais offre des outils inédits de mobilisation. Partages d’itinéraires en temps réel, défis kilométriques sur les réseaux sociaux, playlists collaboratives : la marche de santé se mue en expérience augmentée. Dans cette perspective, la présence d’une équipe de football affiliée à l’AJ Auxerre, invitée à boucler le parcours, illustre la synergie entre sport populaire et exigences de performance.
Perspectives et rendez-vous culturels
À court terme, les regards se tournent vers la journée portes ouvertes en hommage à Maurice Lheyet Gaboka, figure tutélaire de l’association, annoncée pour le mois prochain. Entre concerts, conférences et démonstrations sportives, l’événement devrait prolonger l’élan civique cultivé lors de la marche. À plus long terme, la multiplication de telles initiatives pourrait consolider la place de Brazzaville dans le réseau des capitales africaines où la culture du sport-santé devient un marqueur identitaire fort.
Dans une société en quête d’équilibres nouveaux, la démarche de l’ALGD résonne comme une invitation à conjuguer effort physique et citoyenneté éclairée. Marcher, ici, n’est pas seulement avancer ; c’est inscrire chaque foulée dans le récit collectif d’une nation attentive à la vitalité de ses habitants et confiante dans la capacité de sa jeunesse à porter un futur harmonieux.

