Une médaille d’honneur à l’Institut de France
Paris, 3 décembre. Sous les voûtes académiques de l’Institut de France, la cinquième édition des Prix des Arts et de la Culture a tourné les projecteurs vers un visage familier des sphères économiques congolaises : Maixent Raoul Ominga, directeur général de la SNPC.
L’ONG franco-congolaise One Vision, portée par le producteur culturel Dreyfus Louyebo, a choisi de lui remettre une médaille d’honneur pour saluer la contribution de la Société nationale des pétroles du Congo à l’éducation et à la culture sur l’ensemble du territoire.
Parmi plus de quatre cents invités, artistes, galeristes, mécènes et entrepreneurs ont applaudi le lauréat, illustrant la place grandissante que l’entreprise pétrolière occupe dans le paysage socioculturel congolais et dans la projection internationale du pays.
Le prix, explique Dreyfus Louyebo, vient « récompenser des structures dont l’impact dépasse la comptabilité pour toucher la vie quotidienne ». Un discours qui fait écho aux récents investissements de la SNPC dans la construction scolaire, la dotation de bibliothèques ou encore le soutien aux filières artistiques.
À Brazzaville, la nouvelle a aussitôt circulé sur les réseaux, présentée comme un symbole de la diplomatie culturelle que le Congo-Brazzaville entend renforcer. « Que notre action soit reconnue dans un tel lieu du savoir est un honneur pour l’Afrique », a résumé Enoch Miatabouna.
Le président du conseil d’administration de la SNPC sait de quoi il parle : l’Institut de France, fondé au XVIIe siècle, abrite les académies qui fixent depuis des siècles les canons artistiques européens. Introniser un dirigeant congolais en ses murs n’a rien d’anodin.
Le parcours d’un ingénieur devenu mécène
Ingénieur de formation, Maixent Raoul Ominga a gravi tous les échelons de la compagnie nationale avant d’en prendre la tête en 2018, puis d’être reconduit le 16 octobre dernier par décret présidentiel pour un mandat de cinq ans.
Ses premiers mois au poste ont été marqués par le lancement du complexe scolaire de Liberté, un établissement modèle dans le troisième arrondissement de Brazzaville, doté de laboratoires et d’équipements numériques appréciés par le corps enseignant.
Dans le Niari, le lycée d’enseignement général Simon-Pierre-Kinkhounga-Ngot, livré par la SNPC en 2022, accueille désormais deux mille élèves. Le taux de réussite au baccalauréat y a progressé de onze points en un an, selon les statistiques du ministère de l’Éducation.
Ces projets, rappelle Ominga, ne sont pas secondaires : « Former les générations qui géreront demain nos ressources est aussi stratégique que produire du baril ». Le leitmotiv s’inscrit dans la doctrine de responsabilité sociétale portée par l’État actionnaire.
La diplomatie culturelle comme levier d’image
À Paris, ce message trouve un écho particulier. Depuis la rentrée, plusieurs institutions françaises multiplient les partenariats avec des opérateurs africains, consciente de la demande d’un récit plus équilibré sur la création contemporaine du continent.
La distinction accordée à la SNPC s’inscrit dans ce contexte. Elle confirme la place croissante du Congo-Brazzaville dans les échanges culturels, à l’heure où les expositions de la Biennale de l’art africain de Dakar ou le festival Panafricain de Brazzaville fédèrent critiques et collectionneurs.
Pour Joëlle Ebina, chercheuse à l’université Marien-Ngouabi, « les entreprises publiques deviennent des ambassadeurs supplémentaires du soft power national ». Elle souligne que les retombées sont bilatérales : amélioration de l’image externe et stimulation interne des vocations artistiques.
Gouvernance et vision de long terme
Au sein de la SNPC, l’enjeu est de pérenniser ces actions tout en maintenant la compétitivité des champs pétroliers. Le conseil d’administration a validé une enveloppe annuelle de 1 % du chiffre d’affaires consacrée aux programmes éducatifs et culturels jusqu’en 2027.
Ce cadre garantit la continuité, explique un expert pétrolier sous couvert d’anonymat : « La responsabilité sociétale n’est plus accessoire, elle sécurise la licence sociale d’exploitation ». Le dispositif comprend un comité de suivi composé d’universitaires, d’artistes et de représentants de la jeunesse.
Interrogé sur ses ambitions, Maixent Raoul Ominga évoque la création d’un fonds de soutien destiné à numériser les archives musicales congolaises et à financer des résidences d’écriture pour jeunes auteurs. Le dossier, à l’étude, pourrait être lancé avant la fin de l’année prochaine.
Un signal positif pour les talents émergents
À Pointe-Noire, la plasticienne Lwanga Lemba voit dans la médaille d’Ominga « un encouragement pour les artistes qui peinent à trouver des partenaires stables ». Elle espère que les grands groupes suivront l’exemple pour renforcer les ateliers, les galleries et les bourses locales.
Pour l’heure, l’écho médiatique de la cérémonie parisienne continue de résonner sur les plateformes. Photos, extraits de discours et hommages alimentent le hashtag #SNPCculture, preuve qu’une initiative née du secteur pétrolier peut aussi irriguer l’imaginaire collectif et ouvrir des perspectives inattendues.
Sous les lambris de l’Institut de France, l’image d’un responsable congolais recevant les félicitations du monde artistique rappelle que la culture demeure un ciment diplomatique efficace. Une ligne qu’entend poursuivre la SNPC, convaincue que le pétrole peut, lui aussi, donner naissance à des chefs-d’œuvre.
Et la page ne fait que s’écrire.

