Brazzaville s’accorde au tempo des fêtes
Le rond-point Moungali se prépare à vibrer. Du 5 au 28 décembre, la salle de spectacles Makosophie ouvrira ses portes à une série de concerts gratuits qui promettent de colorer la fin d’année des Brazzavillois en quête de rythmes authentiques.
Derrière cette initiative, Bienvenu Okoma, producteur devenu figure familière des nuits congolaises, veut « renforcer la conservation culturelle des valeurs artistiques ». Sa résidence MKS, inaugurée juste avant la pandémie, retrouve enfin le projet originel d’un lieu dédié aux live, aux répétitions et aux karaokés.
Le calendrier, soigneusement réparti sur sept soirées, répond à une logique simple : offrir une scène professionnelle à différents courants musicaux, du folklore modernisé au DJ set urbain, tout en permettant au public de profiter d’un programme festif sans contrainte budgétaire.
Une programmation pensée pour la diversité
La première date réunit le duo Likala ya moto et 12 Mémoires, deux formations qui puisent dans les sonorités traditionnelles du sud pour les mêler à des guitares électriques nerveuses. Le 12 décembre, place aux vibrations afro-house d’Elverone Ndinga épaulé par trois DJ.
Le 19 décembre, Kevin Mbouandé et sa Patrouille des Stars reviennent pour défendre un rumba-rock inventif qui a déjà conquis les scènes de Pointe-Noire. Deux jours plus tard, DJ Diabolos et DJ Kratos proposeront un duel de platines calibré pour les amateurs de dancefloor.
La veille de Noël, DJ Privat Kaporedji, Yoros, Eloko ya peuple et le rappeur Serrol Kassa assureront un marathon de six heures. Enfin, le 28 décembre, un concert d’ensemble réunira tous les artistes pour une célébration collective, hommage symbolique à la fraternité musicale.
La gratuité comme acte culturel
Proposer l’entrée libre n’est pas un calcul marketing, insiste Okoma : « La musique appartient d’abord aux Congolais ». Les recettes proviendront des consommations et des places VIP, un modèle hybride qui vise à démocratiser l’accès tout en assurant la viabilité logistique.
Dans l’esprit d’un Black Friday culturel, les consommations seront proposées à tarif réduit durant chaque soirée, initiative censée encourager la fréquentation des familles. Okoma y voit « un cadeau de fin d’année » pour un public souvent freiné par un pouvoir d’achat contraint.
Cette stratégie rejoint les orientations nationales en faveur de l’économie culturelle, encouragées par le ministère de la Culture qui multiplie depuis deux ans les partenariats avec des opérateurs privés. Les concerts de décembre s’inscrivent donc dans un écosystème public-privé en plein essor.
Pour les artistes, l’enjeu est double : élargir leur audience et bénéficier d’une captation vidéo haute définition réalisée par l’équipe MKS. Ces enregistrements seront diffusés sur les réseaux sociaux de la maison de production, offrant une vitrine supplémentaire vers la diaspora.
Objectif 2026 : structurer le live
Makosophie ne cache pas ses ambitions. Dès 2026, la salle prévoit quarante-huit soirées karaoké et quatre grands concerts par artiste, calendrier déjà posé sur la table. Le producteur veut ainsi créer un rendez-vous régulier capable de nourrir tout un micro-écosystème professionnel.
Techniciens son, éclairagistes, photographes, agents de sécurité : chaque date mobilise une cinquantaine d’emplois temporaires, sans compter le personnel permanent. À l’heure où la diversification économique est encouragée, ce foisonnement d’opportunités illustre la contribution réelle de la culture à la croissance locale.
Le projet s’appuie aussi sur des partenariats académiques. Des étudiants de l’Institut national des arts et métiers culturels viendront observer les répétitions afin de valider leurs unités de formation. Un premier pas vers un dispositif de professionnalisation encore peu développé au Congo-Brazzaville.
Makosophie, un acteur de la ville créative
En moins de dix ans, le label MKS a forgé sa réputation en produisant « Doudou Copa chante Koffi » puis un trio emmené par Kevin Mbouandé. Sa salle de deux mille places, dotée d’un équipement flambant neuf, constitue désormais un pôle culturel reconnu.
Situé derrière la station-service du rond-point Moungali, l’édifice attire un public mixte, cadres, étudiants et familles. « Nous voulons que chacun s’y sente chez lui », explique Okoma, qui compare volontiers son établissement à une place des fêtes modernisée et inclusive.
Cette volonté d’ouverture se lit aussi dans le choix d’un concert privé de Roga-Roga le 14 décembre. L’artiste, habituellement programmé dans de larges stades, a accepté ce format intimiste ; un signal adressé aux jeunes talents qui rêvent d’un parcours similaire.
Au-delà des fêtes, Makosophie compte capitaliser sur la forte croissance du streaming africain. Les captations seront monétisées sur une plateforme maison en cours de développement, avec l’objectif de reverser un pourcentage équitable aux artistes, tout en finançant la prochaine saison.
Les acteurs du secteur saluent la démarche. Pour la critique musicale Sonia Mayouemba, « il faut des entrepreneurs audacieux pour structurer le marché ». Elle souligne que la régularité des concerts permet aux groupes de tester de nouveaux répertoires avant de viser la scène internationale.
Alors que Brazzaville revendique son statut de capitale créative d’Afrique centrale, la série musicale de décembre résonne comme une invitation. Entre tradition revisitée et ambitions numériques, Makosophie propose un récit optimiste dont les spectateurs sont, dès maintenant, les principaux auteurs.

