Un tour d’horizon continental sous bannière culturelle
Depuis Libreville jusqu’à Ankara, via les capitales ouest-africaines, le chef du gouvernement congolais a déroulé une chorégraphie diplomatique dense, articulée autour d’une ambition : voir, à l’automne 2025, un ressortissant de Brazzaville occuper le fauteuil de directeur général de l’UNESCO. Devant le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema, puis face au capitaine Ibrahim Traoré à Ouagadougou, Anatole Collinet Makosso a porté, au nom du président Denis Sassou Nguesso, un message de “confiance continentale” fondé sur la place centrale de la culture dans les stratégies de paix et de développement.
À chaque escale, le même rituel : remise d’une lettre scellée, exposition minutieuse des atouts congolais et mise en avant du parcours d’Édouard Firmin Matoko, ancien directeur général adjoint de l’agence onusienne en charge de la Priorité Afrique. À Monrovia, le président Joseph Nyumah Boakai a salué « une démarche qui fait de la compétence un vecteur d’unité régionale », tandis qu’à Abidjan, Alassane Ouattara s’est déclaré « attentif aux enjeux de gouvernance multilatérale dans un contexte de mutation technologique et éducative ».
La carte Matoko : expertise interne et plaidoyer panafricaniste
En choisissant le Dr Matoko, Brazzaville mise sur une figure connue des arcanes de l’UNESCO. « C’est un haut cadre maison, imprégné des valeurs de tolérance et de paix », a rappelé Anatole Collinet Makosso dès la première étape du périple. Après plus de quinze ans à Paris, Matoko incarne une double légitimité : celle de la technicité multilatérale et celle d’un militant convaincu du potentiel africain en matière d’éducation, de sciences et d’innovations numériques.
L’approche congolaise conjugue ainsi argumentaire de compétence et solidarité continentale. Elle repose sur l’idée, avancée par plusieurs chefs d’État, que l’agence onusienne aurait tout à gagner à être pilotée par un acteur du Sud global, mieux à même de traduire les urgences éducatives et patrimoniales partagées. Cette philosophie s’aligne sur la doctrine diplomatique que Brazzaville développe depuis la COP 27 : un multilatéralisme rénové, sensible aux fractures culturelles et climatiques.
Samarcande en perspective : l’Afrique au cœur des scrutins multilatéraux
Au-delà de la conquête d’un poste prestigieux, la campagne congolaise ouvre une fenêtre sur l’activisme renouvelé des diplomaties africaines. La 43ᵉ Conférence générale, annoncée entre fin octobre et mi-novembre 2025 dans la cité ouzbèke de Samarcande, promet un scrutin serré : les candidats latino-américain et asiatique actuellement pressentis bénéficieront d’appuis logistiques conséquents.
Le Congo mise, lui, sur une coalition africaine élargie au Moyen-Orient et à l’Europe de l’Est, comme en témoigne l’escale ankariote. Pour Brazzaville, l’issue du vote pèsera bien au-delà des frontières nationales : elle conditionnera la capacité du continent à influer sur la définition des communs numériques, sur la restitution des biens culturels et sur l’encadrement éthique de l’intelligence artificielle appliquée à l’éducation.
À Brazzaville, la conviction demeure que « l’UNESCO doit redevenir l’atelier du vivre-ensemble », selon les mots du Premier ministre. En attendant le verdict de Samarcande, le marathon diplomatique semble tracer une voie : celle d’une diplomatie culturelle agile, consciente des subtilités géopolitiques, mais résolue à faire entendre la polyphonie africaine sur la scène internationale.

