Présentation officielle à Brazzaville
Sous les néons discrets du Hilton dominant les tours jumelles de Mpila, Anatole Collinet Makosso a offert au public, le 20 décembre 2025, une radiographie de cinq années décisives : le livre bilan du président Denis Sassou-Nguesso, « En toute transparence ».
La présentation, placée sous l’enseigne de « La quinzaine du gouvernement », a mêlé solennité et pédagogie, le Premier ministre insistant sur la nécessité de rendre compte aux citoyens d’un cap maintenu malgré la tempête sanitaire, pétrolière et financière.
Aux côtés du maître de cérémonie, Thierry Moungala, ministre de la Communication, a ouvert la séance par une minute de silence dédiée aux journalistes Mesmin Ombouma et Loïs Mbou, un hommage rappelant que l’information demeure un travail parfois périlleux.
Un ouvrage inédit et éditorialisé
En prenant la parole, Anatole Collinet Makosso a aussitôt souligné l’audace d’un chef d’État qui publie lui-même son bilan, non pas sous forme de rapport administratif mais sous la couverture élégante d’un ouvrage conçu avec l’agence parisienne Focus Médias.
Le Premier ministre a replacé ce geste éditorial dans un contexte mouvementé : pandémie de Covid-19, effondrement des cours pétroliers, négociations ardues avec le FMI, poids d’une dette devenue synonyme d’inquiétude pour les partenaires internationaux.
Selon lui, le redressement a reposé sur l’équation « vision plus courage », une alchimie qui, affirme-t-il, a permis de stabiliser la dette, de restaurer la confiance des bailleurs, de relancer la croissance et de faire reculer corrélativement l’indice de corruption.
Contenu et résultats mis en avant
Le livre, richement illustré, déroule cinq chapitres articulés autour de la consolidation macroéconomique, de la diversification industrielle, de la modernisation sociale, de la bonne gouvernance et d’une diplomatie proactive arrimée aux objectifs de l’Agenda 2063 de l’Union africaine.
À l’intérieur, des tableaux comparatifs retracent l’évolution des ratios budgétaires, tandis que des témoignages de chefs d’entreprises locaux revendiquent la pertinence d’un nouveau modèle de partenariat État-secteur privé pour les infrastructures énergétiques, routières et numériques.
« Un pays peut affronter les tempêtes, se relever et se transformer », a martelé le chef du gouvernement, rappelant que l’accord triennal avec le FMI s’est achevé sans dérapage, élément déterminant pour regagner la confiance des marchés et des agences de notation.
Au-delà des chiffres, le texte revendique une dimension générationnelle : il s’adresse à la jeunesse urbaine, aux femmes entrepreneures, aux Congolais de la diaspora, tout en invitant les oppositions républicaines à participer à un pacte pour le futur présenté comme irréversible.
Sur la forme, l’ouvrage adopte un ton pédagogique, chaque chapitre se concluant par des encadrés didactiques, un jeu de questions-réponses et des infographies minimalistes, loin de la langue technocratique parfois reprochée aux documents publics.
Réactions et questions sociales
Le public, composé de ministres, de conseillers présidentiels et de responsables d’agences publiques, a suivi avec attention la démonstration, plusieurs participants saluant la méthode Makosso consistant à répondre posément aux interrogations économiques avant d’ouvrir le micro aux journalistes.
Ces derniers ont braqué leurs questions sur le quotidien : salaires, inflation, pensions, services de base ou reprise du championnat national, autant de préoccupations que le chef du gouvernement a promis de détailler dans un second rendez-vous.
Pour nombre d’observateurs, l’exercice pourrait annoncer une tradition de redevabilité annuelle, inspirée des pratiques anglo-saxonnes, où la parole gouvernementale se matérialise non seulement à travers des conférences, mais aussi par des supports imprimés accessibles en librairie.
Derrière la vitrine éditoriale, se dessine également un signal adressé aux investisseurs : la stabilité des institutions et la mise en œuvre d’une gouvernance numérisée seraient au cœur des prochaines réformes, avec un accent sur la traçabilité des flux et la transparence budgétaire.
Les observateurs culturels retiennent de leur côté la réhabilitation du livre politique comme objet artistique, photos haute définition et papiers texturés conférant à l’ensemble un prestige digne des grandes monographies présidentielles américaines ou françaises.
Perspectives régionales et avenir
Reste à voir si la démocratisation annoncée de l’information économique se traduira par une appropriation massive du contenu, notamment via la version numérique promise pour les étudiants et les Congolais résidant hors des frontières.
En attendant, la sortie d’« En toute transparence » clôture une année politique dense et ouvre, pour 2026, un nouveau chapitre que le Premier ministre résume ainsi : « Le mouvement est lancé, avançons ensemble, lentement mais sûrement ».
Dans les coulisses, certains diplomates africains présents à la cérémonie voient dans cette publication un outil de soft-power, capable de projeter l’image d’un Congo résilient lors des sommets économiques régionaux et de conforter la position de Brazzaville comme médiateur.
Le manuscrit réserve d’ailleurs un vaste chapitre aux corridors sous-régionaux, évoquant la route Pointe-Noire–Douala, l’interconnexion énergétique avec le Gabon et les projets numériques communs, autant de leviers que le gouvernement considère essentiels pour la compétitivité et l’inclusion continentale.
Si l’ouvrage assume un ton volontariste, Anatole Collinet Makosso reconnaît néanmoins que le rythme des réformes sociales doit s’intensifier, citant les dossiers sensibles des grèves récurrentes, de la protection des plus vulnérables et de la formation professionnelle tournée vers les métiers d’avenir.

